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	<description>&#34;Les liens techniques rendent superflus les liens humains&#34; (Pierre Manent)</description>
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		<title>NEW BLOG / NOUVEAU BLOG</title>
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		<pubDate>Tue, 19 Dec 2006 23:42:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>danahilliot</dc:creator>
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		<title>du questionnaire à la lobotomie</title>
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		<pubDate>Tue, 19 Dec 2006 12:21:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>danahilliot</dc:creator>
				<category><![CDATA[Récits]]></category>
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		<description><![CDATA[Steven Wainrib, psychiatre et psychanalyste, a publié récemment dans Le Monde, un article relatant la réception par les psychiatres d&#8217;un document émanant de la Haute Autorité de santé. Le document porte le titre (français) suivant :
Trouble obsessionnel compulsif (TOC) résistant : prise en charge et place de la neurochirurgie fonctionnelle.
On peut le lire à cette [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=danahilliot.wordpress.com&blog=446501&post=46&subd=danahilliot&ref=&feed=1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><br /><p>Steven Wainrib, psychiatre et psychanalyste, a publié récemment dans <a href="http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-842091,0.html" target="_blank">Le Monde</a>, un article relatant la réception par les psychiatres d&#8217;un document émanant de la Haute Autorité de santé. Le document porte le titre (français) suivant :</p>
<p><em>Trouble obsessionnel compulsif (TOC) résistant : prise en charge et place de la neurochirurgie fonctionnelle.</em></p>
<p>On peut le lire <a href="http://www.has-sante.fr/portail/display.jsp?id=c_272448" title="TOC (HAS)" target="_blank">à cette adresse</a> (au format pdf). Ce que j&#8217;ai fait.</p>
<p>Je me suis permis de commenter un peu ce texte, parce que je crois qu&#8217;il est symptomatique de la manière dont les neurosciences (au sens large) envisagent la thérapie des pathologies auxquelles elles s&#8217;intéressent. On peut en résumer l&#8217;argument ainsi : il existe des personnes dont les T.O.C. persistent de manière significative malgré les prises en charge psychothérapeutiques et pharmacologiques. Leurs symptômes &#8220;résistent&#8221; aux thérapies habituellement connues pour leur efficacité dans ce domaine. L&#8217;étude fait le point sur une alternative thérapeutique qui a germé dans l&#8217;esprit de certains chercheurs : la neurochirurgie. La neurochirurgie n&#8217;est pas en soi une science médicale nouvelle : on l&#8217;a pratiqué et on la pratique aujourd&#8217;hui encore dans le monde pour traiter certaines &#8220;pathologies psychiatriques&#8221;, et ce n&#8217;est pas sans un sentiment d&#8217;horreur qu&#8217;on évoque la &#8220;<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Lobotomie" target="_blank">lobotomie</a>&#8221; (qu&#8217;on distingue de la leucotomie,  un peu plus subtile, et d&#8217;autres méthodes de micro-chirurgie). Notre article évoque de manière assez délicieuse la mauvaise presse dont pâtissent les chirurgies du cerveau par ces termes : <em> &#8220;L’image de certaines techniques d’ablation (leucotomie) a souffert de l’utilisation abusive et non contrôlée qui en a été faite ; en particulier elle a été stigmatisée par la pratique dans des conditions parfois douteuses de la lobotomie chez des schizophrènes. À juste titre, elle a été fortement critiquée. Des techniques neurochirurgicales d’ablation permettant une destruction plus limitée de groupes de neurones (capsulotomie) ont ensuite donné des résultats intéressants.&#8221; </em>La mauvaise image de la leucotomie reposerait donc surtout sur les excès auquels elle a donné lieu. Je me permets d&#8217;en douter : je crois plutôt que peu de gens apprécie cette idée qu&#8217;un chrirugien entreprenne de détériorer de manière volontaire une partie fut-elle microscopique de son cerveau. Il y a là tout un imaginaire lié au sectionnement du lieu et à l&#8217;ablation d&#8217;une partie de ce lieu, où, du moins en Occident, nous reconnaissons le siège de la pensée, de l&#8217;âme, et le problème de la lobotomie n&#8217;est pas celui de son manque d&#8217;efficacité, mais de la violation de quelque chose dont nous croyons qu&#8217;il constitue un des sièges de notre personnalité. J&#8217;ajouterai que les neurochirurgiens eux-mêmes en sont d&#8217;accord puisque c&#8217;est précisément en vue de modifier certains aspects de cette personnalité (et des comportements qui y sont associés) que l&#8217;intervention est envisagée. Bref, ici comme ailleurs, ne prenons pas les gens pour des imbéciles : leur terreur vis-à-vis de la lobotomie repose sur des motifs tout à fait rationnels (en l&#8217;état actuel de nos connaissances).</p>
<p>Et ce d&#8217;autant plus &#8211; et c&#8217;est pourquoi cet article rédigé dans le style habituellement bonhomme et tranquille de la littérature scientifique choquera bien des gens &#8211; qu&#8217;on se propose ici non pas de traiter des schizophrènes, mais des toqués.  Dans l&#8217;imagerie populaire, relayée aujourd&#8217;hui par les médias, le schizo, c&#8217;est l&#8217;autre, c&#8217;est-à-dire le fou. Qu&#8217;on triture le cerveau des fous, je connais bien des gens que ça ne choquerait pas tant que ça. Je ne veux pas ici développer une réflexion générale sur la manière dont les sociétés humaines éprouvent le besoin de distinguer les fous, mais je suis persuadé que si les neurochirurgiens parvenaient à démontrer qu&#8217;une leucotomie aurait des effets bénéfiques sur la schizophrénie, ça ne choquerait pas tant que ça qu&#8217;on la pratique. Enfin.. ça ne choquerait pas tout le monde. Pour les toqués, il en va tout autrement. Et ce pour une raison bien simple : c&#8217;est que les T.O.C., nous sommes tous susceptibles d&#8217;y être confrontés. Alors qu&#8217;au contraire nous croyons que la psychose, et notamment sa forme dite &#8220;schizophrénique&#8221;, ça ne concerne que des personnes exceptionnelles : elles ne sont pas intégrables dans cet ensemble que nous reconnaissons comme &#8220;nous&#8221;. Leur manière de vivre nous semblent trop éloignées de la norme &#8211; laquelle bien que n&#8217;étant nulle part inscrite, ne manque pas moins de déterminer le partage fondamental des collectifs humains. En tant que psychanalyste, je considère au contraire que ce partage est infondé. En tous cas dans mon travail, quand j&#8217;écoute mes patients, je mets entre parenthèse cette norme &#8211; du moins je m&#8217;y efforce, malgré son immancence. Les T.O.C. par contre, tout un chacun peut y être sujet. Delarue fait des émissions régulièrement sur ce thème, les magazines de psychologie y consacrent régulièrement des articles, et c&#8217;est devenu tout à fait banal de considérer que soi-même ou un de ses proches ou son voisin est toqué : ça n&#8217;en fait pas pour autant un fou, il continue de faire partie de ce &#8220;nous&#8221;, déployant une potentialité propre des individus qui le compose, au même titre que l&#8217;angoisse ou la dépression.</p>
<p><strong>1° T.O.C. et T.C.C.</strong></p>
<p>Les Troubles Obsessionnels Compulsifs nous semblent familiers : la plupart des gens sont capables de dresser une liste de comportements répétitifs (se laver, faire le ménage, vérifier, etc.), et d&#8217;imaginer quelle emprise peut avoir sur l&#8217;existence une idée obsédante. La psychanalyse a traditionnellement associé, en se fondant sur l&#8217;analyse de l&#8217;homme aux rats menées par Freud, ces symptômes à la névrose (dite alors : obsessionnelle). De nos jours, on admet que les T.O.C. apparaissent aussi dans d&#8217; autre paysage psychique (les psychoses notamment). Les thérapies comportementales ont fortement contribué à autonomiser le champ des T.O.C., ce qui se traduit dans le <a href="http://www.psychomedia.qc.ca/qfr50.htm" target="_blank">DSM IVr</a> (qui a exclu la névrose de ses classificateurs nosologiques) par une catégorie à part entière, identifiant une série de comportements dont on peut mesurer l&#8217;apparition, la fréquence et la morbidité.</p>
<p>Les psychothérapies auxquelles se réfère l&#8217;article que nous commentons sont évidemment les psychothérapies cognitives et comportementales. D&#8217;une part il s&#8217;agit, dans le cas des compulsions,  de modifier des actes, des comportements, d&#8217;autre part, dans le cas des obessions (ce que le DSM IVr appelle des &#8220;actes mentaux&#8221;, de corriger des cognitions erronées.  Quitte à ennuyer quelque peu les gens de ma paroisse (les psychanalystes &#8220;purs&#8221;), je suis tout à fait persuadé de l&#8217;efficacité relative des thérapies qui prétendent par différentes techniques (notamment l&#8217;habituation, l&#8217;exercice, la contre..) de ré-apprentissage ou de reconditionnement réduire la prévallence des T.O.C. dans la vie de certains patients. Évidemment, la question de l&#8217; &#8220;efficacité&#8221; d&#8217;une psychothérapie est à poser dans le cadre des objectifs de la dite psychothérapie : c&#8217;est d&#8217;ailleurs une des raisons pour lesquelles la comparaison entre les TCC et la psychanalyse repose sur une prémisse absurde &#8211; parce que les objectifs poursuivis par les unes et l&#8217;autre ne sont pas assimilables : l&#8217;efficacité est toujours évaluée selon les critères des TCC, et la spécificité de la psychanalyse n&#8217;est pas prise en compte dans les évaluations.</p>
<p>Les T.O.C. dont l&#8217;article nous parle apparaissent donc dans un certain contexte théorique et clinique dont il faut tenir compte.  Le professeur  <a href="http://pierrehenri.castel.free.fr/" target="_blank">Pierre-Henry Castel</a> a dit des choses extrêmement fines à ce sujet (notamment dans son séminaire dont le texte est lisible sur son site, voir la <a href="http://pierrehenri.castel.free.fr/S%E9minaires/obsession19.htm" target="_blank">séance du 18 mai 2006</a>). Je vous y renvoie.</p>
<p><strong>2° Psychothérapies et chirurgie : </strong></p>
<p>Le texte que nous examinons suggère que dans les cas où les psychothérapies comportementales et cognitives ne suffisent pas à produire une diminution suffisante des T.O.C., il faudrait envisager de recourir à la chirurgie.  À première vue, on pourrait admettre l&#8217;idée que la gravité d&#8217;une pathologie détermine le recours à telle ou telle thérapie, l&#8217;intervention chirurgicale constituant ici la réponse la plus appropriée au cas les plus graves.</p>
<p>Mais, et c&#8217;est là que l&#8217;article  fait preuve d&#8217;une naïveté épistémologique confondante en l&#8217;ignorant, passer de la psychothérapie type T.C.C. à la chirurgie implique un changement de paradigme radical :  mettre sur le même plan sans autre forme de procès deux pratiques aussi différentes que la modification d&#8217;un comportement par la suggestion ou le ré-apprentissage, et le sectionnement ou la stimulation d&#8217;une composante organique du cerveau, cela ne vas pas de soi. Quand bien même on admettrait (ce que la plupart des praticiens cognitivistes semblent admettre) que les techniques psychothérapeutiques seraient traduisibles dans le vocabulaire de la neurologie &#8211; qu&#8217;une intervention théraeutique visant à modifier le comportement modifie du même coup le fonctionnement de la machine-cerveau, quand bien même on accepterait de considérer l&#8217;explication causaliste de la neurologie comme la seule scientifiquement valide (et cette idée que toute intervention thérapeutique pourrait être réduite, un jour ou l&#8217;autre, à une explication de ce type), on devrait tout de même se poser quelques questions avant de proposer le remplacement des T.C.C. par la chirurgie, de la psychologie par la médecine.</p>
<p>Qui n&#8217;est pas frappé déjà par la différence des outils utilisés par les praticiens de ces deux domaines ? Prenons d&#8217;un côté le <em>questionnaire</em>, outil crucial des T.C.C., et de l&#8217;autre, <em>l&#8217;imagerie médicale de haute précisio</em>n. Entre les deux, on pourrait ajouter : le <em>médicament</em> (les psychotropes divers et variés), mais je laisse de côté le domaine de la psychopharmacologie (l&#8217;article d&#8217;ailleurs ne la mentionne qu&#8217;en passant, préférant s&#8217;appuyer sur les statistiques fournies par les T.C.C., sans doute mieux exploitables dans la perspective qui est la sienne).</p>
<p>Évoquons d&#8217;abord les fameuses machines d&#8217;imagerie médicale, dont tout anthropologue des sciences médicale sait l&#8217;importance extraordinaire qu&#8217;elles ont prises dans la recherche ces dernières décennies. Je cite notre texte :</p>
<p><em>&#8220;L’avènement de techniques de micro-localisation par imagerie, par électrophysiologie, permet désormais de cibler précisément un groupe de neurones impliqué dans la physiopathologie de certaines maladies psychiatriques. Le succès remporté par la stimulation profonde dans la maladie de Parkinson (102,103), technique de neurochirurgie a priori réversible, a de nouveau posé la question de l’utilisation de la psychochirurgie non ablative dans des cas très ciblés. Dans ce domaine, les TOC résistants sont la pathologie qui semble pouvoir bénéficier le plus efficacement de la psychochirurgie.</em>&#8220;</p>
<p>Autrement dit : nous avons les outils pour intervenir de manière très précise dans le cerveau, cela fonctionne pour des maladies telles que la maladie de Parkinson (mais pas pour la schizophrénie) : pourquoi ne pas essayer sur les T.OC. résistants ?</p>
<p>Steve Wainrib, commentant ce passage avec un humour grinçant écrit :</p>
<p><em>&#8220;Ils ne savent même pas si l&#8217;on doit faire une &#8220;capsulotomie antérieure, une cingulotomie antérieure, une tractomie subcaudée ou une leucotomie bilimbique&#8221;, c&#8217;est au petit bonheur la chance qu&#8217;on opère.&#8221;</em></p>
<p>Mais qu&#8217;importe : nous avons les machines, nous avons les techniques, nous possédons un savoir, pourquoi ne pas essayer de les mettre en oeuvre en vue de soulager la souffrance des malades toqués ? Il faut bien que ces machines servent à quelque chose n&#8217;est-ce pas ?</p>
<p>Le problème, car il y a un problème, ce sont à mon avis les malades toqués. Les machines existent. Mais les maladies qui pourraient justifier l&#8217;utilisation de ces machines, existent-elles <em>au même titre</em> que ces machines ? Existent-elles au sens d&#8217;objets épistémiques manipulables dans le champ des sciences du cerveau au même titre que la maladie de Parkinson par exemple, dont l&#8217;expression neurologique est indiscutable ?</p>
<p>Hé bien non ! Un T.O.C., jusqu&#8217;à preuve du contraire, ça ne se voit pas sur les écrans des ordinateurs de laboratoires dédiés à l&#8217;imagerie du cerveau. Ça n&#8217;est pas &#8220;localisable&#8221; (pour le moment) dans le cerveau, ni dans les gènes d&#8217;ailleurs. Un T.O.C. c&#8217;est quelque chose que les psychothérapeutes supposent en écoutant un patient, puis éventuellement vérifient et évaluent en étudiant les réponses faites par ce patient à un <em>questionnaire</em> (je ne parle pas ici des psychanalystes qui connaissent aussi les T.O.C., mais ne travaillent pas sur la foi de questionnaires).</p>
<p>Bref, un T.O.C. c&#8217;est d&#8217;abord une interprétation faite par le thérapeute, le médecin, et éventuellement le patient lui-même, à partir d&#8217;une série de croix ou de chiffres listées sur une feuille de papier. Alors il existe plusieurs questionnaires spécifiques pour établir les T.O.C. et en évaluer la prévallence et la gravité. Le plus utilisé en ce moment, et celui auquel les auteurs de l&#8217;article accorde leur préférence, est l&#8217;échelle de Y-BOCS :</p>
<p><em>L’échelle comprend 10 items qui mesurent 5 dimensions : durée, gêne dans la vie quotidienne, angoisse, résistance, degré de contrôle. Chaque item est coté de 0 (pas de symptôme) à 4 (symptôme extrême). Ainsi, en fonction du score obtenu, on distinguera :<br />
- 10-18 : TOC léger causant une détresse mais pas nécessairement un<br />
dysfonctionnement ; l’aide d’une tierce personne n’est pas réclamée ;<br />
- 18-25 : détresse et handicap ;<br />
-  30 : handicap sévère exigeant une aide extérieure</em>. (voir annexe du texte p. 32)</p>
<p>Nous sommes donc là dans le registre de la description et une lecture rapide du questionnaire (qu&#8217;on pourra trouver sans peine sur internet) témoigne de l&#8217;attachement de ses auteurs à privilégier le langage courant, dans l&#8217;esprit du DSMIVr, délibérément a-théorique.</p>
<p>Sans entrer dans les détails, on voit bien que, du questionnaire de Y-BOCS prétendant chiffrer un niveau de détresse, de gêne, de handicap, à la localisation d&#8217;un groupe de neurones par imagerie médicale, il y a plus qu&#8217;un pas. Il y a un véritable saut épistémique. Un saut dans le vide pour ainsi dire. Les auteurs de l&#8217;étude rappellent que la lobotomie a échoué pour le traitement de la schizophrénie :  c&#8217;est une bonne chose de le rappeler, mais ce serait une chose meilleure que d&#8217;en tirer une leçon &#8211; car qu&#8217;est-ce que nous garantit que les interventions chirurgicales dans le traitement des T.O.C. ne seront pas voués pareillement à l&#8217;échec ? Pour le moment : rien.</p>
