récits


L’art de la troisième voix
décembre 8, 2006, 9:19
Filed under: danahilliot, démocratie, philosophie, politique, Récits

Les conflits d’opinions à deux termes sont pour la plupart stériles. Ils dissimulent pour la plupart l’objet réel de la dispute. Ils ne peuvent aboutir à aucun accord, parce que, dès le départ, les prémisses des théories oposées sont incompatibles. Chaque prémisse exprime une norme différente – à ce point différente qu’on peut, à condition de l’admettre comme point de départ, en accueillir favorablement les conséquences. Pour ilustrer ceci, songez aux disputes concernant l’opportunité d’une guerre, la législation sur l’avortement, le bien-fondé des recherches sur l’embryon, le libéralisme ou l’économie administrée, la liberté d’expression, la réintroduction de l’ours dans les pyrénnées, les cultures OGM, l’établissement d’une centrale nucléaire, d’un parc éolien, d’un aéroport ou d’une autoroute.

Malheureusement, une facheuse tendance à la bipolarisation des disputes semble caractéristique de la démocratie. C’est encore plus manifeste si on se contente de s’informer auprès des médias les plus populaires. Trop souvent la vulgarisation des problèmes et des argumentaires s’exprime dans une opposition radicale et sans nuance entre des interlocuteurs qui n’ont aucune envie de poursuivre la discussion. On simplifie, au lieu de chercher à décrire la pluralité des positions réelles. On ne retient que les plus spectaculaires.

Or, la politique devrait être, sous une démocratie, véritablement polyphonique. On devrait toujours commencer par se dire : « ce n’est pas si simple ». De nombreuses forces agissent, parfois inconsciemment et souvent de manière implicite, pour simplifier les choses. Il faut donc que d’autres forces adviennent afin de les compliquer. Compliquer les choses, c’est ce que j’appele élaborer une troisième voix.

Cette troisième voix ne constitue pas forcément une troisième voie. Elle ne prétend pas forcément proposer une autre solution. Elle ne le prétend pas, parce qu’elle entend d’abord revenir sur les termes de la dispute. Car il n’est pas certain que la question ait été correctement posée. Il n’est pas certain que le problème ne cache pas un autre problème et ainsi de suite. Il faut d’abord repenser le cadre, faire apparaître les conditions d’émergence des problèmes et des positions. La troisième voie ne commence pas par espérer une réconcilation ou un consensus. Elle pense au contraire qu’il faut d’abord réintroduire des cailloux dans la machinerie de la dispute, mettre le doute, troubler la surface (les écrans médiatiques) des débats.

Sur les questions que nous avons listées ci-dessus, un peu au hasard, on devrait, dans la logique propre à cette troisième voie, se méfier des porte-paroles – il n’est pas dit que les choses au nom de qui ils s’expriment soient aussi homogènes qu’ils le prétendent (pour des raisons rhétoriques compréhensibles). Et plus encore se méfier lorsque l’une des positions emporte le morceau : parce que la voix qui est amenée à se taire pourait fort bien finalement revenir sur le devant de la scène plus tard ou dans un autre contexte (et parfois de manière violente).

La troisième voix est en quelque sorte agnostique. Il existe des croyants et des athées. Il faut des agnostiques, des gens qui assument leur ignorance en la matière. J’ignore tout à fait s’il existe quelque chose comme un Dieu, mais je constate que des milliards de gens croient en quelque chose de ce genre tandis que des millions de gens n’y croient pas. Je ne saurais apporter de réponse à la question de savoir si l’embryon doit être considéré comme une personne ou non. je crois cependant que l’avis des uns et des autres sur ces sujets, et les efforts plus ou moins sincères qu’ils mettent en oeuvre pour penser ce qu’ils pensent méritent d’être pris en compte.

Là où la pluralité n’apparaît pas : il faut la produire (même artificiellement, en forçant les choses).

La troisième voix ne doit pas constituer une sorte d’arbitrage : ce serait revenir à un despotisme éclairé – on a déjà bien assez d’experts comme ça. Ce n’est pas décider qui de tel ou tel parti doit devenir le dépositaire légitime de la norme : ce serait ni plus ni moins que d’assumer une autre norme.

