récits


actualités 19 novembre 2006
novembre 19, 2006, 9:05
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Le dernier rapport du Conseil de l’Emploi, du Revenu et de la Cohésion sociale, a été publié cette semaine. Il s’intitule la France en transition 1993-2005, et il est riche d’informations statistiques sur les inégalités, la pauvreté, la richesse, etc. La règle même qui nourrit ce rapport de prendre en compte avant tout les revenus pour évaluer les situations des personnes, me laisse évidemment sur ma faim. Le temps paraît encore loin où les analyses économiques sauront prendre en compte les accès réels aux libertés décrits par Amartya Sen dans la description de la position économique des personnes. On aurait aimé que les rapporteurs, qui signalent justement les limites des critères statistiques de leur étude, fasse un effort de correction de leurs outils : je signale à ce sujet l’article intéressant de Marc Fleurbaey et Guillaume Gaulier paru sur le site Telos ainsi que leur remarquable effort pour proposer un nouvel indicateur dans la comparaison économique entre pays. Comme le rappelle François Bayrou à la suite de Robert Rochefort, « les statistiques posent problème. Le logement n’est compté, dans le calcul du pouvoir d’achat, que pour 11% du budget d’un ménage. C’est une moyenne entre ceux, propriétaires de leur logement, pour qui c’est 0%, et ceux pour qui c’est 40 ou 50%. Ceux-ci sont en droit de considérer que les statistiques sont la forme la plus parfaite du mensonge, comme disait George Bernard Shaw ! « . Toutefois, les rapporteurs du CERC se confrontent assez explicitement au problème dont j’ai déjà souligné l’importance : la détermination du seuil de pauvreté. Entre les lignes de ce texte forcément modéré apparaît tout de même l’absurdité d’une administration de la pauvreté, ne serait-ce que parce que le montant des aides sociales type RMI est bien en-deça d’un revenu décent, et que même le salaire minimum flirte avec ce seuil de pauvreté. Ce n’est pas le cas dans d’autres pays de l’Union Européenne, par exemple aux Pays-Bas, où le montant du revenu minimum est beaucoup plus élevé et dépasse le seuil de pauvreté. Globalement, cela dit, ce rapport reste assez décevant, et ne nous apprend rien que nous ne sachions déjà.

On peut écouter sur France Culture l’émission Science et Conscience de Philippe Petit qui consacrait jeudi dernier une heure à la présentation par Jean-Noël Missa de son livre : Naissance de la psychiatrie biologique (PUF, 2006). On y apprendra bien des choses étonnantes sur les pratiques empiristes des psychiatres confrontés aux souffrances de leurs patients. Il s’agit là d’une perspective différente, mais au fond complémentaire, des travaux de Michel Foucault sur la généalogie de la pensée et des pratiques psychiatriques. On aborde ce monde étrange à travers les traitements, ceux qui d’abord visent à « calmer » les malades, les bains chauds, les electrochocs, les psychotropes, etc. On pourrait à ce sujet noter une distinction trop souvent occultée : traiter n’est pas guérir. J’y reviendrais dans un texte en préparation.

Le site Squiggle, qui invite les psychanalystes, les analysants et le grand public à dialoguer autour de la psychanalyse, propose cette semaine dans la section « squiggle, rebonds et méditations » un texte étonnant d’un universitaire québecois, Alexandre Leupin, sur la place de Lacan dans la philosophie occidentale : Lacan : une nouvelle théorie de la connaissance. C’est rafraichissant et audacieux, même si l’appel final à prolonger au sein de l’université les topologies lacaniennes, supposées apporter la formalisation qui manquerait à la « science » psychanalytique, me laissent pour le moins sceptique : sand doute parce que je ne crois pas que la psychanalyse ait intérêt à se fairepasser pour une science, mais là aussi c’est un sujet sur lequel je reviendrais longuement.

Laurent Danchin, ancien directeur de la Halle Saint-Pierre à Paris, et grand spécialiste de l’Art Brut, vient de publier un petit ouvrage que je n’ai pas encore eu sous la main mais que Delphine Dori me signale : Art Brut, l’instinct créateur, à la pochothèque chez Gallimard. Si vous ne connaissez pas le monde étrange et passionant de l’Art Brut et des Arts Outsider, vous pouvez probablement commencer votre exploration par la lecture de ce livre.

Je voudrais enfin, pour finir ce petit cheminement tout à fait éclectique (mais je suis éclectique comme l’était par exemple Diogène Laerce), vous inviter à écouter cet autre programme de France Culture : Le rendez-vous des politiques de Raphaël Enthoven. D’abord parce que c’est peut-être la seule émission politique digne de ce nom en France, et parce que leurs derniers invités sont parmi les personnalités les plus passionantes de la vie politique. Jeudi dernier c’était Jean-Marie Bockel, vilain petit canard du Parti Socialiste, libéral de gauche : passionant. Et le jeudi d’avant, un must radiophonique : la rencontre des journalistes avec Christine Boutin, vilain petit canard quant à elle de l’UMP. Je considère pour ma part que Madame Boutin est une des rares personalités politiques à se soutenir d’une véritable pensée politique et éthique (une politique de la vie en quelque sorte). Tous ceux qui ont trouvé un quelconque intérêt à mon article sur la machine Téléthon et le mythe de la thérapie génique devraient écouter cette émission. Là encore, par pitié, écoutez avec le sens des nuances : contrairement à ce qu’une certaine caricature laisserait croire, Christine Boutin ne reviendrait pas sur le droit à l’avortement, et ne condamne aucune femme ayant avorté. D’autre part, elle considère que le PACS a eu des effets positifs, même si elle continue de concevoir le couple homosexuel à travers un concept de la famille dont je pense qu’il est complètement périmé. Sur certains points, je m’opposerai sans doute à Christine Boutin. Sur d’autres, par exemple le fait que l’embryon puisse être déjà considéré comme une personne, je considère qu’il faut l’entendre. En tant que psychanalyste, je suis bien placé pour savoir que l’embryon est ou n’est pas – et c’est bien là tout le problème – l’effet d’un désir. Tous mes analysants et analysantes me raconte cette histoire – et souvent sous l’emprise d’un doute, et parfois d’une terreur : suis-je ou non l’effet d’un désir? Bref… Je lui écrirai… J’ajouterai qu’il est rarissime qu’une candidate à l’élection présidentielle avoue publiquement qu’elle s’est trompée plus d’une fois dans l’appréciation des spécificités de l’expression politique, et qu’elle a su modifié certaines de ses positions pour tenir compte de la réalité contemporaine. Les internautes n’auront pas manqué par ailleurs d’apprécier son indépendance vis-à-vis du parti auquel elle appartient lors des fièvreux débats à l’Assemblé sur les DADSVI. Bref : vous souhaitez retrouver le goût du politique ? Intéressez-vous à ces personnalités malheuresement peu écoutées du paysage politique français : Corinne Lepage, Christine Boutin, Jean-Marie Bockel, Jean-Pierre Sueur, Christiane Taubira. Oubliez leurs étiquettes partisanes et imaginez ce que pourrait être la vie politique si on les écoutait un peu plus.

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