<p>Et ce, parce qu&#8217;on reproduit les mêmes erreurs : on ne tient pas compte de la manière dont est constitué l&#8217;objet médical nommé T.O.C. Parce qu&#8217;on l&#8217;élève trop vite, au rang d&#8217;objet épistémique formaté au champ des sciences du cerveau. On glisse pour ainsi dire   trop précipitamment du cabinet du psychiatre au laboratoire, de l&#8217;entretien clinique à la salle chirurgicale, du questionnaire à la lobotomie.</p>
<p><strong>3° Une étiologie discutable</strong></p>
<p>Il nous faut revenir ici sur la manière dont on passe justement de la situation clinique (un patient qui se présente au cabinet du psy) à la salle d&#8217;opérations chirurgicales. Les chriurgiens ne s&#8217;occupent pas de constituer l&#8217;étiologie du T.O.C. Ils proposent une solution thérapeutique à une pathologie que d&#8217;autres ont constitué. À vrai dire, les chirurgiens ne s&#8217;intéressent pas aux T.O.C. mais aux <em>T.O.C. résistants</em>, ce qui n&#8217;est pas la même chose. Or, comment décrire précisément ce qu&#8217;est un T.O.C. résistant ? Cette question est tout de même cruciale, car il s&#8217;agit de faire le tri entre des patients, afin de sélectionner ceux dont le cerveau pourrait être l&#8217;objet d&#8217;une intervention chirurgicale (ce n&#8217;est pas comme s&#8217;il fallait choisir une une psychanalyse et une psychotérapie comportementale par exemple !).</p>
<p>Lisons ensemble comment il faut entendre cette &#8220;résistance&#8221;. Je cite la page 41 :</p>
<p>&#8220;<em>La réponse au traitement doit être évaluée périodiquement lors d’entretiens cliniques et au moyen d’échelles validées. Des critères empiriques de réponse et de résistance ont été établis en utilisant une échelle d’hétéro-évaluation, la Y-BOCS, échelle la plus largement et fréquemment utilisée pour quantifier la sévérité des symptômes.On considère généralement comme répondeur au traitement pharmacologique et/ou psychologique un patient qui présente une décroissance de 25 % de ses rituels, ce qui peut être suffisant pour améliorer la qualité de vie. Ainsi, beaucoup de patients qui avaient de 6 à 8 heures de rituels par jour se trouvent nettement améliorés et peuvent mener une vie normale avec « seulement » 2 heures de rituels par jour </em>&#8220;</p>
<p>Suit une série de pourcentages de réduction des troubles selon l&#8217;échelle de Y-BOCS (on trouve en annexe un certain nombre de questionnaires qui permettent de produire une échelle d&#8217;évaluation des TOC, et pour l&#8217;échelle Y-BOCS voir page 32).</p>
<p>Bref, un consensus (qui n&#8217;en est pas un en fait) s&#8217;établit sur cela qu&#8217;un patient résistent aux thérapies habituelles (TCC et médicaments) quand son score au questionnaire de Y-BOCS ne s&#8217;élève pas au-dessus de 25%, c&#8217;est-à-dire que la rémission des symptômes (par exemple le nombre d&#8217;heures occupées par les activités ou les pensées liées aux TOC) ne se traduit pas sur l&#8217;échelle de Y-BOCS par ce que les chiffres considèrent comme une amélioration suffisante. Je cite :</p>
<p>&#8220;<em>Il n’existe pas de réel consensus quant à la définition de la réponse et de la résistance au traitement ; toutefois, des propositions ont été faites par Pallanti et </em><em>al.</em>.<em> Il est admis qu’une réduction de 35 % du score Y-BOCS peut être considérée comme une réponse complète au traitement, une réduction comprise entre 25 et 35 %, une réponse partielle, et une réduction inférieure à 25 %, une absence de réponse. Une augmentation de 25 % du score Y-BOCS doit conduire à envisager une rechute après une période de rémission.</em>&#8220;</p>
<p>Notez bien le flottement entre &#8220;<em>il n&#8217;y a pas de consensus réel</em>&#8221; et &#8220;<em>il est admis que</em>&#8220;&#8230; Suivent une série de chiffres et d&#8217;études (qui ne concernent souvent qu&#8217;une cohorte assez modeste de patients) censées j&#8217;imagine justifier ce &#8220;il est admis que&#8221;. On a le droit je pense de trouver cela un peu léger.</p>
<p>Bref, on est en droit de se demander si, en se référant à une étiologie qui repose sur un questionnaire (fut-il aussi &#8220;consensuel&#8221; que le Y-BOCS), la détermination de l&#8217;objet épistémique &#8220;T.O.C. résistant&#8221; par la neurochirurgue ne repose pas sur des bases quelque peu fragiles. Peut-on envisager une intervention aussi onéreuse (sur le plan financier comme sur le plan symbolique) sur des prémisses aussi discutables (et discutées : si on écoutait les psychanalystes et nombre de psychiatres au sujet des T.O.C., on entendrait certainement des sons de cloches assez discordants sur la manière dont on devrait les décrire par exemple. En réduisant les producteurs de discours sur les T.O.C. aux seuls praticiens des T.C.C., on se simplifie certes la tâche, mais on suscite aussi des réactions comme celle de Wainrib, et des débats dans les quotidiens).</p>
<p>Je note toutefois une chose dans cette histoire de produire des lésions (l&#8217;autre méthode étant la &#8220;stimulation profonde&#8221;). C&#8217;est une étrange manière finalement de remettre en jeu ce partage qui ne date pas d&#8217;aujourd&#8217;hui entre les pathologies dues à des lésions dans le cerveau et les pathologies qui ne sont pas liées à de telles lésions. C&#8217;est ainsi que s&#8217;est élaboré le concept de retard mental, qui ordonne un champ extérieur à la psychopathologie. Qu&#8217;est-ce qu&#8217;une lésion au fond : c&#8217;est quelque chose que les machines d&#8217;examen du cerveau permettent de voir. Des anomalies. Mais c&#8217;est aussi bien plus que ça : ce sont des objets épistémiques, et en l&#8217;occurence, des causes. Quand on a identifié une pathologie (dans le cas qui nous occupe, grâce à des questionnaires), et qu&#8217;on ne trouve pas de lésion, que fait-on ? On s&#8217;adresse aux psychothérapeuthes ou aux pharmacologues par exemple. Et quand ces psychothérapeuthes et ces pharmacologues n&#8217;arrivent pas à faire disparaître les symptômes que fait-on ? On pourrait s&#8217;adresser au psychanalyste par exemple.. Hé bien non ! On crée une lésion. Autrement dit, on force la pathologie à devenir un objet épistémique, on la formate afin qu&#8217;elle puisse être à même d&#8217;intégrer les objets usuels des laboratoires.</p>
<p>C&#8217;est aller un peu vite, ou un peu cavalièrement (sur le plan de la logique) du questionnaire à la chirurgie.</p>
<p><strong>en guise de conclusion :</strong></p>
<p>J&#8217;ai rédigé ce bref article en songeant à l&#8217;une de mes patientes. Une jeune femme de trente ans et qui m&#8217;annonce tout de go : &#8220;Je suis toquée, complètement toquée, 24 heures sur 24&#8243;. Toquée,c&#8217;est le mot qu&#8217;elle a appris lors de son séjour en psychiatrie, c&#8217;est pour ça qu&#8217;elle prend des médicaments (antidépresseurs, anxiolytiques et neuroleptiques), qui ne changent rien dit-elle. Ses yeux sont écarquillés comme des billes. Elle dit qu&#8217;elle ne peut rien jeter, parce qu&#8217;avant de jeter il faut qu&#8217;elle vérifie, qu&#8217;elle vérifie partout, partout autour de l&#8217;objet et à l&#8217;intérieur. Un sac poubelle, un paquet de cigarettes vide, il faut qu&#8217;elle l&#8217;ouvre, qu&#8217;elle vérifie dessous, dedans autour. Je dis : de quoi avez-vous peur ? Je ne sais pas : c&#8217;est pour ça que je viens vous voir. &#8220;Même une revue ["Femme actuelle" ce qui éveillera la sagacité de tout psychanalyste], je ne peux pas la jeter, il faudrait que je vérifie ce qu&#8217;il y a entre chaque page&#8221;.</p>
<p>Pendant la séance, nous jouons avec un verre, puis une enveloppe (que nous déchirerons ensemble, jusqu&#8217;à la réduire à une feuille plane, un plan, à deux dimensions, sans contenant, donc sans contenu, donc sans &#8220;rien&#8221; à l&#8217;intérieur &#8211; je glisse ceci une fois encore pour mes collègues psychanalystes). La fois d&#8217;après, nous jouerons avec un sac, pour mieux raconter ce qui se passe. Je pense à Winnicott, Bion et Anzieu, toutes ces histoires de contenant, d&#8217;enveloppe. Elle me dit que la nuit elle ne dort pas : à la place elle mange. De fait, elle est ronde comme&#8230; un sac gonflé d&#8217;air (me semble-t-il).</p>
<p>Croyez-vous qu&#8217;un questionnaire comme l&#8217;Y-BOCS nous en dirait autant que j&#8217;en ai appris sur cette patiente en à peine une heure ? Et si, dans les termes de l&#8217;évaluation auquel se réfère l&#8217;article de la HAS, cette personne relève assurément du champ des T.O.C. résistants à la pharmacothérapies et aux T.C.C., n&#8217;est-ce pas parce que son T.O.C. s&#8217;inscrit dans un paysage mental plus vaste que celui qu&#8217;on tente de circonsrire aux T.O.C., que le T.O.C. en question, si on tient à continuer à le nommer ainsi, déborde largement la configuration décrite par les questionnaires, signale au fond une psychose (ce que Castel appelle dans l&#8217;article cité <em>supra.</em> une &#8220;psychose pseudo-obsessionnelle&#8221;) ?</p>
<p>Bref, avant de se précipiter dans les laboratoires, avant de livrer son cerveau aux machines expertes de la chirurgie, ne devrait-on pas affiner un peu le diagnostic ?</p>
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		<title>super solitudinem solitudo, silentium super silentium</title>
		<link>http://danahilliot.wordpress.com/2006/12/18/super-solitudinem-solitudo-silentium-super-silentium/</link>
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		<pubDate>Mon, 18 Dec 2006 20:21:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>danahilliot</dc:creator>
				<category><![CDATA[Récits]]></category>
		<category><![CDATA[danahilliot]]></category>
		<category><![CDATA[philosophie]]></category>

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Je fouille et découvre des textes écrits il y a longtemps. J&#8217;aurais passé une bonne partie de ma vie à écrire &#8211; depuis que je sais écrire. À noter tout de même : 4 années où je n&#8217;ai pour ainsi dire rien écrit (étrangement, l&#8217;époque où j&#8217;étais enseignant), entre 1997 et 2000. Le reste du [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=danahilliot.wordpress.com&blog=446501&post=50&subd=danahilliot&ref=&feed=1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><br /><p><a href="http://www.flickr.com/photos/danahilliot/326427507/"><img src="http://static.flickr.com/140/326427507_cf7812a931.jpg" alt="l'abbaye de l'étoile en 1998 par dana hilliot" /></a></p>
<p>Je fouille et découvre des textes écrits il y a longtemps. J&#8217;aurais passé une bonne partie de ma vie à écrire &#8211; depuis que je sais écrire. À noter tout de même : 4 années où je n&#8217;ai pour ainsi dire rien écrit (étrangement, l&#8217;époque où j&#8217;étais enseignant), entre 1997 et 2000. Le reste du temps, en veux-tu en voilà de la poésie, des bouts de nouvelles, des essais à peine ébauchés, des projets qu&#8217;on n&#8217;achève quasiment jamais. Mais dans le lot quelques suprises : ainsi, cette étude que j&#8217;avais publiée dans les <em>Collectanea Cisterciensia</em> (revue qu&#8217;on ne trouvera que dans les bibliothèques très spécialisées), et d&#8217;autres encore, au sujet de ce moine anglais, abbé de l&#8217;Étoile, non loin de Chauvigny, Isaac de Stella, dont les sermons connurent une certaine renommée en leur temps.<br />
Voici un extrait de la prose d&#8217; Isaac, abbé de l&#8217;Étoile, puis condamné à l&#8217;exil sur l&#8217;île de Ré (qui n&#8217;avait rien à l&#8217;époque d&#8217;un lieu de villégiature, mais avait été dévastée à plusieurs reprises par les pirates et les vikings). Une superbe déclinaison du thème de la fuite au désert.   <a href="http://www.another-record.com/danahilliot/dana_writings/isaac_de_letoile-la_signification_insulaire.pdf"><br />
</a></p>
<p>&#8220;<em>Et voilà pourquoi, mes biens-aîmés, nous vous avons conduits dans cette solitude retirée, aride et âpre [</em>hanc semotam, aridam, et squalentem...solitudinem<em>]. Dessein astucieux ! il vous est possible d&#8217;y être humbles, impossible d&#8217;y être riches. Oui, dans cette solitude des solitudes, perdue dans la mer, au large, n&#8217;ayant presque rien de commun avec le monde [</em>hanc solitudinem solitudinum, ut in mari longe iacentem, cum orbe terrarum nihil ferme commune habentem<em>], nous voulons que, privés de toute consolation mondaine et pour ainsi dire humaine, il y ait en vous silence complet du monde [</em>prorsus sileatis a mundo<em>] puisque, sauf cet îlot à l&#8217;extrémité des terres [</em>praeter hanc modicam insulam<em>], pour vous le monde n&#8217;existe plus.</em></p>
<p><em><br />
O Seigneur dans mon éloignement j&#8217;ai fui, dans ma fuite je me suis éloigné au point que, vous le savez, je ne vois absolument pas d&#8217;au-delà où je pourrais fuir et m&#8217;éloigner. Un jour, dans mon désir de fuite, dans ma soif de solitude1, j&#8217;ai fini par aborder dans ce désert si vide et si lointain [</em>in hanc demum appuli eremum, vastam adeo et semotam<em>] : plusieurs de ceux que j&#8217;appellerais les complices de cette expédition m&#8217;ont abandonné, un très petit nombre m&#8217;a suivi jusque-là, eux aussi ont en horreur l&#8217;horreur même de la solitude [</em>quibus etiam est horrori horror ipse solitudinis<em>], et je l&#8217;éprouve parfois, je l&#8217;avoue. Il y a eu, Seigneur, renchérissement de solitude sur la solitude, de silence sur le silence [</em>superaccrevit etiam, Domine, super solitudinem solitudo, silentium super silentium<em>]. Car pour être plus habiles et plus exercés à parler à vous seul, nous sommes forcés, bien forcés, de garder entre nous le silence.</em>&#8221; (S. 14, 11-12)</p>
<p><a href="http://www.another-record.com/danahilliot/dana_writings/isaac_de_letoile-la_signification_insulaire.pdf">La signification insulaire de l&#8217;exil à Ré chez Isaac de l&#8217;Étoile</a><br />
(article paru dans les volumes 56 (1994,4) et 57 (1995,1)<br />
des <a href="http://www.citeaux.net/collectanea/" target="_blank">Collectanea Cisterciensia</a> (1992) (PDF)</p>
<p>On trouvera sans doute étrange qu&#8217;il y a douze ans je publiasse (!) des textes sur la spiritualité médiévale ou le néoplatonisme de l&#8217;antiquité tardive. Et pourtant, quand je m&#8217;y replonge aujourd&#8217;hui, rien n&#8217;a vraiment changé. Je sens les ombres paternelles d&#8217;Isaac et de Plotin et d&#8217;Origène, pères d&#8217;adoptions, veiller sur mes cheminements.</p>
<p>Même constat pour ces compagnons de nuits blanches, de lectures sans fin, Malcolm Lowry, Virginia Woolf, Arno Schmidt, James Joyce, comme des fantômes dont la présence fait écho aux événements de ma piètre existence (piètre mais somme toute désormais assez paisible)</p>
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		<title>Theôria : quelques échos de Plotin à Bion.</title>
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		<pubDate>Fri, 15 Dec 2006 13:36:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>danahilliot</dc:creator>
				<category><![CDATA[Récits]]></category>
		<category><![CDATA[danahilliot]]></category>
		<category><![CDATA[philosophie]]></category>
		<category><![CDATA[psychanalyse]]></category>

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		<description><![CDATA[                            
Je voudrais rappeler d&#8217;abord ce texte un peu délirant que j&#8217;ai produit sur les théories considérées comme systèmes psychotiques (on le lira comme un effet de la [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=danahilliot.wordpress.com&blog=446501&post=48&subd=danahilliot&ref=&feed=1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><br /><p><big><strong><font size="2"><a title="deb" name="deb"></a></font></strong></big><a title="deb" name="deb"></a>      <!-- ======================================================= -->   <!-- Created by AbiWord, a free, Open Source wordprocessor.  -->   <!-- For more information visit http://www.abisource.com.    -->   <!-- ======================================================= --><title></title>             <!-- @media print, projection, embossed { 	body { 		padding-top:1in; 		padding-bottom:1in; 		padding-left:1in; 		padding-right:1in; 	} } body { 	text-indent:0in; 	text-align:left; 	font-variant:normal; 	text-decoration:none; 	font-weight:normal; 	color:#000000; 	font-size:12pt; 	font-style:normal; 	widows:2; 	font-family:'Bitstream Charter'; } table { } td { 	border-collapse:collapse; 	text-align:left; 	vertical-align:top; } p, h1, h2, h3, li { 	color:#000000; 	font-family:'Bitstream Charter'; 	font-size:12pt; 	text-align:left; 	vertical-align:normal; }      --></p>
<p style="text-align:justify;">Je voudrais rappeler d&#8217;abord ce texte un peu délirant que j&#8217;ai produit sur les <a href="http://danahilliot.wordpress.com/2006/10/23/les-theories-comme-systeme-psychotique/" target="_blank">théories considérées comme systèmes psychotiques</a> (on le lira comme un effet de la fantaisie, car je n&#8217;y ai mis aucun esprit de rigueur : ce sont là des choses qui me travaillent, un <span style="font-style:italic;">work in progress, </span>que j&#8217;essaierai de développer un jour peut-être, mais la tâche me paraît quelque peu effrayante : on verra plus tard).</p>
<p style="text-align:justify;">Au sujet de la relation entre la théorie et ce qu&#8217;on pourrait appeler pour faire vite la &#8220;pratique&#8221; psychanalytique, j&#8217;ai songé en lisant Wilfred R. Bion aux grecs, et notamment aux néoplatoniciens. Je crois que ce que nous appelons &#8220;théorie&#8221;, ou &#8220;recours, soutien, référence, accrochage&#8221; théoriques, dans notre pratique analytique a quelque chose à voir avec ce qu&#8217;on lit chez Plotin par exemple concernant la &#8220;<em>theôria</em>&#8221; &#8211; ce qu&#8217;on a traduit assez justement en français par &#8220;contemplation&#8221;.</p>