La troisième voix n’a pas non plus à se donner des apparences de neutralité – ce qui serait encore une fois singer les experts. Son but, répétons-le, est de compliquer les choses quand le débat se bipolarise, se crispe sur des positions incompatibles.

Contre le dualisme, on préconise la pluralité – ce faisant on fait droit au réel, on suppose que les choses sont plus complexes et plus nuancées qu’on voudrait le faire croire. On joue le réel contre les porte paroles au pouvoir. On ouvre des négociations parfois, mais on détruit aussi des illusions pacifiantes en approfondissant les différences.

La troisième voix rétablit la difficulté du jeu politique – qui est un jeu grave et sérieux. Vivre ensemble constitue un horizon hautement souhaitable (et je crois même que ça devrait être le seul enjeu valable d’une démocratie), mais qui ne saurait se satisfaire de solutions simplistes : c’est pourquoi je préfère les politiques qui possèdent une philosophie politique, plutôt que ceux qui brandissent des programmes détaillés. Je préfère un politique qui considère que les problèmes doivent être reposés en tenant compte de la pluralité des désirs et des besoins, plutôt qu’un politique qui propose des réponses avant d’avoir élaboré les questions. On devrait toujours commencer par se demander : qu’est-ce que les gens ont à dire, qu’est-ce qu’il racontent, ou se racontent ? Mais aussi, au-delà des gens, les bêtes, les plantes, les objets fabriqués, tous les objets, le plus de réel possible.

La troisième voix est la voix nécessaire qui vise à faire entendre une quatrième voix, une cinquième voix et ainsi de suite autant qu’il faudra pour recréer la polyphonie politique. C’est pourquoi ce n’est pas une voie à proprement parler. Elle ne montre pas le chemin qu’il faudrait prendre mais pose la question de savoir si, en amont des disputes, ou en aval, on n’aurait pas négligé tel ou tel petit sentier peut-être plus discret, mais dont le tracé présente quelqu’intérêt.

La troisième voix enfin, peut susciter des motions de haine – surtout quand elle choisit l’ironie et la subversion pour se faire entendre. Elle incarne le fou du roi, l’anomalie, le petit caillou dans les rouages. Elle fout le bordel, elle dit « ni l’un ni l’autre », « mais encore ? ».

Mais elle ne doit en aucun cas devenir un impératif moral. Car il faut bien qu’en certains points on s’engage (quitte à se tromper). Il faut bien qu’à certains carrefours on choisisse une route plutôt qu’une autre. La troisième ne prône donc pas l’épokhè radicale, la suspension définitive de tout jugement et de toute action. Elle souhaite s’assurer d’abord, avant d’agir, que le carrefour a été justement dessiné, qu’un nombre sufisant de voies s’y branche.

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Ce texte, délibérément abstrait, doit beaucoup à Delphine Dori (« ce n’est si simple »). Mais aussi bien évidemment au livre de Bruno Latour, Les Politiques de la Nature, dont j’emprunte une partie du vocabulaire. Pour des raisons bien compréhensibles, beaucoup d’intellectuels ne supportent pas Latour. Étrangement, je suis à la fois fasciné par les études de ses élèves et amis, tout en étant d’une certaine manière dans un camp qu’ils voient d’un oeil assez soupçonneux (parce que je crois aussi à la psychanalyse : c’est une de mes prémisse si l’on veut). Et je doute fort que les latouriens apprécient le texte ci-dessus (sans doute parce que je suis aussi un lecteur de Rorty, et que là aussi, ça ne le fait pas, ça ne le fait pas chez beaucoup d’intellectuels). Mais je ne suis pas sûr que l’expression « les latouriens » désigne un collectif délimitable. D’un autre côté, comme je ne m’adresse pas spécialement aux intellectuels, ce n’est pas bien grave.

Ce texte est délibérement vague et abstrait, quoique les mots en aient été soigneusement pesés et ruminés. C’est que, justement, je ne voulais pas me perdre dans une controverse, mais plutôt envoyer quelques signifiants, un peu au hasard. Bref, tout en tatonnant je me suis efforcé d’être précis (c’est ce que j’ai appris de ma pratique psychanalytique: voir W.R. Bion, Transformations). On ne sait jamais.