<p style="text-align:justify;">Prenons par exemple le très beau traité &#8220;<span style="font-style:italic;">De la nature, de la contemplation et de l&#8217;un</span>&#8221; (<span style="font-style:italic;">Ennéade</span> III,8, traité 30), qui commence par cette affirmation assez provocante vis-à-vis de la vulgate aristotélicienne : &#8220;<span style="font-style:italic;">Tous </span>[= tous les vivants]<span style="font-style:italic;"> désirent contempler</span>&#8221; (<span style="font-style:italic;">panta theorias ephiesthai</span>). et il précise : &#8220;<span style="font-style:italic;">les vivants rationnels et les vivants irrationnels, et même les plantes et la terre qui les engendre</span>&#8220;[=ma traduction]. Il y a cette très belle image qui décrit la fleur s&#8217;ouvrant au lever du jour pour contempler le soleil (dont l&#8217;éclat la nourrit en retour). Cette théorie, évidemment, n&#8217;a que peu de choses à voir avec ce que nous avons coutume, en tant que modernes, de décrire comme théorie. C&#8217;est bien plus qu&#8217;un texte ordonné à partir de prémisses et en vue d&#8217;une conclusion, une série plus ou moins organisée d&#8217;arguments. Le désir théorétique chez Plotin ne vise pas la production d&#8217;un certain savoir, mais est d&#8217;abord une transformation de celui qui contemple sous l&#8217;effet de l&#8217;objet contemplé. J&#8217;emploie le mot &#8220;transformation&#8221; à dessein pour faire écho à Bion, chez qui cet effet de <span style="font-style:italic;">feed back</span>, d&#8217;effet de boucle, a été soigneusement décrit, à toutes les étapes de la cure psychanalytique, et à tous les états de la pensée psychanalytique.</p>
<p style="text-align:justify;">La dynamique radicale de la transformation théorétique chez Plotin doit s&#8217;entendre comme un mouvement conjoint de la vie et de la pensée : penser, contempler, c&#8217;est précisément s&#8217;accrocher à ce qui anime le corps, c&#8217;est-à-dire le désir de contempler (à la mesure de chaque être vivant), autrement dit : l&#8217;activité psychique. La <span style="font-style:italic;">psyché</span> est d&#8217;abord chez les grecs (et cela aussi bien chez Platon, voir le <span style="font-style:italic;">Phèdre</span> par exemple, que chez Aristote, <span style="font-style:italic;">peri psyché</span>), le principe de vie, de mouvement. Contempler, c&#8217;est donc s&#8217;efforcer de demeurer en vie, échapper à l&#8217;aspiration de la matière, principe de dispersion (la fameuse <span style="font-style:italic;">ulè</span>, qu&#8217;on traduit par matière, mais qui constitue plutôt le matériau radicalement informe, cet état où rien n&#8217;est discernable, rien n&#8217;est distinct, l&#8217;absence de quelque chose, le &#8220;non-sein&#8221; pour parler comme Bion), pour le dire en termes qui nous sont familiers à nous qui causons une autre langue, les processus de division qui vont du clivage à la fragmentation, de la dissociation à la dispersion.</p>
<p style="text-align:justify;">Et c&#8217;est pourquoi le désir théorétique, peut être décrit aussi bien comme principe moteur (ce qui nous anime, qui nous maintient en vie) et en définitive comme désir de l&#8217;un (lutte contre la fragmentation). J&#8217;irai jusqu&#8217;à dire que les formes et les idées, et les objets en général de la contemplation, ont une fonction de &#8220;lien unaire&#8221; (et il me semble que les rares fois où Lacan évoque Plotin, il songe à quelque chose de ce genre). La contemplation produit de l&#8217;Un, ou plutôt : contempler, penser, désirer le &#8220;bon objet&#8221;, c&#8217;est en retour bénéficier d&#8217;un effet unaire, de rassemblement, de cohésion (contre la tendance à la confusion et la parcellisation). Il y a chez Bion quelques mentions de Proclus, et il ne m&#8217;étonnerait guère que Bion, que je ne connais pas assez, ait médité la littérature néoplatonicienne. Il fait en tous cas référence à la théorie des platonicienne des formes et de la réminiscence dans <em>Transformations </em>(au chap. 10 :<em> &#8220;Je considère que platon est un des premiers théoriciens de la pré-conception, de l&#8217;objet internet kleinien, de l&#8217;anticipation innée&#8221;).</em></p>
<p style="text-align:justify;">J&#8217;ai parlé de &#8220;bon objet&#8221; (le &#8220;bon objet&#8221; à contempler, au contraire du &#8220;mauvais objet&#8221; &#8211; dont le désir détourne le vivant de sa finalité, et là on retrouve toute la morale grecque de la vertu). Ce &#8220;bon objet&#8221;, autant l&#8217;appeler par son nom : c&#8217;est la vérité, l&#8217;alètheia, la vérité du vivant. Là encore, ne nous méprenons pas. La vérité ne saurait chez Plotin être définitivement inscrite dans une &#8220;théorie&#8221; au sens moderne du mot, dans un texte ou un discours. On ne devrait jamais lire Plotin comme on lit Kant (pas plus qu&#8217;on ne devrait lire les séminaires de Lacan comme on lit les <span style="font-style:italic;">Écrits</span>.) Ce que nous lisons des grecs est le résultat d&#8217;une compilation (ou de plusieurs) réalisée par les disciples à partir de notations prises à l&#8217;occasion de l&#8217;enseignement d&#8217;un maître. Ce texte, tout comme l&#8217;écrit du psychanalyste témoigne d&#8217;un désir de vérité, d&#8217;un désir de l&#8217;un si vous voulez, mais il est engendré par une série de transformations que Plotin dans les <span style="font-style:italic;">Ennéades</span>, et Bion dans ses livres, n&#8217;ont cessé de s&#8217;efforcer de décrire. Cette description de la théorie nous paraît aujourd&#8217;hui bien étrangère, parce que, obnubilés par les textes et les discours, les modernes ont en quelque sorte fait taire le silence. Or, du silence, Plotin n&#8217;a cessé de parler au fond, de ce silence dont toute chose s&#8217;engendre, dans la solitude infiniment créatrice de l&#8217;Un, et, nous autres psychanalystes, nous en savons encore quelque chose du silence (peut-être est-ce même ce qui fait le prix ici et maintenant de notre expérience singulière : prendre en compte le silence, l&#8217;attention au silence).</p>
<p style="text-align:justify;">C&#8217;est pourquoi enfin, il est pertinent de parler comme le font les traducteurs de Plotin de &#8220;conversion&#8221; (aussi bien dans le néoplatonisme que dans la psychanalyse). Dans le vocabulaire néoplatonicien, on dira conversion &#8220;par et avec et vers&#8221;  l&#8217;Un , conversion à l&#8217;objet du désir (dans une acception téléologique qui s&#8217;oppose à ce que nous pensons faire en psychanalyse &#8211; enfin, dans la mesure où nous essayons d&#8217;éviter de fixer à l&#8217;avance une finalité en disant des choses comme &#8220;la guérison ne vient que de surcroît&#8221;). La métaphysique antique constitue de ce point de vue non pas tant une théologie qu&#8217;une réflexion sur ce que signifie &#8220;s&#8217;orienter dans la vie&#8221; : c&#8217;est-à-dire que la théorie ne s&#8217;achève pas dans un livre mais dans art de vivre (par exemple : un enseignement).  Je songe ici qu&#8217;au fond l&#8217;oeuvre de Bion pourrait très bien être lue comme un art de s&#8217;orienter dans la cure &#8211; le titre : &#8220;comment s&#8217;orienter dans la pensée ?&#8221; (psychanalytique) aurait aussi convenu, mais il était déjà pris :)</p>
<p style="text-align:justify;">Lisez au sujet de l&#8217;orientation de l&#8217;âme chez Plotin les dernières pages fameux traité VI,9 (9), dans la belle traduction de Pierre Hadot (Éd. du Cerf 1994) :</p>
<p style="text-align:justify;">&#8220;&#8230;<span style="font-style:italic;"> il n&#8217;est pas possible que la nature de l&#8217;âme parvienne au néant absolu : et si elle descend vers le bas, elle parviendra au mal et, de cette manière, au non-étant, pourtant pas au non-étant total</span> [= c'est que j'ai décrit comme "fragmentation"]. <span style="font-style:italic;">Mais, si elle court dans la direction contraire, elle parviendra, non à quelque chose d&#8217;autre</span> [=à l'altérité, voire l'altération], <span style="font-style:italic;">mais à elle-même, et ainsi, n&#8217;étant pas en quelque chose d&#8217;autre, elle n&#8217;est en rien, sinon en elle-même</span> [=autrement dit : elle coïncide avec elle-même, à l'image de l'Un qui demeure toujours "ce qu'il est"], <span style="font-style:italic;">sinon en elle-même [</span>= c'est là devenir ce que l'on est : ce à quoi le mot de Freud <span style="font-style:italic;">"Wo es war, soll ich werden"</span>, me semble faire un lointain écho]. <span style="font-style:italic;">Or, c&#8217;est être en elle seule et non dans l&#8217;Étant</span> [=c'est-à-dire le fait d'être quelque chose - d'autre], <span style="font-style:italic;">c&#8217;est être en Celui-là</span> [= l'Un]. <span style="font-style:italic;">Car, par le fait qu&#8217;on s&#8217;approche de Lui, on devient, soi aussi, non par essence, mais au-delà de l&#8217;essence.</span>&#8220;</p>
<p style="text-align:justify;">La traduction de Hadot est ici très &#8220;orientée&#8221; (disons : post-métaphyique). Retenons ici cette idée cruciale sur laquelle repose le néoplatonisme (et au fond toute la pensée antique) que l&#8217;on devient ce que l&#8217;on contemple, ce que l&#8217;on désire, ce que l&#8217;on pense. Il s&#8217;agit au fond d&#8217;une conversion à la vérité. Cette idée me semble justement au coeur de la possibilité même de l&#8217;effet psychanalytique. L&#8217;appareil à penser du sujet, si vous voulez, se constitue précisément dans cette relation à l&#8217;objet de son désir (théorétique), par laquelle on devient ce que l&#8217;on désire. J&#8217;aime beaucoup cette phrase de Bion, tiré de <em>Transformations</em> (p. 48 dans la trad. française aux PUF) : &#8220;<span style="font-style:italic;">Une privation de vérité entraîne une détérioration de la personnalité</span>&#8220;. N&#8217;oublions pas tout de même qu&#8217;il n&#8217;y rien de tel que le sujet chez les grecs (dans le processus contemplatif, les traits singuliers du vivant se fondent en quelque sorte au coeur de toutes choses, au niveau de l&#8217;âme du monde, puis au terme d&#8217;une succession d&#8217;étapes, dans le silence universel de l&#8217;Un) . Ce qui nous incite, en opérant des rapprochements, à nous contenter d&#8217;échos, plus que d&#8217;analogies.</p>
<p style="text-align:justify;">Je ne trace ici que quelques pistes : d&#8217;autres s&#8217;ils le souhaitent pourront les pousser plus loin. Et les parallèles que j&#8217;ai esquissés entre Plotin et Bion mériteraient carrément une thèse. Il serait par exemple fécond de confronter la <em>chôra</em> du <em>Timée</em> de Platon (surtout dans son commentaire néoplatonicien) avec l&#8217;idée de contenant chez Bion : même ébauche d&#8217;un lieu archaïque où commence à s&#8217;investir un commencement de détermination. À titre personnel, je me sens plus à l&#8217;aise chez Plotin que chez Hegel, même si j&#8217;admets que tout ce que dis de Plotin pourrait très bien être évoqué à travers un parcours hégelien. Je n&#8217;ai pour autant aucune velléité à spiritualiser voire à &#8220;mysticiser&#8221; l&#8217;aventure psychanalytique. La psychanalyse n&#8217;a pas besoin de cela (surtout en ce moment), mais je n&#8217;ai rien <span style="font-style:italic;">a priori</span> contre ceux qui en expriment le désir.</p>
<p style="text-align:justify;">Je terminerai cette très brève et superficielle esquisse en lisant Plotin (toujours dans le traité VI,9 (9), trad. Hadot) :</p>
<p style="text-align:justify;">&#8220;<span style="font-style:italic;">Peut-être n&#8217;était-ce pas un objet de vision qu&#8217;il a contemplé ; mais il s&#8217;agit d&#8217;une autre manière de voir </span>[=<span style="font-style:italic;"> alla allos tropos tou idein</span>, Bréhier traduit par "un mode de vision tout différent", notez l'emploi qui nous fait un drôle d'écho du mot "trope"] : <span style="font-style:italic;">sortie de soi </span>[<span style="font-style:italic;">extasis</span>], <span style="font-style:italic;">épanouissement</span> [belle occurrence du mot "<span style="font-style:italic;">aplosis</span>", qu'on pourrait employer pour décrire l'effet éventuel de la cure], <span style="font-style:italic;">intensification de soi </span>[<span style="font-style:italic;">epidosis</span> : là aussi c'est un mot particulièrement riche de significations : McKenna traduit : "renonciation", Bréhier : "abandon de soi-même", mais il y a aussi cette idée d'expansion, d'enrichissement personnel si vous voulez, qu'on trouve chez Aristote, <span style="font-style:italic;">Peri Psyché</span>, II,5, 417b7] <span style="font-style:italic;">; aspiration vers le contact et le repos</span> ["<span style="font-style:italic;">stasis</span>", qui me fait penser à l'énergétique des pulsions freudienne], <span style="font-style:italic;">tendance à la coïncidence</span> [Bréhier traduit : "intelligence d'un ajustement", McKenna :"a meditation towards adjustement", et là encore, il y aurait beaucoup à dire dans notre langue psychanalytique, sur les accrochages, les points de capiton etc...],<span style="font-style:italic;"> si quelqu&#8217;un veut contempler ce qui est dans le sanctuaire ; s&#8217;il regarde d&#8217;une autre manière, alors rien ne lui est présent</span> ["<em>ouden auto paresti</em>"]&#8220;.</p>
<p><big><strong><font size="2"><a title="deb" name="deb"></a></font></strong></big></p>
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		<title>L&#8217;art de la troisième voix</title>
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		<pubDate>Fri, 08 Dec 2006 21:19:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>danahilliot</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les conflits d&#8217;opinions à deux termes sont pour la plupart stériles. Ils dissimulent pour la plupart l&#8217;objet réel de la dispute. Ils ne peuvent aboutir à aucun accord, parce que, dès le départ, les prémisses des théories oposées sont incompatibles. Chaque prémisse exprime une norme différente &#8211; à ce point différente qu&#8217;on peut, à condition [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=danahilliot.wordpress.com&blog=446501&post=45&subd=danahilliot&ref=&feed=1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><br /><p>Les conflits d&#8217;opinions à deux termes sont pour la plupart stériles. Ils dissimulent pour la plupart l&#8217;objet réel de la dispute. Ils ne peuvent aboutir à aucun accord, parce que, dès le départ, les prémisses des théories oposées sont incompatibles. Chaque prémisse exprime une norme différente &#8211; à ce point différente qu&#8217;on peut, à condition de l&#8217;admettre comme point de départ, en accueillir favorablement les conséquences. Pour ilustrer ceci, songez aux disputes concernant l&#8217;opportunité d&#8217;une guerre, la législation sur l&#8217;avortement, le bien-fondé des recherches sur l&#8217;embryon, le libéralisme ou l&#8217;économie administrée, la liberté d&#8217;expression, la réintroduction de l&#8217;ours dans les pyrénnées, les cultures OGM, l&#8217;établissement d&#8217;une centrale nucléaire, d&#8217;un parc éolien, d&#8217;un aéroport ou d&#8217;une autoroute.</p>
<p>Malheureusement,  une facheuse tendance à la bipolarisation des disputes semble caractéristique de la démocratie. C&#8217;est encore plus manifeste si on se contente de s&#8217;informer auprès des médias les plus populaires. Trop souvent la vulgarisation des problèmes et des argumentaires s&#8217;exprime dans une opposition radicale et sans nuance entre des interlocuteurs qui n&#8217;ont aucune envie de poursuivre la discussion. On simplifie, au lieu de chercher à décrire la pluralité des positions réelles. On ne retient que les plus spectaculaires.</p>
<p>Or, la politique devrait être, sous une démocratie, véritablement polyphonique. On devrait toujours commencer par se dire : &#8220;ce n&#8217;est pas si simple&#8221;. De nombreuses forces agissent, parfois inconsciemment et souvent de manière implicite, pour simplifier les choses. Il faut donc que d&#8217;autres forces adviennent afin de les compliquer. Compliquer les choses, c&#8217;est ce que j&#8217;appele élaborer une troisième voix.</p>
<p>Cette troisième voix ne constitue pas forcément une troisième voie. Elle ne prétend pas forcément proposer une autre solution.  Elle ne le prétend pas, parce qu&#8217;elle entend d&#8217;abord revenir sur les termes de la dispute. Car il n&#8217;est pas certain que la question ait été correctement posée. Il n&#8217;est pas certain que le problème ne cache pas un autre problème et ainsi de suite. Il faut d&#8217;abord repenser le cadre, faire apparaître les conditions d&#8217;émergence des problèmes et des positions. La troisième voie ne commence pas par espérer une réconcilation ou un consensus. Elle pense au contraire qu&#8217;il faut d&#8217;abord réintroduire des cailloux dans la machinerie de la dispute, mettre le doute, troubler la surface (les écrans médiatiques) des débats.</p>
<p>Sur les questions que nous avons listées ci-dessus, un peu au hasard, on devrait, dans la logique propre à cette troisième voie, se méfier des porte-paroles &#8211; il n&#8217;est pas dit que les choses au nom de qui ils s&#8217;expriment soient aussi homogènes qu&#8217;ils le prétendent (pour des raisons rhétoriques compréhensibles). Et plus encore se méfier lorsque l&#8217;une des positions emporte le morceau : parce que la voix qui est amenée à se taire pourait fort bien finalement revenir sur le devant de la scène plus tard ou dans un autre contexte (et parfois de manière violente).</p>
<p>La troisième voix est en quelque sorte agnostique. Il existe des croyants et des athées. Il faut des agnostiques, des gens qui assument leur ignorance en la matière. J&#8217;ignore tout à fait s&#8217;il existe quelque chose comme un Dieu, mais je constate que des milliards de gens croient en quelque chose de ce genre tandis que des millions de gens n&#8217;y croient pas. Je ne saurais apporter de réponse à la question de savoir si l&#8217;embryon doit être considéré comme une personne ou non. je crois cependant que l&#8217;avis des uns et des autres sur ces sujets, et les efforts plus ou moins sincères qu&#8217;ils mettent en oeuvre pour penser ce qu&#8217;ils pensent méritent d&#8217;être pris en compte.</p>
<p>Là où la pluralité n&#8217;apparaît pas : il faut la produire (même artificiellement, en forçant les choses).</p>
<p>La troisième voix ne doit pas constituer une sorte d&#8217;arbitrage : ce serait revenir à un despotisme éclairé &#8211; on a déjà bien assez d&#8217;experts comme ça. Ce n&#8217;est pas décider qui  de tel ou tel parti doit devenir le dépositaire légitime de la norme : ce serait ni plus ni moins que d&#8217;assumer une autre norme.</p>
<p>La troisième voix n&#8217;a pas non plus à se donner des apparences de neutralité &#8211; ce qui serait encore une fois singer les experts. Son but, répétons-le, est de compliquer les choses quand le débat se bipolarise, se crispe sur des positions incompatibles.</p>
<p>Contre le dualisme, on préconise la pluralité &#8211; ce faisant on fait droit au réel, on suppose que les choses sont plus complexes et plus nuancées qu&#8217;on voudrait le faire croire. On joue le réel contre les porte paroles au pouvoir. On ouvre des négociations parfois, mais on détruit aussi des illusions pacifiantes en approfondissant les différences.</p>
<p>La troisième voix rétablit la difficulté du jeu politique &#8211; qui est un jeu grave et sérieux. Vivre ensemble constitue un horizon hautement souhaitable (et je crois même que ça devrait être le seul enjeu valable d&#8217;une démocratie), mais qui ne saurait se satisfaire de solutions simplistes : c&#8217;est pourquoi je préfère les politiques qui possèdent une philosophie politique, plutôt que ceux qui brandissent des programmes détaillés. Je préfère un politique qui considère que les problèmes doivent être reposés en tenant compte de la pluralité des désirs et des besoins, plutôt qu&#8217;un politique qui propose des réponses avant d&#8217;avoir élaboré les questions. On devrait toujours commencer par se demander : qu&#8217;est-ce que les gens ont à dire, qu&#8217;est-ce qu&#8217;il racontent, ou se racontent ? Mais aussi, au-delà des gens, les bêtes, les plantes, les objets fabriqués, tous les objets, le plus de réel possible.</p>
<p>La troisième voix est la voix nécessaire qui vise à faire entendre une quatrième voix, une cinquième voix et ainsi de suite autant qu&#8217;il faudra pour recréer la polyphonie politique. C&#8217;est pourquoi ce n&#8217;est pas une voie à proprement parler. Elle ne montre pas le chemin qu&#8217;il faudrait prendre mais pose la question de savoir si, en amont des disputes, ou en aval, on n&#8217;aurait pas négligé tel ou tel petit sentier peut-être plus discret, mais dont le tracé présente quelqu&#8217;intérêt.</p>
<p>La troisième voix enfin, peut susciter des motions de haine &#8211; surtout quand elle choisit l&#8217;ironie et la subversion pour se faire entendre. Elle incarne le fou du roi, l&#8217;anomalie, le petit caillou dans les rouages. Elle fout le bordel, elle dit &#8220;ni l&#8217;un ni l&#8217;autre&#8221;, &#8220;mais encore ?&#8221;.</p>
<p>Mais elle ne doit en aucun cas  devenir un impératif moral. Car il faut bien qu&#8217;en certains points on s&#8217;engage (quitte à se tromper). Il faut bien qu&#8217;à certains carrefours on choisisse une route plutôt qu&#8217;une autre. La troisième ne prône donc pas l&#8217;épokhè radicale, la suspension définitive de tout jugement et de toute action. Elle souhaite s&#8217;assurer d&#8217;abord, avant d&#8217;agir, que le carrefour a été justement dessiné, qu&#8217;un nombre sufisant de voies s&#8217;y branche.</p>
<p>***************************************</p>
<p>Ce texte, délibérément abstrait, doit beaucoup à Delphine Dori (&#8221;ce n&#8217;est si simple&#8221;). Mais aussi bien évidemment au livre de Bruno Latour, <em><a href="http://www.librarything.fr/work-info/1624712&amp;book=6881101" target="_blank">Les Politiques de la Nature</a></em>, dont j&#8217;emprunte une partie du vocabulaire.  Pour des raisons bien compréhensibles, beaucoup d&#8217;intellectuels ne supportent pas Latour. Étrangement, je suis à la fois fasciné par les études de ses élèves et amis, tout en étant d&#8217;une certaine manière dans un camp qu&#8217;ils voient d&#8217;un oeil assez soupçonneux (parce que je crois aussi à la psychanalyse : c&#8217;est une de mes prémisse si l&#8217;on veut). Et je doute fort que les latouriens apprécient le texte ci-dessus (sans doute parce que je suis aussi un lecteur de Rorty, et que là aussi, ça ne le fait pas, ça ne le fait pas chez beaucoup d&#8217;intellectuels). Mais je ne suis pas sûr que l&#8217;expression &#8220;les latouriens&#8221; désigne un collectif délimitable. D&#8217;un autre côté, comme je ne m&#8217;adresse pas spécialement aux intellectuels, ce n&#8217;est pas bien grave.</p>
<p>Ce texte est délibérement vague et abstrait, quoique les mots en aient été soigneusement pesés et  ruminés. C&#8217;est que, justement, je ne voulais pas me perdre dans une controverse, mais plutôt envoyer quelques signifiants, un peu au hasard. Bref, tout en tatonnant je me suis efforcé d&#8217;être précis (c&#8217;est ce que j&#8217;ai appris de ma pratique psychanalytique: voir W.R. Bion,  <em><a href="http://www.librarything.fr/work-info/2002956&amp;book=8950036" target="_blank">Transformations</a>).</em> On ne sait jamais.</p>
<p>Dites vous bien qu&#8217;il s&#8217;agit là d&#8217;un art et non d&#8217;une théorie.</p>
<img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/categories/danahilliot.wordpress.com/45/" /> <img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/tags/danahilliot.wordpress.com/45/" /> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/danahilliot.wordpress.com/45/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/danahilliot.wordpress.com/45/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/danahilliot.wordpress.com/45/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/danahilliot.wordpress.com/45/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/danahilliot.wordpress.com/45/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/danahilliot.wordpress.com/45/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/danahilliot.wordpress.com/45/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/danahilliot.wordpress.com/45/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/danahilliot.wordpress.com/45/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/danahilliot.wordpress.com/45/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=danahilliot.wordpress.com&blog=446501&post=45&subd=danahilliot&ref=&feed=1" /></div>]]></content:encoded>
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		<title>actualités 02 décembre 2006</title>
		<link>http://danahilliot.wordpress.com/2006/12/02/actualites-02-decembre-2006/</link>
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		<pubDate>Sat, 02 Dec 2006 17:29:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>danahilliot</dc:creator>
				<category><![CDATA[actualités]]></category>
		<category><![CDATA[danahilliot]]></category>
		<category><![CDATA[politique]]></category>

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		<description><![CDATA[Et pour débuter, le nouveau lp de mon amie Delphine Dora, sorti récemment sur le label américain Abaton Book Company.
&#8220;&#8230;the sliding scale dramatics of Madame Florence Foster Jenkins mixed with the baroque-pop extremes of Marianne Nowottny.&#8221;
Because of it&#8217;s improvisation, the closest comparisons that I can find would be the recently emerged artists of the Finnish [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=danahilliot.wordpress.com&blog=446501&post=43&subd=danahilliot&ref=&feed=1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><br /><p>Et pour débuter, le nouveau lp de mon amie Delphine Dora, sorti récemment sur le label américain <a href="http://www.abatonbookcompany.com/">Abaton Book Company</a>.</p>
<p>&#8220;&#8230;the sliding scale dramatics of Madame Florence Foster Jenkins mixed with the baroque-pop extremes of Marianne Nowottny.&#8221;</p>
<p><em>Because of it&#8217;s improvisation, the closest comparisons that I can find would be the recently emerged artists of the Finnish freak-folk movement&#8230;</em><a href="http://soullesseyes.blogspot.com/2006_01_01_soullesseyes_archive.html">soullesseyes</a></p>
<p><img src="http://www.abatonbookcompany.us/doracd.jpg" alt="delphine dora's blablabla" /></p>
<p>Et tant que j&#8217;y suis, vous pouvez découvrir d&#8217;autres disques et enregistrements tirés des mondes étranges de Delphine sur les labels et sites suivants :</p>
<p><a href="http://www.another-record.com/delphine/">floating existence (2005)</a><br />
<a href="http://www.archive.org/details/delphine_dora-for_christmas">for christmas (2005)</a><br />
<a href="http://www.greed-recordings.com/greed_recordings/delphine_dora.php">greed recordings (2006)</a><br />
<a href="http://www.dogmazic.net/static.php?op=musiqueIndex.php&amp;group=Delphine+dora">sur dogmazic</a><br />
<a href="http://www.myspace.com/delphinedora" target="_blank">sur myspace</a></p>
<p>Florent Verschelde nous rappele sur <a href="http://www.covertprestige.info/" target="_blank">son blog </a>que dimanche 3 décembre est la journée internationale consacrée aux handicapés. Dans ce cadre, il faut rappeler les difficultés d&#8217;accessibilité du web, pour les personnes atteintes de difficultés visuelles, auditives ou motrices. J&#8217;ai une pensée pour ma chère amie Rachel, à qui j&#8217;ai donné autrefois des cours de web. Sa paralysie partielle rendait l&#8217;usage de la souris fort délicat, ce qui ne l&#8217;empêchait pas d&#8217;être un webmaster et un webdesigner tout à fait doué. Pour plus d&#8217;infos sur les réflexions et les initiatives menées à l&#8217;occasion de cette journée, lire la page que leur consacre <a href="http://www.blog.webatou.be/?2006/11/26/proposition-d-action-pour-le-3-decembre" target="_blank">Monique Brunel</a> sur son blog (merci à Florent de l&#8217;avoir signalé sur <a href="http://www.dogmazic.net/modules.php?ModPath=phpBB2&amp;ModStart=viewtopic&amp;t=2011&amp;t=2011&amp;sid=51870d486081deeadae8d93f8563363a&amp;npds=0" target="_blank">Dogmazic</a>)</p>
<p>Aujourd&#8217;hui se déroule la manifestation originale, d&#8217;inspiration situationiste, de solidarité avec les SDF, initiée par l&#8217;association Les Enfants de Don Quichotte (quel nom superbe). Bonne chance à eux tous (on peut lire <a href="http://danahilliot.wordpress.com/2006/11/30/les-enfants-de-don-quichotte/" target="_blank">mon post</a> à ce sujet).</p>
<p>L&#8217;émission <a href="http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/toutunmonde/" target="_blank">Tout un monde</a>, sur France Culture, consacre une heure et demie à la <strong>tradition orale chez les inuits</strong> d&#8217;aujourd&#8217;hui, en suivant cette ligne qui court des traditions aux modernités, si présente dans la réflexion canadienne. Dire le monde : voilà qui me parle quand à mon tour j&#8217;invente dans ce Cantal adoptif, des toponymes, des noms de lieux, des balises territoriales, qui me tiennent à peu près en vie. Signalons que ce programme se situe en marge du 15è congrès international des études inuit, organisé par l’INALCO au Musée du quai Branly (lequel justifie par là son existence).</p>
<p>Je relaie  l&#8217;appel de l&#8217;association ICRA en soutien aux <a href="http://www.icrainternational.org/urgence/314" target="_blank">Jarawa des ïles Andaman</a> (Inde) : Les jours des 270 derniers représentants du peuple Jarawa (chasseurs-cueilleurs des Îles Andaman &#8211; Inde) sont comptés. La route qui longe leur territoire et qui devrait être fermée depuis 2002 sur décision de la cour suprême indienne est en cours d’élargissement favorisant ainsi l’envahissement de leur territoire par des colons et des braconniers qui surexploitent les ressources de leur territoire et les exposent à des épidémies. Vous pouvez signer <a href="http://www.icrainternational.org/img-mail/petition_jarawa_light.pdf" target="_blank">la pétition</a> alertant les politiques sur cette situation.</p>
<p>N&#8217;étant pas du genre à cacher mes préférences politiques, et notamment en cette période pré-électorale, je signale aux personnes intéressées le <a href="http://www.udf.org/discours/bayrou_021206.html" target="_blank">très beau discours de candidature de François Bayrou</a> prononcé aujourd&#8217;hui en Béarn (région pour laquelle j&#8217;ai un sentiment particulier). Il s&#8217;y place sous le patronage d&#8217;Henry IV en historien qu&#8217;il est. Je vois d&#8217;un bon oeil qu&#8217;un Président de la République soit aussi un littéraire et historien, plutôt qu&#8217;un technocrate. Et j&#8217;aime beaucoup ce passage :</p>
<p class="txt"><em>&#8220;Si je suis élu, je nommerai au gouvernement une équipe pluraliste, équilibrée, des démocrates, femmes et hommes, venus de bords différents avec mission de mettre en œuvre le même projet républicain, et cela non pas malgré leurs différences, mais en s’appuyant sur leurs différences.<br />
Chacun gardera ses valeurs. Tant mieux ! Car on a besoin des valeurs des uns et des autres. L’esprit d’entreprendre, le goût de l’ordre, on les classe à droite ; la solidarité, l’égalité des droits, à gauche ; la tolérance, l’équilibre et l’équité, au centre. Nous avons besoin de toutes ces valeurs, en même temps. Et les écologistes ont raison de rappeler que nous sommes embarqués sur une petite planète, comme une Arche de Noé dans l’univers, et que nous sommes comptables de l’air qu’on y respire et des espèces, chacune des espèces, qui y sont embarquées, y compris la nôtre, l’espèce humaine à tête dure.<br />
Ces valeurs, il faut cesser de les regarder comme antagonistes, il faut se rendre compte qu’on a besoin de les faire vivre ensemble.<br />
Le temps des grandes querelles idéologiques, pour le moment, est derrière nous.&#8221;</em>
</p>
<p class="txt">Si vous aimez la politique, je veux dire, au sens où c&#8217;est là le lieu qui nous concerne tous, au sens où c&#8217;est l&#8217;élaboration sans cesse renouvellée d&#8217;un vivre ensemble possible, ne ratez pas la passionante interview de 3 heures que François Bayrou a accordé aux journalistes de <a href="http://blpwebzine.blogs.com/politicshow/2006/10/politicshow_fut.html" target="_blank">Politic&#8217; Show</a>. (<a href="http://www.up.univ-mrs.fr/veronis/Parole2007/" target="_blank">et la transcription complète ici</a>) (merci à Florent encore pour le lien et l&#8217;info)</p>
<p class="txt">&nbsp;</p>
<p class="txt">&nbsp;</p>
<img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/categories/danahilliot.wordpress.com/43/" /> <img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/tags/danahilliot.wordpress.com/43/" /> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/danahilliot.wordpress.com/43/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/danahilliot.wordpress.com/43/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/danahilliot.wordpress.com/43/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/danahilliot.wordpress.com/43/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/danahilliot.wordpress.com/43/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/danahilliot.wordpress.com/43/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/danahilliot.wordpress.com/43/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/danahilliot.wordpress.com/43/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/danahilliot.wordpress.com/43/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/danahilliot.wordpress.com/43/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=danahilliot.wordpress.com&blog=446501&post=43&subd=danahilliot&ref=&feed=1" /></div>]]></content:encoded>
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	</item>
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		<title>Les enfants de Don Quichotte</title>
		<link>http://danahilliot.wordpress.com/2006/11/30/les-enfants-de-don-quichotte/</link>
		<comments>http://danahilliot.wordpress.com/2006/11/30/les-enfants-de-don-quichotte/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 30 Nov 2006 00:59:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>danahilliot</dc:creator>
				<category><![CDATA[Récits]]></category>
		<category><![CDATA[actualités]]></category>
		<category><![CDATA[politique]]></category>

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		<description><![CDATA[Juste un mot pour vous signaler ce site : Les Enfants de Don Quichotte. (Je dois ce lien à Entropie, que j&#8217;ai croisé sur Flickr au hasard de nos pérégrinations respectives : thx).