Dites vous bien qu’il s’agit là d’un art et non d’une théorie.



les référendums aux dernières élections américaines
novembre 9, 2006, 2:05
Filed under: démocratie, politique, Récits

En lisant la presse du jour sur les éléctions générales de mi-mandat qui se sont déroulées cette semaine aux Etats-Unis, je suis frappé par la multiplicité des questions posées à l’occasion de ces votes : contrairement à ce que laisseraient croire les articles dominants dans la presse française à ce sujet, il ne s’agissait pas seulement à l’occasion de ces consultations d’exprimer un avis sur l’administration de G.W. Bush. Par delà le choix des élus à la Chambre des représentants, il était aussi question, dans de nombreux états, de se prononcer sur des projets de lois portant sur des sujets sensibles. J’énumère quelques uns de ces sujets : Le mariage des homosexuels, la restriction des gaz à effets de serre, le financement des recherches sur les cellules souches, la pénalisation de l’avortement, l’augmentation des salaires minimum, l’extension du welfare (politique d’aide sociale) ou la baisse des taxes sur les entreprises, l’instauration d’une taxe sur les produits pétroliers pour financer des énergies de substitution, etc.

Ces thèmes sont décrits en général comme des enjeux « locaux » – à distinguer donc de l’enjeu « national » qu’incarne la stratégie globale des États-Unis dans le monde menée par l’administration en place. Pour autant, nous devrions, en tant qu’européens, être extrêmement attentifs à ces enjeux « locaux » – parce qu’ils portent sur des questions politiques et morales dont les effets modifient réellement la vie des personnes. Une vision caricaturale des États-Unis, fort répandue de ce côté-ci de l’Atlantique, sélectionne dans la complexité des réalités politiques américaines les faits qui nous semblent les plus intelligibles dans le cadre démocratique français. Par exemple, il est vrai que la peine de mort est applicable dans « la plupart » des états américains : ce « la plupart » mérite toutefois d’être appréhendé de manière fine. Je copie ici un extrait de l’article consacré à cette question dans Wikipedia :

peine de mort aux États-Unis
Ce que certaines visions simplistes oblitèrent en lisant cette carte, c’est que chaque position actuelle vis-à-vis de la peine de mort, représente un certain état du débat en cours (ou pas) dans chaque État. On pourrait produire une carte du même type concernant les thèmes présentés lors de certains référendums proposés au vote cette semaine : quels États sont favorables au mariage homosexuel, lesquels autorisent le financement de la recherche sur les cellules souches etc.

Ce qu’il ne faudrait pas oublier, c’est que derrière ces chiffres et ces cartes, en amont si je puis dire, se sont produits une multitude de débats, de discussions, d’argumentaires, publics (plus ou moins médiatisés) ou « privés » (au sein des conversations familiales ou amicales), se sont constitués des collectifs militants, ont été organisées des manifestations, et bien sûr, encore en amont, des théories, des recherches, des expérimentations (parfois scientifiques, parfois juridiques), bref une pluralité d’actions et de pensées qui font de ces thèmes des réalités effectives, et donc intensément politiques, et certainement pas anodines.

Il serait tout à fait impossible de dresser une telle carte en France concernant de tels sujets. Certains instituts de sondage sortent parfois des chiffres concernant l’opinion publique et prétendent discerner des différences significatives de position de l’opinion selon les régions par exemple. Ce n’est en rien comparable au résultat obtenu à l’issue d’un vote : lorsqu’une question est le thème d’un référendum, c’est toute une pluralité d’objets, de pratiques et de discours qui se met en branle et qui se traduit au final dans une série de choix – lesquels modifient l’existence réelle. Depuis la révolution (1793) 25 référendums seulement ont été proposés aux français ! Ils ont porté sur des questions majoritairement constitutionnelles, et, plus rarement, sur les relations que la France devrait entretenir avec l’Autre (si je puis dire) : l’Europe, l’Algérie, la Nouvelle-Calédonie.

On mesure donc bien que sous le mot de démocratie se jouent des réalités bien différentes de chaque côté de l’Atlantique : Tocqueville l’avait déjà bien noté, et même si la démocratie américiane, trop souvent pervertie par le pouvoir des lobbys et leur alliance avec les partis et les médias, a connu des hauts et des bas, il n’empêche que le comentaire de Louis Brandeis, juge de la Cour suprême des États-Unis, prononcé lors de l’affaire New State Ice Company v. Liebmann en 1932, reste d’actualité : « C’est l’un des heureux accidents du système fédéral qu’un État courageux puisse à lui seul servir de laboratoire, si ses administrés le veulent bien, et tenter des expériences sociales et économiques novatrices sans faire courir de risques à l’ensemble de la société. » (cité par Ellis Katz).