Je cite le texte qui décrit l&#8217;action engagée par quelques &#8220;bien logés&#8221; pour réclamer l&#8217;amélioration des conditions de vie des &#8220;sans logis&#8221; :
Les [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=danahilliot.wordpress.com&blog=446501&post=42&subd=danahilliot&ref=&feed=1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><br /><p>Juste un mot pour vous signaler ce site : <a href="http://www.lesenfantsdedonquichotte.org/" target="_blank">Les Enfants de Don Quichotte</a>. (Je dois ce lien à <a href="http://www.error-fatal.com/" target="_blank">Entropie,</a> que j&#8217;ai croisé sur Flickr au hasard de nos pérégrinations respectives : thx).</p>
<p>Je cite le texte qui décrit l&#8217;action engagée par quelques &#8220;bien logés&#8221; pour réclamer l&#8217;amélioration des conditions de vie des &#8220;sans logis&#8221; :</p>
<p><em>Les premiers enfants de Don Quichotte dont nous souhaitons diffuser le  travail sont Augustin et Pascal, qui sont devenus volontairement SDF le 23  octobre 2006, et se sont engagés à rester au plus proche des sans-abris dans  les rues de Paris jusqu&#8217;au mois de décembre 2006.</em></p>
<p><em>Ils s&#8217;emploieront durant ce temps à fédérer le plus possible de personnes,  SDF et bien logés, autour de l&#8217;idée d&#8217;une occupation citoyenne le 2 décembre  2006 dans un lieu symbolique de Paris</em></p>
<p><em>Par leur mise en situation ils entendent montrer aux français la défaillance  de l&#8217;État dans son rôle de garant des « moyens convenables d&#8217;existence » ; Par cette occupation ils entendent inciter les SDF et les biens-logés à  exiger de l&#8217;État l&#8217;application du droit à une vie décente pour tous sur le  territoire français ;</em></p>
<p><em>Par ce combat ils entendent lutter contre les trop nombreux préjugés que  nous avons sur les SDF et restaurer par l&#8217;action la place des SDF au milieu  de la communauté des hommes.</em></p>
<p><em>Pour faire connaître leur action nous diffusons sur notre site des <a href="http://www.lesenfantsdedonquichotte.com/log.php">clips  vidéos</a> documentaires retraçant au mieux leur quotidien dans les rues de  Paris, la progression de leur travail et surtout le portrait des hommes et  femmes qu&#8217;ils côtoient dans leur aventure afin que nous apprenions à les  connaître.</em></p>
<p><em>Parce qu&#8217;une action citoyenne mérite d&#8217;être populaire, <a href="http://www.lesenfantsdedonquichotte.com/promesses.php">nous avons besoin de  chacun d&#8217;entre vous</a>.</em></p>
<p><em>« Là où les hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré »</em></p>
<p align="right">J. Wrésinski</p>
<p> <a href="http://www.dailymotion.com/video/xpnxi_sdf-des-mots">Vidéo sur dayly motion : SDF &#8211; Des mots</a></p>
<p align="center">&nbsp;</p>
<p style="text-align:center;"><img src="http://www.lesenfantsdedonquichotte.com/i/bandeau.jpg" alt="les enfants de don quichotte" width="650" /></p>
<p align="right">&nbsp;</p>
<p align="left">Le site présente une collection exceptionnelle d&#8217;interviews. Vous y entendrez quelques bribes de destins terribles, Momo, Fred, Guillaume, Michel, Nathalie, Lisiane, etc.</p>
<p>Bref, si vous vivez à Paris, ou dans une autre grande ville (Toulouse est dans les projets), venez poser votre tente le soir du 2 décembre dans les centres villes.</p>
<p>Et tant que j&#8217;y suis je vous conseille un texte admirable d&#8217;Anne M. Lovell, &#8220;Les Fictions de soi-même ou les délires identificatoires dans la rue&#8221;, publié dans le recueil <em>La maladie mentale en mutation</em> (Odile Jacob, 2001).  Voir une bibliographie complète de ses travaux menés auprès des &#8220;Homeless&#8221; New-Yorkais sur la <a href="http://www.cesames.org/spip/article.php3?id_article=205" target="_blank">page <em>ad hoc</em> du CNRS</a>.</p>
<img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/categories/danahilliot.wordpress.com/42/" /> <img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/tags/danahilliot.wordpress.com/42/" /> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/danahilliot.wordpress.com/42/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/danahilliot.wordpress.com/42/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/danahilliot.wordpress.com/42/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/danahilliot.wordpress.com/42/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/danahilliot.wordpress.com/42/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/danahilliot.wordpress.com/42/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/danahilliot.wordpress.com/42/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/danahilliot.wordpress.com/42/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/danahilliot.wordpress.com/42/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/danahilliot.wordpress.com/42/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=danahilliot.wordpress.com&blog=446501&post=42&subd=danahilliot&ref=&feed=1" /></div>]]></content:encoded>
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	</item>
		<item>
		<title>actualités 26 novembre 2006</title>
		<link>http://danahilliot.wordpress.com/2006/11/26/actualites-26-novembre-2006/</link>
		<comments>http://danahilliot.wordpress.com/2006/11/26/actualites-26-novembre-2006/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 26 Nov 2006 12:04:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>danahilliot</dc:creator>
				<category><![CDATA[Récits]]></category>
		<category><![CDATA[actualités]]></category>
		<category><![CDATA[psychanalyse]]></category>

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		<description><![CDATA[Le quotidien Libération publie un dossier intéressant sur les biobank : ce sont des collections de prélèvements de sang, d&#8217;urine et d&#8217;informations (sous forme de réponses à des questionnaires) recueillis auprès d&#8217;une population donnée. Je retiens trois aspects de la présentation de Libé et des infos que j&#8217;ai pu glanées ici ou là : 1° [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=danahilliot.wordpress.com&blog=446501&post=40&subd=danahilliot&ref=&feed=1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><br /><p>Le quotidien Libération publie un dossier intéressant sur les <a href="http://www.liberation.fr/transversales/weekend/219255.FR.php" target="_blank">biobank</a> : ce sont des collections de prélèvements de sang, d&#8217;urine et d&#8217;informations (sous forme de réponses à des questionnaires) recueillis auprès d&#8217;une population donnée. Je retiens trois aspects de la présentation de Libé et des infos que j&#8217;ai pu glanées ici ou là : 1° On ne sait pas précisément à quoi ces informations pourront bien servir dans le futur, mais on est persuadé qu&#8217;elles seront utiles &#8211; susceptibles de &#8220;répondre&#8221; à des questions que nous nous poserons dans le futur (c&#8217;est une vision assez simpliste de la manière dont focntionne les sciences mais.. admettons). 2° Bien qu&#8217;on ne sache pas précisément à quoi tout cela pourra servir, il n&#8217;empêche qu&#8217;une veritable compétition est engagée au niveau des nations pour constituer de telles banques (on apprend que la Chine possède la banque génétique la plus riche au monde). On peut donc penser qu&#8217;à défaut de savoir quels seont les applications possibles de telles collections, on en a déjà une petite idée, au moins imaginaire. 3° Georges Dagher, responsable de banques génétiques à l&#8217;INSERM nous apprend que (je cite) : <em>&#8220;Une grande banque de maladies neuropsychiatriques, qui regroupera quasiment toutes les collections existantes, est ainsi en cours de constitution à l&#8217;hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris</em>&#8220;. J&#8217;aimerais bien savoir à quoi ressemble une &#8220;maladie neuropsychiatrique&#8221;. C&#8217;est le genre d&#8217;entité qui me laisse songeur. L&#8217;expression mélange trois choses : l&#8217;idée de maladie, la science du cerveau, et la pscyhiatrie, qui me semble d&#8217;abord désigner un ensemble d&#8217;activités liées à l&#8217;accueil et la thérapie des troubles psychiques (comme on dit maintenant). Une recherche sur le site de l&#8217;INSERM montre que cette entité, &#8220;maladie neuropsychiatrique&#8221;, existe, puisqu&#8217;elle fait l&#8217;objet de formations, d&#8217;enseignements. Par exemple, le module U358 est consacré à l&#8217; <a href="http://fsm.broca.inserm.fr/FSM/recherche/dialogue11/formationinserm.html" target="_blank">Épidémiologie génétique des maladies neuropsychiatriques</a>. Il semblerait que cette appellation soit instituée dans le domaine de la génétique de la schizophrénie notamment, ou des dits troubles bi-polaires. Soit.</p>
<p><a href="http://www.courrierinternational.com/" target="_blank"> Courrier International</a> se penche cette semaine sur le réchauffement climatique. Le numéro est séparé en deux volets : &#8220;alerte&#8221; et &#8220;solutions&#8221;. Je n&#8217;ai pas encore le magazine sous la main mais bon&#8230; Je vous fais part de l&#8217;info.</p>
<p>A écouter absolument sur France Culture l&#8217;émission <a href="http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/vivants/" target="_blank">Les Vivants et les Dieux</a> du samedi 18 novembre (audible online durant quelques semaines) consacrée à Unica Zürn, puis celle du samedi 25 novembre, intitulée : A propos de l&#8217;autisme : différencier folie et mystique. Michel Cazenave aborde avec ses invités ce sujet absolument crucial : la parenté entre folie et création d&#8217;une part, entre folie et mystique d&#8217;autre part. Comme toujours, l&#8217;émission est passionante. (Plus intéressante en tous cas que l&#8217;article qu&#8217;Art Press avait récemment consacré à Unika Zûrn et à l&#8217;exposition qui lui est consacré aux <a href="http://www.presse-hallesaintpierre.org/pge/dernier.php?communique=265" target="_blank">Halles Saint-Pierre</a> à Paris : les experts de l&#8217;art moderne et contemporain ont toujours un peu de mal avec la folie&#8230;  Je demeure une fois encore songeur.)</p>
<p>Pour finir, ne ratez pas, si vous avez une bonne connexion internet et un peu de patience, les épisodes d&#8217;une s&#8221;érie actuellement diffusée aux États-Unis, mais visible avec un peu de persévérance sur le net : <a href="http://www.serieslive.com/fiche_serie.php?n=653" target="_blank"><em>My name is Earl</em></a>. L&#8217;histoire d&#8217;un type vraiment imbuvable qui décide de faire le bien. C&#8217;est hilarant, adorable, populaire, et digne des meilleures satires de la vie américaine :  <em>I&#8217;m just tryin&#8217; to be a better person : my name is Earl</em>. Ça me touche d&#8217;autant plus dois-je avouer, que l&#8217;environnement dans lequel évolue Earl et son frêre Randy, n&#8217;est pas sans me rappeler le quartier de mon enfance.</p>
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		<item>
		<title>L&#8217;érotique des saisons</title>
		<link>http://danahilliot.wordpress.com/2006/11/24/lerotique-des-saisons/</link>
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		<pubDate>Fri, 24 Nov 2006 14:01:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>danahilliot</dc:creator>
				<category><![CDATA[Récits]]></category>
		<category><![CDATA[psychanalyse]]></category>

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		<description><![CDATA[
Ce matin, la route qui relie la vallée de la Santoire à la vallée de Mandailles est fermée. Le col de Serre est déjà recouvert d&#8217;une fine couche de glace et plus haut, au Pas de Peyrol, la neige a pris ses quartiers d&#8217;hiver. Au Puy Mary, on ne verra plus personne durant des mois, [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=danahilliot.wordpress.com&blog=446501&post=38&subd=danahilliot&ref=&feed=1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><br /><p style="text-align:center;"><img src="http://static.flickr.com/48/163269925_12a23c8803.jpg?v=0" alt="dana hilliot signs" border="1" height="376" width="500" /></p>
<p>Ce matin, la route qui relie la vallée de la Santoire à la vallée de Mandailles est fermée. Le col de Serre est déjà recouvert d&#8217;une fine couche de glace et plus haut, au Pas de Peyrol, la neige a pris ses quartiers d&#8217;hiver. Au Puy Mary, on ne verra plus personne durant des mois, à part quelques randonneurs intrépides, équipés de piolets et crampons. Au col de la Fageolle hier aussi : l&#8217;épais brouillard de novembre et la route scintillante.</p>
<p>L&#8217;hiver est là. Un grand vent de feuilles jaunes et rouges balaye les rues du village : je reste fasciné au retour de mon escapade matinale quotidienne.</p>
<p>Je suis heureux de vivre ici. Peut-être suis-je venu m&#8217;installer en Cantal parce que j&#8217;avais besoin du rythme des saisons, besoin de cet ordonnance archaïque du temps qui passe, cette répétition qui dessine un horizon rassurant sur le fond duquel je peux gérer au mieux mon propre chaos. J&#8217;ai souvent parlé des re-pères nécessaires à l&#8217;établissement psychotique, <a href="http://www.another-record.com/danahilliot/dana_writings/territoirresparanoiaques.pdf" target="_blank">l&#8217;installation paranoïaque</a>, l&#8217;aménagement du territoire. L&#8217;implacable scansion des saisons, sensible ici bien plus qu&#8217;ailleurs, contribue à la modération de mes humeurs &#8211; si bien que, même lorsque je suis au bord des effondrements, je peux encore m&#8217;accrocher à ce retour de l&#8217;hiver et cet avénement du printemps, et me dire qu&#8217;à la saison prochaine, les choses iront mieux, ou différemment : le jeu de la vie et de la mort s&#8217;articule aussi bien en dehors qu&#8217;au dedans de moi, et c&#8217;est par cette disposition cosmologique pour ainsi dire que je demeure juste au bord des gouffres, et n&#8217;y plonge pas tout à fait. Parfois, quand je reviens de Clermont-Ferrand, par la grand route, quand après avoir dépassé Massiac, s&#8217;élèvent les premières pentes de la Fageolle, je pleure, parce que je suis heureux de rentrer chez moi : tandis que se dessinent à l&#8217;Est la ligne de crête boisée de Margeride et à l&#8217;Ouest les premiers contreforts du Cantal, j&#8217;éprouve ce sentiment dont j&#8217;ignorais tout &#8211; <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Robert_Penn_Warren" target="_blank"><em>A place To Come To</em></a> (comme écrivait Robert Penn Warenn).</p>
<p>Dans les villes, les signes annonciateurs de la saison nouvelle sont pour ainsi dire presqu&#8217;effacés, atténués, refoulés. Ici, dans mon pays, c&#8217;est au contraire un déferlement de signifiants bruts, sauvages, auxquels l&#8217;homme doit forcément se plier. car ils ne sont pas à la mesure de l&#8217;homme. Ici, les vents sont aussi déments qu&#8217;en Finistère, quand ça bourgeonne c&#8217;est une orgie de verdure et de ruisselement sur tous les versants des montagnes, un déferlement de fleurs et d&#8217;arbres éclatants, ici, quand la neige arrive, c&#8217;est tempête ou, comme on dit en Margeride, <em>tourmente</em> (dans laquelle bien des hommes se sont perdus), puis l&#8217;épaisse douceur blanche qui recouvre toutes choses, les rochers, les forêts, les hameaux, ici, quand l&#8217;automne arrive, le paysage est en feu, et ça sent l&#8217;humus et le champigon jusque dans les maisons. Ici, on ne fait pas les choses à moitié : c&#8217;est à chaque saison grand travail chez les hommes, car il faut dégager les routes enneigées, sortir et rentrer les troupeaux, maitriser les torrents qui se prennent soudain pour des fleuves, ramasser myrtilles et <a href="http://www.puymary.fr/volcandecantal/natflore.htm#" target="_blank">grandes gentianes jaunes</a>.</p>
<p>Au printemps, on me verra forcément dehors, chaque jour d&#8217;avril, allongé dans les prés sur les dernières neiges, guettant de tout mon corps au plus près du sol l&#8217;émergence des premiers émois du printemps : la poussée des plantes désirant contempler le ciel comme dirait mon ami Plotin &#8211; car <a href="http://www.librarything.com/work-info/1944440&amp;book=8608509" target="_blank">toute chose à sa mesure contemple</a>. Le nez dans la terre. Contemplation (θεωρία) érotique assurément &#8211; et on ne comprendra rien à Plotin ou aux Pulsions (l&#8217;invention géniale de Freud : <em>triebe</em> :  la poussée), tant qu&#8217;on n&#8217;a pas laissé cette sauvagerie traverser nos corps. Moi, j&#8217;ai besoin de cette <em>abandonnage</em> saisonnier (abandonnage est un mot que j&#8217;invente là : parce qu&#8217;abandon ne suffit pas à dire ce que je voudrais dire.  <em>Abandonnage</em> dit : braconnage. Art de s&#8217;abandonner. Rituel, tradition, élaboration). Comme un pendant à l&#8217;écriture, l&#8217;abandonnage, comme un tigre doit arpenter son territoire et laisser ici et là ses marques, comme le topographe <a href="http://www.a-schmidt.org/" target="_blank">Arno Schmidt</a> explorant les bois de Bargfeld une carte à la main, ainsi je procède, quand fatigué d&#8217;écrire, fatigué de savoir, je n&#8217;en veux plus rien savoir et me préoccupe de mon territoire, m&#8217;y incarnant tout à fait (si bien que c&#8217;est souffrance et déchirure de s&#8217;en relever, se détacher de la terre humide, rassembler ses quelques affaires et reprendre le chemin du village).</p>
<p>Vivre ici donc, si l&#8217;on est encore quelque peu sensible et pas tout à fait trop humain, c&#8217;est contempler à nouveau, ressentir la très ancienne <em>φύσis</em> des grecs agir en soi et toutes choses environnantes, s&#8217;enrichir chaque jour d&#8217;être aussi plante, animal et rocher. Comme dans les antiques forêts celtes, les lieux sont encore des lieux, saturés d&#8217;histoires, souvent oubliées, mais toujours effectives, et telle émergence rocheuse, telle steppe venteuse, tel arbre aux formes étranges, enfants des catastrophes de <a href="http://www.librarything.com/work-info/1076264&amp;book=8608576" target="_blank">René Thom</a>, s&#8217;offrent aux âmes errantes comme autant de points d&#8217;accrochage, de re-pères, de sacralités. Ainsi ma carte schizoanalytique (comme dirait <a href="http://www.librarything.com/work-info/1120944&amp;book=8608591" target="_blank">Félix Guattari</a>) possède et ses orients et ses levants, une clairière en Margeride, un plateau désolé qu&#8217;on nomme le Limon, un rocher solitaire au Puy de Niermont, un bout d&#8217;étang gelé qui s&#8217;ennorgueillit d&#8217;être un lac non loin de Peyre Gary.</p>
<p>J&#8217;ai reçu une lettre aujourd&#8217;hui : E. n&#8217;avait pas pu me dire (alors elle écrit) l&#8217;autre jour au sujet de son arbre, qu&#8217;on l&#8217;avait coupé, découpé, brûlé, et là, contemplant les flammes à la cheminée qui consument son arbre, reviennent le grand père mythique, l&#8217;enfance, et toute l&#8217;histoire de sa vie soutenue au pied de l&#8217;arbre : &#8220;<em>Aujourd&#8217;hui sans toi / je ne suis rien / qu&#8217;une pauvre gamine / sans défense et sans vie</em>.&#8221;</p>
<p style="text-align:center;"><img src="http://static.flickr.com/85/249244204_6eccda260c.jpg?v=0" alt="dana hilliot vallée de bredons" height="497" width="500" /></p>
<p>PS : <a href="http://www.john-libbey-eurotext.fr/fr/ouvrages/e-docs/00/04/24/79/ouvrages.md?type=text.html" target="_blank">Un savoir et une thérapeuthique</a> vieilles comme l&#8217;humanité (les chinois et les grecs par exemple, et nombre shamans ou médecins des peuples autochtones) racontent ces relations des saisons et des humeurs de l&#8217;homme &#8211; ainsi les dépressions et l&#8217;automne, les excitations irrésistibles du printemps et acting out qui s&#8217;ensuivent, les solitudes mélancoliques de l&#8217;hiver, et les non moins terribles apathies estivales. Ma psychiatre demandait toujours à ses nouveaux patients : et vos angoisses, vos déprimes, reviennent-ils toujours à la même saison ? Le corps de la femme aux marées et circonvolutions lunaires est lié, pourquoi n&#8217;en irait-il pas ainsi de nous tous et des saisons ?</p>
<p>PS(2) : les photographies sont des traces de <a href="http://www.flickr.com/photos/danahilliot/" target="_blank">mes pérégrinations</a> au pays.</p>
<img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/categories/danahilliot.wordpress.com/38/" /> <img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/tags/danahilliot.wordpress.com/38/" /> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/danahilliot.wordpress.com/38/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/danahilliot.wordpress.com/38/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/danahilliot.wordpress.com/38/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/danahilliot.wordpress.com/38/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/danahilliot.wordpress.com/38/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/danahilliot.wordpress.com/38/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/danahilliot.wordpress.com/38/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/danahilliot.wordpress.com/38/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/danahilliot.wordpress.com/38/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/danahilliot.wordpress.com/38/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=danahilliot.wordpress.com&blog=446501&post=38&subd=danahilliot&ref=&feed=1" /></div>]]></content:encoded>
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		<title>Everydays Heroes et créativité sociale dans les nouvelles séries américaines</title>
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		<pubDate>Tue, 21 Nov 2006 15:58:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>danahilliot</dc:creator>
				<category><![CDATA[Récits]]></category>
		<category><![CDATA[actualités]]></category>
		<category><![CDATA[politique]]></category>

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		<description><![CDATA[Certains soirs, quand un trop plein de pensées risque de m&#8217;expédier tout droit au pays des dépressions les plus aigües, je me réfugie au paradis des séries télévisées américaines. N&#8217;ayant plus la télévision depuis quelques temps, et pas pressé d&#8217;en racheter une (avec quel argent d&#8217;abord ?), je vais chercher sur internet les dernières séries [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=danahilliot.wordpress.com&blog=446501&post=37&subd=danahilliot&ref=&feed=1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><br /><p>Certains soirs, quand un trop plein de pensées risque de m&#8217;expédier tout droit au pays des dépressions les plus aigües, je me réfugie au paradis des séries télévisées américaines. N&#8217;ayant plus la télévision depuis quelques temps, et pas pressé d&#8217;en racheter une (avec quel argent d&#8217;abord ?), je vais chercher sur internet les dernières séries diffusées outre-atlantique (ces diffusions sont illégales, il n&#8217;est donc pas souhaitable que les liens vers ces programmes soient connus du plus grand nombre : c&#8217;est pourquoi je ne donnerai pas les liens ici).</p>
<p>Il peut sembler un peu provocateur pour un intellectuel, de surcroît psychanalyste, d&#8217;avouer son penchant pour les feuilletons télévisés. En France, et ailleurs peut-être, ce sont des choses qui ne se disent pas &#8211; bien que Philonenko aimât la boxe, Wittgenstein les feuilletons policiers, et d&#8217;autres le football ou les jeux vidéos. On aura tôt de fait d&#8217;interpréter cela comme une provocation (au sens d&#8217;un geste &#8220;artistique&#8221;), ou, si l&#8217;on aime les catalogues psychiatriques et les nosographies : comme une <em>addiction.</em> Alors qu&#8217;il s&#8217;agit là simplement, je crois, de <em>divertissement</em> (et je plains ceux qui n&#8217;ont pas la capacité de se divertir ou d&#8217;être divertis). Qu&#8217;importe. Je sais que je m&#8217;attache à ces histoires comme à un récit qui se mêle à ma propre vie, et nourrit même ma propre réflexion, mon imaginaire, mes phantasmes, mes rêves, et je sais aussi combien ces personnages récurrents m&#8217;aident à tisser le fil continu de l&#8217;existence, contribuent à articuler les signifiants qui m&#8217;encombrent &#8211; et combien j&#8217;aime à les retrouver parfois, comme de bons amis réconfortants par leur caractère répétitif, familier.</p>
<p>J&#8217;ai donc découvert (en avant-première si l&#8217;on peut dire, avant la plupart de mes compatriotes) les nouvelles séries américaines, dont certaines seront sans nul doute reprises sur les chaînes de télévision françaises prochainement. Une chose m&#8217;a frappé  : il semblerait que s&#8217;y dessine une nouvelle génération de héros. Dans les années 70, la plupart des héros étaient des <em>losers</em>, ou des <em>outsiders,</em> contestataires et victimes. Puis, l&#8217;amérique de Reagan nous a fourni son lot de héros indestructibles, sans faille apparente, sans intériorité. Les années 90 et ce, jusqu&#8217;à la crise du 11 semptembre 2001, et après, furent marqué par un souci extraordinaire de réalisme et d&#8217;attachement à une certaine complexité psychologique : l&#8217;aridité du quotidien torturé des héros de <a href="http://www.serieslive.com/fiche_serie.php?n=31" target="_blank"><em>New York 911</em>,</a> avec ce personnage remarquable, Boscorelli, ou de ceux de <a href="http://www.stwing.upenn.edu/~sepinwal/nypd.html" target="_blank"><em>New York Police Blues</em></a>, dont Sipowicz est l&#8217;improbable emblème, est parfois désespérant, aussi désespérant que notre existence au jour le jour (on pourra ajouter bien des séries à cette liste à commencer par <em>Urgences</em>). Les héros sont ambigüs, animés par des motifs pluriels et contraires, plongés en permanence dans des controverses morales inextricables. Bref, ils sont fatigués, leurs pouvoirs sont limités, ce ne sont plus à proprement parler des héros, mais avant tout des semblables, comme vous et moi.</p>
<p>Ces derniers mois, si j&#8217;en crois mes explorations quelque peu illicites, les scénaristes semblent se tourner vers un nouvel horizon. Quand les séries des années précédentes assomaient les personnages dans un quotidien sans espoir, chacun devant résoudre avant toutes choses les problèmes du jour, les nouvelles séries leur offrent à nouveau la possibilité de changer radicalement le monde. Pour autant, on ne revient pas à l&#8217;omnipotence des héros des années 80 &#8211; excepté peut-être Michaël Scoffield, l&#8217;évadé de <em><a href="http://www.prison-break-france.com/" target="_blank">Prison Break</a></em> (série étrange et extrêmement ambigüe : le héros désigné par ses pairs, qu&#8217;on surnomme par dérision &#8220;gueule d&#8217;ange&#8221;, esprit d&#8217;une créativité démentielle, trouvant son répondant dans le psychopathe sadique Théodore Bagwell). Les héros des nouvelles séries sont encore nos semblables, vous et moi, névrosés et borderline, limités dans leur appréhension de la réalité, coincés dans dess soucis quotidiens. Sauf qu&#8217;ils ont quelque chose de spécial, un pouvoir, une compétence <em>(skill),</em> une différence :<strong> Everyday Heroes</strong> me disait Delphine Dori en songeant au livre génial de <a href="http://www.librarything.fr/work-info/607112" target="_blank">Gary Alan Fine : <em>Everyday Genius</em></a>. Ainsi, le héros de la série <a href="http://www.prison-break-france.com/" target="_blank"><em>Day Break</em></a>, se lève chaque matin, au même endroit, près de son amie, mais c&#8217;est à chaque fois la même journée qui recommence (on aura reconnu le thème du film <a href="http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=8066.html" target="_blank"><em>Groundhog day</em></a>, d&#8217;Harold Ramis) : vécue d&#8217;abord comme une destinée fatale, cette possibilité qui lui est donnée de reprendre à zéro, d&#8217;effacer le jour pour le réinventer, le modifier et, éventuellement, le corriger, apparaît bientôt comme un pouvoir positif (bien que sur la durée, la succession des épisodes figurent une sorte de mythe de Sysiphe contemporain). Les personnages de <a href="http://www.serieslive.com/fiche_serie-persos.php?n=828" target="_blank"><em>Heroes</em></a>, quant à eux, tiennent leurs pouvoirs de l&#8217;évolution génétique de l&#8217;espèce humaine, ce qui en soi n&#8217;est pas très nouveau, mais n&#8217;en deviennent pas pour autant des &#8220;<em>super-héroes</em>&#8221; : avant d&#8217;envisager de sauver le monde, il leur faudra apprendre à s&#8217;assumer d&#8217;abord comme <em>everyday heroes</em>, coincés qu&#8217;ils sont dans leur minable humanité. Symboliquement, le premier épisode s&#8217;achève par l&#8217;explosion d&#8217;une bombe nucléaire sur la ville de New York &#8211; la suite montre justement qu&#8217;il est possible d&#8217;empêcher cette répétion du drame traumatique de la conscience américaine, à condition que chacun prenne conscience de sa différence, et s&#8217;efforce de rencontrer l&#8217;autre, de collaborer en vue d&#8217;une fin commune, ce qui suppose d&#8217;âpres négociations.</p>
<p>C&#8217;est là en effet un autre trait de ces &#8220;nouvelles&#8221; séries : le héros ne saurait demeurer solitaire (alors que les figures emblématiques des années 70 étaient condamnées à la solitude et l&#8217;incompréhension : je pense notamment au personnage incarné par Robert Redford dans les <a href="http://www.dvdclassik.com/Critiques/dvd_trois_jours_du_condor.htm" target="_blank"><em>Trois jours du Condor</em> </a>de  Sydney Pollack.). La différence, qui peut être vécue comme source d&#8217;une discrimination, peut devenir un pouvoir créatif à condition de s&#8217;incrire dans une communauté de sujets. C&#8217;est vrai des personnages de la série <em>Heroes</em>, mais c&#8217;est encore plus net dans <em><a href="http://www.serieslive.com/fiche_serie.php?n=803" target="_blank">Jericho,</a></em> titre d&#8217;un feuilleton pas toujours réussi, mais dont le thème, une petite bourgade du Texas ayant survécu à une attaque nucléaire généralisée sur les États-Unis, est vraiment intéressant. Il s&#8217;agit là de renégocier l&#8217;existence d&#8217;un collectif, et si possible d&#8217;une communauté, sur les ruines de l&#8217;individualisme contemporain. Dans <em>Jericho,</em> les repères habituels du capitalisme se sont effondrés, à commencer par le marché et la propriété privée. La survie dépend de la capacité de chacun a faire groupe, à recréer une solidarité : on sait que les américains, tels que les décrivaient Tocqueville, furent particulièrement doués pour ce genre d&#8217;entreprise &#8211; qu&#8217;en est-il aujourd&#8217;hui ? C&#8217;est ce que <em>Jericho</em> raconte, de manière parfois un peu schématique, certes. On est ici assez proche d&#8217;une des perspectives possibles sur l&#8217;incroyable série <em><a href="http://www.serieslive.com/fiche_serie.php?n=245" target="_blank">Lost</a></em>, une des créations les plus originales depuis <a href="http://www.serieslive.com/fiche_serie.php?n=245" target="_blank">X-Files</a>. En tant que psychanalyste, j&#8217;adore la finesse de la description des personnages de <em>Lost</em> (et la manière dont ils résistent, dans leur singularité, à une certaine psychothérapie expérimentale, dont ils sont en quelque sorte les cobayes &#8211; ce n&#8217;est pas demain la veille qu&#8217;on citera <em>Lost</em> pour illustrer les débats actuels sur les psychothérapies : hé bien c&#8217;est dommage !), et en tant que démocrate, je suis fasciné par le thème général, assez proche finalement de l&#8217;argument de <em>Jericho,</em>  de la recomposition, forcément délicate, d&#8217;une communauté, d&#8217;un monde commun viable. Les survivants du fameux vol 815 en provenance de Sydney essaient de bâtir sur leur île apparemment oubliée les fondements d&#8217;une société &#8211; malgré leurs peines, leurs préoccupations personnelles, deuils, angoisses, folies plus ou moins ordinaires. Le personnage ne se distingue comme héros qu&#8217;à la condition paradoxale d&#8217;affirmer sa singularité, sa différence, tout en s&#8217;articulant aux désirs de l&#8217;autre : la survie dépend du collectif, mais d&#8217;un collectif de singularités, de pouvoirs et de compétences personnelles. On navigue à vue entre Hobbes et Rousseau, selon les jours, mais la nécessité du sacrifice et du compromis constitue un horizon indépassable (sauf pour les personnnages pervers).</p>
<p>Voilà donc ces nouveaux <em>Everyday Heroes</em>. Ils nous ressemblent, englués dans les mêmes errances psychiques, les mêmes impasses et les mêmes angoisses, mais les situations radicales dans lesquelles ils sont plongés avec un certain sadisme par les scénaristes, les obligent à découvrir et assumer leur singularité &#8211; sans quoi ils ne servent à rien &#8211; tout en tenant compte des singularités de ceux qui partagent leur souci de survie &#8211; sans quoi ils sont exclus et meurent.</p>
<p>Je finirai en évoquant une autre série récente, moins dramatique certes, mais assez réjouissante et pas très éloignée de celles dont je viens de parler : <em><a href="http://www.serieslive.com/fiche_serie.php?n=826" target="_blank">Eureka</a></em>.  Comme dans <em>Jericho</em>, le titre emprunte le nom d&#8217;un bourg du Nord Est des États-Unis, où vivent des gens comme vous et moi, à cela près qu&#8217;ils possèdent tous une intelligence (scientifique à vrai dire), hors du commun : ce qui permet de décrire un univers assez délirant, voire complètement loufoque (d&#8217;autant plus que le personnage principal est un shérif très ordinaire, arrivé là par hasard, par les yeux duquel nous  découvrons les moeurs bizarroïdes de ces étranges et néanmoins humains habitants d&#8217;Eureka). On est là à mille lieux du réalisme humble et désespéré des séries pré- et post- 11 septembre : l&#8217;imaginaire a envahi le quotidien, tout est à nouveau possible, la science n&#8217;est pas seulement l&#8217;affaire des experts et l&#8217;objet d&#8217;une <em>paranoia</em> ordinaire, mais elle peut changer le monde, et la folie de chacun peut contribuer à inventer des communautés nouvelles, plus jouissives, moins ennuyeuses. Il y a, comme dans <em>Lost</em> ou <em>Jericho</em> ou <em>Heroes,</em> et évidemment, <em>Day Break</em>, la possibilité de tout reprendre à zéro. Je me rappelle ce que disait <a href="http://people.freenet.de/autres-espaces/caillois.html" target="_blank">Roger Caillois</a> au sujet du jeu de hasard : on joue quand on n&#8217;a plus l&#8217;espoir de transformer sa condition actuelle par le biais des activités sociales traditionnelles, le travail, l&#8217;acquisition de compétences : ainsi dans ces univers imaginaires est rétablie la possibilité d&#8217;un jeu, un espace intermédiaire ou transitionnel, comme dirait Winnicott, à la fois ordinaire et extraordinaire. Un espace créatif  &#8211; de création sociale en l&#8217;occurrence.</p>
<p>[Merci à Delphine Dori pour les idées dont elle m'a fait part. Et à  ShinJin, mon sauveur !]</p>
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		<title>actualités 19 novembre 2006</title>
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		<pubDate>Sun, 19 Nov 2006 21:05:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>danahilliot</dc:creator>
				<category><![CDATA[actualités]]></category>