A l’inverse, la démocratie française n’est jamais parvenue à s’émanciper tout à fait d’une conception du pouvoir politique ancrée dans un certain « despotisme éclairé », enfant des Lumières, qui conduit à remettre la responsabilité des choix politiques et moraux dans les mains de quelques uns, certes par le biais d’un vote, certes, non sans qu’il y ait débats à différents niveaux, mais au détriment de la responsabilité pleine et entière du citoyen, s’exprimant par exemple par référendum.

Je voudrais illuster l’importance de cette possibilité d’expression politique par référendum en prenant exemple sur les récentes élections américaines. Je décris ici une situation fictive (bien qu’il est possible qu’elle se soit effectivement produite dans certains états, mais je ne l’ai pas vérifié) mais envisageable. Supposons que deux projets de lois soient soumis à référendum à l’occasion de la semaine electorale : un projet visant à la légalisation du mariage homosexuel, un autre visant à autoriser le financement des recherches sur les cellules souches. Il se trouve que la position majoritairement soutenue par le Parti Démocrate est favorable à ces deux projets de loi (bien qu’il y ait une minorité de démocrates qui défendent un projet mais pas l’autre, voire aucun des deux). Supposons qu’en tant que citoyen, vous ayez des raisons de soutenir le projet relatif au mariage des homosexuels, mais que vous émettiez des doutes sur le bien fondé d’une autorisation unilatérale de financement des recherches sur les cellules souches (qu’importent les raisons ici). Supposons enfin que vos préférences politiques vous poussent à choisir le candidat démocrate dans le cadre du vote pour la chambre des représentants. Si les trois possibilités de votes vous sont offertes, alors il sera possible d’exprimer vos positions avec nuance : vous pourriez par exemple voter démocrate, soutenir le mariage homosexuel, mais voter contre la loi relatives aux cellules souches. Inversement, si le seul vote soumis à votre appréciation portait sur le candidat à la chambre des représentants, vous seriez forcés de conforter ses positions, fussent-elles différentes des vôtres.
Je ne prétends pas ici que le référendum constitue la panacée pour la démocratie. Un vote n’a de valeur démocratique que s’il conclue un ensemble de manifestations politiques dont j’ai dressé un inventaire insuffisant ci-dessus. Il faut à tout le moins qu’existent les conditions d’un débat possible, d’une expression politique possible. Il faut aussi que les personnes se sentent actrices du jeu politique, concernées par les questions morales, investies d’une responsabilité – et là c’est une autre question, dont on sent bien qu’elle est cruciale dans les démocraties contemporaines, à commencer par la démocratie française. Mais je crois que la France aurait tout intérêt à réinjecter des pratiques référendaires, particulièrement au niveau local, dans le champ politique, et pas seulement sur des questions constitutionnelles. Les thèmes qui ont été mis au vote à l’occasion des élections américaines, même s’ils ne sont pas forcément pertinents dans le champ politique français, donnent en tous cas des exemples à méditer à quelques mois de nos élections présidentielles. Plutôt que d’inventer des jurys populaires, lesquels ne feraient qu’accentuer la césure entre le citoyen et le champ politique, et confirmer son exclusion préalable, il vaudrait mieux s’engager à établir des pratiques de type référendaires, tout en s’efforçant de demeurer vigilant sur les conditions d’exercice des débats et actions, ainsi que sur la manière dont émergent les thèmes soumis à discussion (dans quelle mesure un thème s’impose au débat ? Trop souvent, les pouvoirs fournissent en même temps le thème et les argumentaires : du coup le sujet-citoyen est condamné à faire avec des problématiques qui ne viennent pas de lui).