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		<description><![CDATA[Le dernier rapport du Conseil de l&#8217;Emploi, du Revenu et de la Cohésion sociale, a été publié cette semaine. Il s&#8217;intitule la France en transition 1993-2005, et il est riche d&#8217;informations statistiques sur les inégalités, la pauvreté, la richesse, etc. La règle même qui nourrit ce rapport de prendre en compte avant tout les revenus [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=danahilliot.wordpress.com&blog=446501&post=35&subd=danahilliot&ref=&feed=1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><br /><p>Le dernier rapport du<strong> Conseil de l&#8217;Emploi, du Revenu et de la Cohésion sociale</strong>, a été publié cette semaine. Il s&#8217;intitule <a href="http://www.cerc.gouv.fr/indexf.html" target="_blank">la France en transition 1993-2005</a>, et il est riche d&#8217;informations statistiques sur les inégalités, la pauvreté, la richesse, etc. La règle même qui nourrit ce rapport de prendre en compte avant tout les revenus pour évaluer les situations des personnes, me laisse évidemment sur ma faim. Le temps paraît encore loin où les analyses économiques sauront prendre en compte les accès réels aux libertés décrits par <a href="http://www.librarything.fr/work-info/68142&amp;book=6881129" target="_blank">Amartya Sen</a> dans la description de la position économique des personnes. On aurait aimé que les rapporteurs, qui signalent justement les limites des critères statistiques de leur étude, fasse un effort de correction de leurs outils : je signale à ce sujet l&#8217;article intéressant de <a href="http://www.telos-eu.com/auteurs.php?id_aut=124&amp;name=Marc%20Fleurbaey%20et%20Guillaume%20Gaulier">Marc Fleurbaey et Guillaume Gaulier</a> paru sur le site <a href="http://www.telos-eu.com/" target="_blank">Telos</a> ainsi que leur remarquable effort pour proposer <a href="http://www.telos-eu.com/essais/Fleurbaey_et_Gaulier.pdf" target="_blank">un nouvel indicateur</a> dans la comparaison économique entre pays. Comme le rappelle <a href="http://www.udf.org/discours/bayrou_071006.html" target="_blank">François Bayrou</a> à la suite de <a href="http://www.credoc.fr/" target="_blank">Robert Rochefort</a>, <em>&#8220;les statistiques posent problème. Le logement n&#8217;est compté, dans le calcul du pouvoir d&#8217;achat, que pour 11% du budget d&#8217;un ménage. C&#8217;est une moyenne entre ceux, propriétaires de leur logement, pour qui c&#8217;est 0%, et ceux pour qui c&#8217;est 40 ou 50%. Ceux-ci sont en droit de considérer que les statistiques sont la forme la plus parfaite du mensonge, comme disait George Bernard Shaw !</em> &#8220;. Toutefois, les rapporteurs du CERC se confrontent assez explicitement au problème dont j&#8217;ai déjà souligné l&#8217;importance : la détermination du seuil de pauvreté. Entre les lignes de ce texte forcément modéré apparaît tout de même <a href="http://danahilliot.wordpress.com/2006/10/19/le-revenu-social-garanti/" target="_blank">l&#8217;absurdité d&#8217;une administration de la pauvreté</a>, ne serait-ce que parce que le montant des aides sociales type RMI est bien en-deça d&#8217;un revenu décent, et que même le salaire minimum flirte avec ce seuil de pauvreté. Ce n&#8217;est pas le cas dans d&#8217;autres pays de l&#8217;Union Européenne, par exemple aux <a href="http://www.politiquessociales.net/pays/pays-bas/synthese.html" target="_blank">Pays-Bas</a>, où le montant du revenu minimum est beaucoup plus élevé et dépasse le seuil de pauvreté. Globalement, cela dit, ce rapport reste assez décevant, et ne nous apprend rien que nous ne sachions déjà.</p>
<p>On peut écouter sur <strong>France Culture</strong> l&#8217;émission <a href="http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/sciences_conscience/" target="_blank">Science et Conscience</a> de Philippe Petit qui consacrait jeudi dernier une heure à la présentation par Jean-Noël Missa de son livre : <a href="http://www.librarything.fr/work-info/1905154&amp;book=8369264" target="_blank"><strong><font>Naissance de la psychiatrie biologique</font></strong></a><font> (PUF, 2006). On y apprendra bien des choses étonnantes sur les pratiques empiristes des psychiatres confrontés aux souffrances de leurs patients.  Il s&#8217;agit là d&#8217;une perspective différente, mais au fond complémentaire, des travaux de Michel Foucault sur la généalogie de la pensée et des pratiques psychiatriques. On aborde ce monde étrange à travers les <em>traitements,</em> ceux qui d&#8217;abord visent à &#8220;calmer&#8221; les malades, les bains chauds, les electrochocs, les psychotropes, etc. On pourrait à ce sujet noter une distinction trop souvent occultée : traiter n&#8217;est pas guérir. J&#8217;y reviendrais dans un texte en préparation.</font></p>
<p>Le site <strong>Squiggle</strong>, qui invite les psychanalystes, les analysants et le grand public à dialoguer autour de la psychanalyse, propose cette semaine dans la section &#8220;squiggle, rebonds et méditations&#8221; un texte étonnant d&#8217;un universitaire québecois, Alexandre Leupin, sur la place de Lacan dans la philosophie occidentale :  					<a href="http://www.squiggle.be/squiggles_rebonds_et_meditations/lacan__une_nouvelle_theorie_de_la_connaissance_par_alexandre_leupin.html" target="_blank">Lacan : une nouvelle théorie de la connaissanc</a>e. C&#8217;est rafraichissant et audacieux, même si l&#8217;appel final à prolonger au sein de l&#8217;université les topologies lacaniennes, supposées apporter la formalisation qui manquerait à la &#8220;science&#8221; psychanalytique, me laissent pour le moins sceptique :  sand doute parce que je ne crois pas que la psychanalyse ait intérêt à se fairepasser pour une science, mais là aussi c&#8217;est un sujet sur lequel je reviendrais longuement.</p>
<p><strong>Laurent Danchin</strong>, ancien directeur de la Halle Saint-Pierre à Paris, et grand spécialiste de l&#8217;Art Brut, vient de publier un petit ouvrage que je n&#8217;ai pas encore eu sous la main mais que Delphine Dori me signale : <a href="http://www.librarything.com/work-info/1916953&amp;book=8449553" target="_blank">Art Brut, l&#8217;instinct créateur</a>, à la pochothèque chez Gallimard. Si vous ne connaissez pas le monde étrange et passionant de l&#8217;Art Brut et des Arts Outsider, vous pouvez probablement commencer votre exploration par la lecture de ce livre.</p>
<p>Je voudrais enfin, pour finir ce petit cheminement tout à fait éclectique (mais je suis éclectique comme l&#8217;était par exemple Diogène Laerce), vous inviter à écouter cet autre programme de France Culture : <a href="http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/rdv_politiques/" target="_blank">Le rendez-vous des politiques</a> de Raphaël Enthoven.<strong> </strong> D&#8217;abord parce que c&#8217;est peut-être la seule émission politique digne de ce nom en France, et parce que leurs derniers invités sont parmi les personnalités les plus passionantes de la vie politique. Jeudi dernier c&#8217;était <a href="http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/rdv_politiques/fiche.php?diffusion_id=46927" target="_blank">Jean-Marie Bockel</a>, vilain petit canard du Parti Socialiste, libéral de gauche : passionant. Et le jeudi d&#8217;avant, un must radiophonique : la rencontre des journalistes avec <a href="http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/rdv_politiques/fiche.php?diffusion_id=46726" target="_blank">Christine Boutin</a>, vilain petit canard quant à elle de l&#8217;UMP. Je considère pour ma part que Madame Boutin est une des rares personalités politiques à se soutenir d&#8217;une véritable pensée politique et éthique (une politique de la vie en quelque sorte). Tous ceux qui ont trouvé un quelconque intérêt à mon article sur la <a href="http://danahilliot.wordpress.com/2006/11/10/de-la-machine-telethon/" target="_blank">machine Téléthon</a> et le mythe de la thérapie génique devraient écouter cette émission. Là encore, par pitié, écoutez avec le sens des nuances : contrairement à ce qu&#8217;une certaine caricature laisserait croire, Christine Boutin ne reviendrait pas sur le droit à l&#8217;avortement, et ne condamne aucune femme ayant avorté. D&#8217;autre part, elle considère que le PACS a eu des effets positifs, même si elle continue de concevoir le couple homosexuel à travers un concept de la famille dont je pense qu&#8217;il est complètement périmé. Sur certains points, je m&#8217;opposerai sans doute à Christine Boutin. Sur d&#8217;autres, par exemple le fait que l&#8217;embryon puisse être déjà considéré comme une personne, je considère qu&#8217;il faut l&#8217;entendre. En tant que psychanalyste, je suis bien placé pour savoir que l&#8217;embryon est ou n&#8217;est pas &#8211; et c&#8217;est bien là tout le problème &#8211; l&#8217;effet d&#8217;un désir. Tous mes analysants et analysantes me raconte cette histoire &#8211; et souvent sous l&#8217;emprise d&#8217;un doute, et parfois d&#8217;une terreur : suis-je ou non l&#8217;effet d&#8217;un désir? Bref&#8230; Je lui écrirai&#8230; J&#8217;ajouterai qu&#8217;il est rarissime qu&#8217;une candidate à l&#8217;élection présidentielle avoue publiquement qu&#8217;elle s&#8217;est trompée plus d&#8217;une fois dans l&#8217;appréciation des spécificités de l&#8217;expression politique, et qu&#8217;elle a su modifié certaines de ses positions pour tenir compte de la réalité contemporaine. Les internautes n&#8217;auront pas manqué par ailleurs d&#8217;apprécier son indépendance vis-à-vis du parti auquel elle appartient lors des fièvreux débats à l&#8217;Assemblé sur les DADSVI. Bref : vous souhaitez retrouver le goût du politique ? Intéressez-vous à ces personnalités malheuresement peu écoutées du paysage politique français : <a href="http://corinnelepage.hautetfort.com/" target="_blank">Corinne Lepage</a>, <a href="http://www.christineboutin.com/" target="_blank">Christine Boutin</a>, <a href="http://www.jm-bockel.com/" target="_blank">Jean-Marie Bockel</a>, <a href="http://www.jpsueur.com/" target="_blank">Jean-Pierre Sueur</a>, <a href="http://www.christiane-taubira.org/" target="_blank">Christiane Taubira</a>. Oubliez leurs étiquettes partisanes et imaginez ce que pourrait être la vie politique si on les écoutait un peu plus.</p>
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		<title>le mode d&#8217;emploi</title>
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		<pubDate>Sun, 19 Nov 2006 20:08:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>danahilliot</dc:creator>
				<category><![CDATA[Récits]]></category>

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		<description><![CDATA[- 
En marchant tout à l&#8217;heure par les rues du faubourg, pluie fine mais glaçante, lumières vacillantes de quelques réverbères, trois vieux de retour de l&#8217;assemblée des anciens chuchottent à mon passage. Je crois entendre : &#8220;Qu&#8217;est-ce qu&#8217;il fait dehors celui-là?&#8221; La vitre embuée du magasin de chapeaux : pas rassurant sous sa capuche grise [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=danahilliot.wordpress.com&blog=446501&post=36&subd=danahilliot&ref=&feed=1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><br /><p>- <img src="http://static.flickr.com/99/301108151_967109f5c1.jpg?v=0" alt="st-flour november night" align="middle" height="498" width="500" /></p>
<p>En marchant tout à l&#8217;heure par les rues du faubourg, pluie fine mais glaçante, lumières vacillantes de quelques réverbères, trois vieux de retour de l&#8217;assemblée des anciens chuchottent à mon passage. Je crois entendre : &#8220;Qu&#8217;est-ce qu&#8217;il fait dehors celui-là?&#8221; La vitre embuée du magasin de chapeaux : pas rassurant sous sa capuche grise le vieux barbu trempé avec le sac au dos et les chaussures défoncées &#8211; trop marché, trop marché.</p>
<p>Je me rappelle (rue Vander Weyden, à Brussels) ce que disait G. dont le tableau clinique valait largement le mien à l&#8217;époque : &#8220;Tu t&#8217;empêches de vivre&#8221; (et un peu plus loin, près de la gare : &#8220;Tu me fais penser à Camus&#8221;). Mais oui, je m&#8217;empêche de vivre ! tout à fait ! Je m&#8217;organise pour éviter de trop vivre. C&#8217;est ça ou bien devenir complètement fou !</p>
<p>Se calmer. On ne guérit rien de rien, on calme, c&#8217;est tout. (on soigne ?)</p>
<p>Je me demande : est-ce que mon tableau clinique a tellement changé finalement ?  Je pratique encore ces folies, ces accès délirants &#8211; mais avec soin, avec une précision pour ainsi dire clinique. Ce qui a changé ? Je connais <a href="http://www.another-record.com/danahilliot/dana_writings/territoirresparanoiaques.pdf" target="_blank">le mode d&#8217;emploi</a>. Je sais comment ça fonctionne &#8211; mon économie pulsionnelle, si vous voulez, le petit hôpital psychiatrique personnel, les infirmières, la pharmacopée. Toute la différence est là (ce qui fait qu&#8217;on ne peut pas parler de rémission : mais d&#8217;arrangement plutôt, de territorialisation).</p>
<p>À mon tour, me voici du côté de ceux qui prennent soin. Prenant au pied de la lettre de ne s&#8217;autoriser que de soi-même.  Quelle ironie&#8230; (Je sais au fond de moi qu&#8217;un jour je serais à <a href="http://www.cliniquedelaborde.com/" target="_blank">La Borde</a> : mais en qualité de quoi ? Pourquoi La Borde ? Parce que le mot est joli : pas pour rien qu&#8217;on y a exploré des territoires et des dé-territoires, locus et frontière)</p>
<img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/categories/danahilliot.wordpress.com/36/" /> <img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/tags/danahilliot.wordpress.com/36/" /> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/danahilliot.wordpress.com/36/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/danahilliot.wordpress.com/36/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/danahilliot.wordpress.com/36/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/danahilliot.wordpress.com/36/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/danahilliot.wordpress.com/36/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/danahilliot.wordpress.com/36/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/danahilliot.wordpress.com/36/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/danahilliot.wordpress.com/36/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/danahilliot.wordpress.com/36/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/danahilliot.wordpress.com/36/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=danahilliot.wordpress.com&blog=446501&post=36&subd=danahilliot&ref=&feed=1" /></div>]]></content:encoded>
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		<title>actualités 13 novembre 2006</title>
		<link>http://danahilliot.wordpress.com/2006/11/13/actualites-13-novembre-2006/</link>
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		<pubDate>Mon, 13 Nov 2006 12:08:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>danahilliot</dc:creator>
				<category><![CDATA[actualités]]></category>

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		<description><![CDATA[Sur France Culture, ne pas manquer la série que l&#8217;émission &#8220;les chemins de la connaissance&#8221; consacre à l&#8217;école de Palo Alto, dans le creuset de laquelle fut élaborée la dite thérapie &#8220;systémique&#8221; (à la suite des travaux de Gregory Bateson) :
On peut également encore écouter online la passionante discussion autour de l&#8217;action du collectif CFSI [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=danahilliot.wordpress.com&blog=446501&post=33&subd=danahilliot&ref=&feed=1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><br /><p>Sur <strong>France Culture</strong>, ne pas manquer la série que l&#8217;émission &#8220;les chemins de la connaissance&#8221; consacre à <strong><a href="http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/chemins/fiche.php?diffusion_id=46945" target="_blank">l&#8217;école de Palo Alto</a></strong>, dans le creuset de laquelle fut élaborée la dite thérapie &#8220;systémique&#8221; (à la suite des travaux de Gregory Bateson) :</p>
<p>On peut également encore écouter online la passionante discussion autour de l&#8217;action du collectif <strong>CFSI</strong> (Comité français pour la Solidarité Inernationale) intitulée : &#8220;<a href="http://www.cfsi.asso.fr/" target="_blank">L&#8217;Europe est vache avec l&#8217;Afrique</a>&#8220;. C&#8217;est dans l&#8217;émission &#8220;<a href="http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/terre_a_terre/fiche.php?diffusion_id=46557" target="_blank">Terre à Terre</a>&#8220;, qui invite à cette occasion Modibi Diarra (Mali), Alzakhgui Gantulga (Mongolie) et le délégué du CFSI, Jean-Louis Vielajus. J&#8217;avais prévu d&#8217;écrire un post à ce sujet, montrant comment l&#8217;usage de l&#8217;expertise économique, incarné dans les &#8220;accords&#8221; de Cotonou (veuillez s&#8217;il vous plaît maintenir les guillemets autour du mot : &#8220;accords&#8221;), aboutit d&#8217;abord à l&#8217;empêchement du dialogue entre les producteurs concernés. Promis, j&#8217;en dirais un mot prochainement.</p>
<p>Les namurois (habitants de Namur, en pays Wallon)  pourront aller écouter la conférence de <strong><a href="http://www.liens-socio.org/article.php3?id_article=1689" target="_blank">Luc Boltanski</a></strong>, le lundi 20 novembre à 19h, dont le titre est très excitant : <em>Comment faire des êtres humains ? L’engendrement et l’avortement comme objet anthropologique</em>.</p>
<p>Les lillois pourront suivre les événements organisés dans le cadre de <a href="http://sfsic.org/portail/index.php?name=News&amp;file=article&amp;sid=727" target="_blank">Cité Philo 2006</a>, qui accueille des tas de gens intéresants : Stanley Cavell (et Sandra Laugier qui l&#8217;a fait connaître en France), Jacques Bouveresse, Bruno Latour, Pierre-Henry Castel.. Notons par exemple le programme du mardi 21 novembre : de 18 à 20 heures, Bruno Latour sera sous le feux des questions suite à son dernier ouvrage, <em>Changer de société, refaire de la sociologie</em>, et un débat aura lieu à 20h00 sur un beau sujet : &#8220;<em>les commencements de l&#8217;existence humaine</em>&#8221; avec Chantal Birman, Anne Dufourmantelle et Frédéric Worms.</p>
<p>Les  15 premiers numéros de la revue <strong><a href="http://www.vacarme.eu.org/rubrique115.html" target="_blank">Vacarme</a></strong> sont disponibles intégralement en ligne : on y lira par exemple ce très intéressant <a href="http://www.vacarme.eu.org/rubrique19.html" target="_blank">numéro 1</a>, datant de l&#8217;hiver 1997 et intitulé : &#8220;<em>la santé : affaire privée/affaire publique</em>&#8220;, et bien d&#8217;autres choses&#8230;</p>
<p>Le magazine <strong>Politix</strong> fait lui aussi son apparition sur internet, et l&#8217;intégralité des articles (jusqu&#8217;en 2004) est désormais consultable en ligne, et exportable au format pdf, grâce au portail des sciences sociales <a href="http://www.persee.fr/index.do" target="_blank">Persée</a>.</p>
<p>Je vous conseille enfin deux livres qui sont sortis récemment :</p>
<p><a href="http://www.librarything.com/work-info.php?book=8241780" target="_blank"><em>Épreuves de la folie, Travail psychanalytique et processus psychotiques</em></a>, de <strong>Jean Claude Pollack</strong>, aux Èditions érès.  L&#8217;auteur, directeur de la revue Chimères, fait en quelque sorte un bilan d&#8217;années de travail auprès de la psychose, en tant que psychiatre (notamment à La Borde) et psychanalyste. C&#8217;est passionant, d&#8217;une ouverture d&#8217;esprit remarquable et rare, sans allégeance à aucune École instituée, bref, tout thérapeuthe devrait le lire.</p>