(à lire :

Ellis Katz, « L’adaptation du gouvernement des États
et des collectivités locales face au changement : expériences contemporaines dans les laboratoires de la démocratie
 »

et la vision beaucoup plus pessimiste de John R. MacArthur, « Parlons de la démocratie américaine« . )



un message à Clementine Autain
octobre 2, 2006, 11:49
Filed under: démocratie, politique, Récits

Parfois quand je m’ennuie, je m’en vais visiter deux trois sites d’opinions (il m’arrive ainsi de poster aussi bien sur le forum de l’UDF que de partis de gauche, mais jamais plus à droite). Ce soir, je tombe par hasard sur le blog de Clémentine Autain, pressenti si j’ai bien compris pour représenter certains courants « anti-libéraux » – amusant : en écrivant je fais un faute de frappe et j’écris « Nantis-libéraux » : effectivement, trop souvent les libéraux sont des nantis-libéraux, et c’est une des raisons pour lesquelles le libéralisme a si mauvaise presse dans ce pays.

Bref. Voici mon message :

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Vous écrivez :
« La liberté n’est-elle pas aujourd’hui avant tout celle des prix ? Les droits attachés à la personne mériteraient d’être étendus. C’est ce que nous proposons ! Les anti-libéraux sont souvent les premiers à se battre pour que nos libertés ne soient pas mises sous surveillance »

On est bien d’accord sur ceci que la politique (si l’on ose dire) du gouvernement actuel est d’inspiration « néo-libérale », voire même plutôt néo-con pour parler comme aux states : une vague tentative de déréglementation du droit du travail, au profit exclusif du patronat, doublé d’un clientélisme qui est tout à fait contradictoire avec les prinicpes du libéralisme et triplé d’une politique démagogue, moralisante et opportuniste (et qui plus est maladroite) – et je passe le pire : stigmatisation des plus vulnérables (les immigrés, les pauvres, les fous, les enfants soi-disant perturbés, etc.)

Tout ceci n’a rien à voir avec le libéralisme (du moins cette tradition libérale qui va d’Adam Smith à Amartya Sen en passant par H.D.Thoreau et Raymond Aron (je brasse large pour rappeler qu’il y a tout de même des gens très intéressants chez les libéraux, et des branches multiples et variées).

Une des questions que je me pose en vous lisant : comment peut-on être anti-libéral aujourd’hui ? A moins évidemment de voir dans les gouvernements conservateurs ou les libertariens des représentants exemplaires du libéralisme – et je ne crois pas qu’ils le soient.

Dans le libéralisme on peut au moins dégager deux principes : le respect des libertés privées, individuelles (y compris la propriété – encore faut-il être propriétaire de quoi que ce soit) et, parallèlement, cette idée que l’Etat devrait se contenter de garantir l’exercice de ces libertés (et c’est en définissant les libertés qui doivent être garanties qu’on détermine quelles institutions doivent être créées).
Je résume bien sûr.

En présentant les choses de manière inversée, je dirais que l’ennemi juré du libéral, c’est le despotisme – fut-il le despotisme éclairé des lumières. Ce n’est pas à l’Etat de nous dire comment on devrait mener nos vies (et là on voit bien comment le donneur de leçon sarkosien constitue un contre-exemple extrême de la philosophie libérale).

Donc : quand vous prétendez représenter le courant anti-libéral, de quel libéralisme parlez-vous ?

Il y a sans doute plusieurs manières d’être anti-libéral : par exemple, les partis qui clament à longueur de discours la nécessité de reprendre en main les français, au nom d’une nostalgie de la nation, par l’éducation ou la rééducation et le redressement.. ceux là sont manifestement anti-libéraux.
Ceux qui croient à la lutte des classes ou aux mécanismes et aux dialectiques de l’histoire, agissant par delà les individus et les sujets, ceux-là aussi sont anti-libéraux.
Ceux qui réduisent le libéralisme au « laisser faire économique », sont sans doute « libéraux », du moins de manière superficielle, mais ne sont plus aussi influents qu’ils l’étaient il y a une dizaine d’années (même le FMI s’est calmé à ce sujet).

En quel sens êtes-vous donc anti-libérale ?

Autre question : pensez-vous qu’il est possible de sauvegarder à la fois les libertés individuelles (en admettant que ces libertés soient respectueuses des libertés d’autrui) et de diminuer les inégalités (lesquelles s’accroissent, au moins sur le plan économique). J’ajouterai même : est-ce que vous croyez qu’il est possible de restaurer le goût pour la démocratie et les actions collectives ?

Bref : libertés ? inégalités ? démocraties ? quelles seraient vos priorités ?