<p><a href="http://www.librarything.com/work-info/1865444&amp;book=8147419" target="_blank"><em>Introduction aux sciences studies</em></a>, de <strong>Dominique Pestre</strong>, publié dans la collection de poche Repères des Éditions La Découverte. Une synthèse lumineuse des travaux menés depuis quelques décennies par Latour and cie (dont Dominique Pestre fait partie).</p>
<p align="center">**************************************</p>
<p>PS :  J&#8217;ai fabriqué un troisième moteur de recherche grâce à Google-coop, après ceux consacrés aux <a href="http://www.google.com/coop/cse?cx=000249064044911781052%3Azto1mkhg5a4" target="_blank">arts dits bruts ou outsiders</a>, et à la <a href="http://www.google.com/coop/cse?cx=000249064044911781052%3Arbh7xp8jp2k" target="_blank">psychanalyse</a> : celui-ci vise les travaux <a href="http://www.google.com/coop/cse?cx=000249064044911781052%3A4absy3cdjxu" target="_blank">anthropologiques</a> en langue française principalement. N&#8217;hésitez pas à les tester et surtout à les compléter.</p>
<img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/categories/danahilliot.wordpress.com/33/" /> <img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/tags/danahilliot.wordpress.com/33/" /> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/danahilliot.wordpress.com/33/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/danahilliot.wordpress.com/33/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/danahilliot.wordpress.com/33/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/danahilliot.wordpress.com/33/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/danahilliot.wordpress.com/33/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/danahilliot.wordpress.com/33/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/danahilliot.wordpress.com/33/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/danahilliot.wordpress.com/33/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/danahilliot.wordpress.com/33/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/danahilliot.wordpress.com/33/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=danahilliot.wordpress.com&blog=446501&post=33&subd=danahilliot&ref=&feed=1" /></div>]]></content:encoded>
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		<title>De la Machine Téléthon</title>
		<link>http://danahilliot.wordpress.com/2006/11/10/de-la-machine-telethon/</link>
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		<pubDate>Fri, 10 Nov 2006 17:23:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>danahilliot</dc:creator>
				<category><![CDATA[Récits]]></category>
		<category><![CDATA[politique]]></category>
		<category><![CDATA[sciences]]></category>

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		<description><![CDATA[Un certain Pierre-Olivier Arduin, responsable de la formation éthique du diocèse de Fréjus-Toulon, mais également animateur d&#8217;un site de soutien au pape Benoît XVI (qui, manifestement, a besoin de soutien, contrairement à son prédécesseur, pour, qui la question ne se posait même pas), publie aujourd&#8217;hui sur le site internet du diocèse auquel il appartient une [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=danahilliot.wordpress.com&blog=446501&post=32&subd=danahilliot&ref=&feed=1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><br /><p>Un certain Pierre-Olivier Arduin, responsable de la formation éthique du diocèse de Fréjus-Toulon, mais également animateur d&#8217;un <a href="http://www.generation-benoitxvi.com/" target="_blank">site de soutien au pape Benoît XVI</a> (qui, manifestement, a besoin de soutien, contrairement à son prédécesseur, pour, qui la question ne se posait même pas), publie aujourd&#8217;hui sur le site internet du diocèse auquel il appartient une tribune intitulée &#8220;<a href="http://diocese-frejus-toulon.com/Il-n-est-plus-possible-de.html" target="_blank">Il n&#8217;est plus possible de participer au téléthon</a>&#8220;.</p>
<p>Il se trouve que j&#8217;ai milité fort modestement, et dans une solitude qui me semblait (à tort) complète, contre le Téléthon, il y a une dizaine d&#8217;années de cela. La tribune de P.O. Arduin m&#8217;a donc titillé quelque peu, et j&#8217;ai lu sa prose et un peu plus (notamment ce texte, &#8220;<a href="http://www.generation-benoitxvi.com/Euthanasie-des-enfants-la-logique.html" target="_blank"><em>Euthanasie des enfants, la logique barbare continue</em></a>&#8221; qui par exemple cite le cardinal Ratzinger &#8211; aujourd&#8217;hui pape, donc &#8211; évoquant <em>le péril ultra nazi</em> qui pèse sur les démocraties occidentales). Je suis on ne peut plus méfiant, à titre personnel, envers l&#8217;argumentation développée par Arduin contre le téléthon. J&#8217;y reviendrais toutefois pour en souligner l&#8217;intérêt dans le cadre de l&#8217;émergence d&#8217;un débat qui me semble nécessaire. Néanmoins, le texte qui suit se contente, sans entrer dans les détails, de poser quelques jalons d&#8217;une étude critique possible (par exemple en anthropologie sociale ou dans le cadre d&#8217;un exercice de <em>sciences studies</em>) de ce que j&#8217;appelerai la <span style="font-style:italic;">machine Téléthon</span>, qui m&#8217;intéresse en tant qu&#8217;exemple d&#8217;entité hybride, à la fois émotionnelle, économique, politique, morale et scientifique. Un travail d&#8217;étude détaillé resterait donc à faire, mais je n&#8217;ai ni les moyens ni le temps ni les compétences pour le mener. Si ces propos peuvent contribuer à susciter de tels travaux, j&#8217;aurais atteint mon objectif.</p>
<p>Le jour du Téléthon est devenue en 20 ans une journée sans doute aussi  sacrée que je jour de Noël dans le paysage moral français. Du point de vue politique, nous avons affaire à une véritable institution, mais une institution hybride, qui engage à la fois les pouvoirs publics, des communautés scientifiques, des associations de malades, des chaînes de télévision et une mutltitude de médias, des millions de généreux donateurs, etc. Institution étrange : d&#8217;un côté, tout à fait administrée et contrôlée &#8211; afin de garantir la destination des sommes d&#8217;argent qui circulent &#8211; et, d&#8217;un autre côté, qui fait appel à l&#8217;émotion de chacun des donateurs &#8211; émotion suscitée et orchestrée par les chaînes de télévision notamment.</p>
<p>Le déploiement politique et moral du Téléthon s&#8217;est produit jusqu&#8217;à présent sans engendrer de polémiques publiques majeures &#8211; si conflits il y eût, par exemple au sujet de la destination des sommes recueillies, ou de la concurrence médiatique relative à l&#8217;orchestration de l&#8217;événement, ils ont été résolus par la négociation entre les parties concernées, sans faire l&#8217;objet d&#8217;une polémique susceptible d&#8217;infléchir de manière notable la conscience morale des donateurs. Tout se passe comme si l&#8217;existence d&#8217;une institution hybride comme le Téléthon semblait évidente, naturelle, et pour tout dire moralement indiscutable.</p>
<p>Pourquoi est-elle indiscutable ? Parce qu&#8217;elle émane de la rencontre entre la capacité émotive d&#8217;un donateur et de la souffrance d&#8217;un enfant malade. Toutes les ambiguïtés, les complexités, qu&#8217;un esprit critique pourrait souligner, voire dénoncer, dans la constitution d&#8217;une institution comme le Téléthon devraient tomber d&#8217;elles-mêmes devant l&#8217;évidence de cette rencontre. C&#8217;est le propre même de toute institution caritative.</p>
<p>Or, c&#8217;est précisément ce qui, de mon point de vue, ne va pas de soi : car le registre de l&#8217;émotion et de la souffrance, même s&#8217;il est un des moteurs du Téléthon &#8211; et c&#8217;est loin d&#8217;être le seul &#8211; n&#8217;est que la partie emergée (médiatiquement parlant) d&#8217;un iceberg : sous la surface des affects travaillent en réalité une pluralité d&#8217;organisations dont la description ne saurait être menée sur le registre de l&#8217;émotion et de la souffrance. A un bout de la chaîne nous avons l&#8217;émotion ressentie par le donateur, mais, à l&#8217;autre bout, il n&#8217;est pas du tout certain que nous ayons l&#8217;enfant souffrant : ce qui est certain, par contre, c&#8217;est que nous avons une communauté scientifique qui recherche : mais qui recherche quoi? Et dans quel but ? On laisse entendre au donateur qu&#8217;au bout de la chaîne, il y aurait un traitement possible de la souffrance des enfants malades. C&#8217;est une vérité indubitable. Mais partielle.</p>
<p><strong> 1° Le fonctionnement de la machine Téléthon repose en partie sur une alliance de dupes</strong></p>
<p>L&#8217;argument que nous souhaitons lancer ici, c&#8217;est que l&#8217;existence et le déploiement du Téléthon repose en effet sur une ambiguïté savamment entretenue entre science et thérapie. Cette ambiguïté constitue le ressort qui relie de manière dynamique les différentes entités dont nous avons parlé : les capacités émotives des donateurs, les associations de malades, les chaînes de télévision et les autres médias, les institutions en charge de la santé publique et les administrations de régulation et de contrôle, l&#8217;association (AFM) qui fait le lien entre les sommes collectées et les laboratoires, les laboratoires scientifiques, les unités de recherche, etc.</p>
<p>La conclusion du <a href="http://www.afm-france.org/ewb_pages/d/decouvrir_afm_telethon_20ans.php?PHPSESSID=738782e961fccac13104f6dca7e90836" target="_blank">dernier rapport</a> de l&#8217;association  Française contre les Myopathies est d&#8217;ailleurs très claire à ce sujet. Tirant le bilan de 20 années de &#8220;lutte&#8221;, et dressant les perspectives d&#8217;avenir, une brochure colorée, présentant la photographie d&#8217;une gelule pharmaceutique en gros plan, nous informe : &#8220;<em>Transformer la recherche en traitement, c&#8217;est l&#8217;ultime défi que lance l&#8217;AFM</em>&#8220;. Autrement dit, nous n&#8217;en sommes pas encore au stade de la thérapie génique (tout au plus commence-t-on à expérimenter sur l&#8217;homme), mais largement occupé à la recherche fondamentale en génétique. Et on doit noter que la réalisation concrète des premiers traitements pour les maladies neuromusculaires n&#8217;est à l&#8217;heure qu&#8217;il est en rien prédictible. Combien de temps faudra-t-il avant d&#8217;obtenir cette prometteuse gelule qui illustre la couverture de la brochure ? Dix ans ? Vingt ans ? Si les premiers donateurs français,en 1987, avaient su que, 20 ans plus tard, on en serait encore au stade de la recherche fondamentale, et si éloigné de la fabrication d&#8217;un traitement, auraient-ils donné de manière aussi spontannée ? Et qu&#8217;en pensent aujourd&#8217;hui les patients qui défilaient sur les plateaux de télévision il y a deux décennies ? Et les associations de malades ?</p>
<p>Qu&#8217;on me comprenne bien : je ne cherche absolument pas à remettre en question le travail des laboratoires de recherche en génétique, pas plus que les activités de l&#8217;AFM (qui vont d&#8217;ailleurs bien au-delà du financement de la recherche, mais s&#8217;appliquent aussi à l&#8217;accompagnement social des malades et de leur famille). Je dis seulement que la fonctionnement de cette machine complexe qu&#8217;est le téléthon repose dans une large mesure sur une ambiguïté concernant la relation entre la science fondamentale et ses applications effectives (par exemple en pharmacologie). Ces vingt dernières années, la machine Téléthon a financé la recherche fondamentale en génétique, tandis que la génétique appliquée aux maladies neuromusculaires (l&#8217;objet privilégié qui justifie la construction et l&#8217;entretien de la machine Téléthon) n&#8217;en est encore qu&#8217;à ses balbutiements. Autrement dit, l&#8217;alliance entre la &#8220;générosité publique&#8221; (l&#8217; &#8220;émotion publique&#8221;) et la science réelle, est sous bien des aspects une alliance de dupes (et c&#8217;est bien évidemment l&#8217;émotion qui est dupée, car les scientifiques savent bien la complexité des <em>processi</em> susceptibles d&#8217;aboutir à la fabrication d&#8217;un médicament ou d&#8217;un traitement).</p>
<p><strong>2° De la recherche fondamentale à l&#8217;application thérapeuthique, il y a &#8220;des mondes&#8221;</strong></p>
<p>Nous devrions être aujourd&#8217;hui mieux informés de la manière dont fonctionnent les mondes scientifiques. Depuis Thomas S. Kühn et sa théorie des pradigmes scientifiques, un nombre considérable de chercheurs, anthropologues, ethnologues, philosophes, historiens, et j&#8217;en passe, ont investi les laboratoires, les unités de recherche, les mondes d&#8217;où emergent les savoirs et pratiques scientifiques, en faisant apparaître les relations complexes dont ils dépendent, liés qu&#8217;ils sont aux pouvoirs politiques, aux pressions sociales, aux intérêts économiques, aux idéologies et aux préoccupations morales. Les <span style="font-style:italic;">sciences studies</span>, qui elles-mêmes sont des sciences hybrides, ont montré que le l&#8217;idéal d&#8217;une recherche scientifique pure, détachée de toute détermination sociale, n&#8217;est qu&#8217;un mythe (lequel précisément nourrit le scientisme et ses déclinaisons politiques). La machine Téléthon présente un exemple éclatant de cette imbrication de la recherche et des déterminations sociales et politiques. Mais elle fonctionne précisément et paradoxalement en adoptant un autre mythe : celui d&#8217;une recherche fondamentale dont l&#8217;objet serait entièrement motivé par une application donnée.</p>
<p>Comme si les efforts des chercheurs en génétique devaient aboutir à une application unique, les énergies mises en oeuvre s&#8217;épuisant complètement dans un objet à venir : une gelule par exemple, ou un traitement possible d&#8217;une maladie neuromusculaire donnée. L&#8217;idéal étant qu&#8217;il n&#8217;y ait aucun reste. Or, l&#8217;état de la science génétique ne permet pas de garantir que le savoir acquis dans le cadre des laboratoires financés par l&#8217;AFM ne puisse pas soutenir d&#8217;autres recherches, et donc d&#8217;autres champs d&#8217;application que le strict cadre des maladies neuromusculaires. Un tel idéal serait d&#8217;ailleurs stupide : les recherches financées par l&#8217;AFM profitent elles-mêmes d&#8217;un échange de savoir avec les autres laboratoires de recherche en génétique, les résulats des experimentations ne peuvent prendre sens que dans le cadre de comités scientifiques, de communautés de chercheurs, qui évaluent leut pertinence et établissent leur scientificité. Un laboratoire qui fonctionnerait de manière parfaitement autarcique constituerait pour un domaine aussi complexe que la génétique, une aberration.</p>
<p>Or, les applications possibles, espérées ou déjà en voie de réalisation, des théories génétiques ne se réduisent évidemment pas au champ des maladies neuromusculaires. C&#8217;est d&#8217;ailleurs dans une certaine mesure parce que ces maladies sont rares (voire : &#8220;orphelines&#8221;, et le signifiant mériterait une étude à lui seul) que la machine Téléthon existe. Il s&#8217;agit bien de faire appel à la générosité publique pour compenser le défaut d&#8217;intérêt, donc d&#8217;investissement, des laboratoires de recherches privés et de l&#8217;industrie pharmaceutique. Mais le territoire des applications génétiques possibles ne se laissent pas découper comme celui des investissements et des intérêts des institutions. La délimitation entre l&#8217;investissement et l&#8217;intérêt des laboratoires privés et l&#8217;investissement et l&#8217;intérêt des institutions caritatives n&#8217;est pas &#8220;scientifique&#8221; : du moins elle ne recoupe pas une division &#8220;naturelle&#8221; de la recherche fondamentale en génétique. Prenons un exemple plus parlant : on ne peut pas dire que les recherches fondamentales sur la radioactivité menées par Pierre et Marie Curie  n&#8217;aient profité qu&#8217;aux patients atteints du cancer (par l&#8217;invention de la radiothérapie) : les victimes d&#8217;Hiroshima et ceux de Tchernobyl en ont aussi &#8220;bénéficié&#8221;, comme tous les clients des réseaux d&#8217;électricité alimentés par les centrales nucléaires aujourd&#8217;hui. Il ne saurait être question ici de juger la pauvre Marie Curie, morte de leucémie précisément à cause de ses travaux, et dont la probité n&#8217;a jamais été mise en question. Il faut simplement rappeler que les effets des dévouvertes scientifiques (non seulement les applications possibles, mais aussi les effets sociaux, politiques, moraux) ne recoupent pas toujours (et certains diront : &#8220;jamais&#8221;) les espérances initiales des chercheurs. Ils les débordent forcément.<br />
C&#8217;est évident dans le cadre de la génétique. Les amateurs de science-fiction  le savent depuis longtemps : l&#8217;usage du savoir génétique augure aussi bien du meilleur que du pire. Il faudrait être bien naïf pour voir dans la génétique une théorie vouée entièrement à la recherche de l&#8217;amélioration de la vie de tous les hommes. Le film <span style="font-style:italic;">Gattaca</span> d&#8217;Andrew Nichols (qui en quelques années est passé du statut de film de science-fiction à celui d&#8217;anticipation) montre bien comment la maîtrise des gênes pourrait être utilisée comme un outil de discrimination sociale (établissant un système de castes). Et quand bien même tous les chercheurs en génétique étaient motivés par l&#8217;amélioration de l&#8217;existence humaine, qui nous garantit que les critères qui nous permettent d&#8217;évaluer une telle &#8220;amélioration&#8221; sont fiables ? La situation de crise environnementale que nous connaissons actuellement n&#8217;est-elle pas un effet direct d&#8217;une amélioration radicale de certains aspects de la vie humaine (notamment en occident) ?</p>
<p>Bref. Il nous faut admettre que nous ne savons pas ce que l&#8217;avenir nous réserve. C&#8217;est une banalité. Mais si nous prenons au sérieux cette banalité, et si nous prenons au sérieux le fonctionnement des mondes de la recherche fondamentale (mondes en grande partie mythiques), et surtout ce que cette recherche ne sait pas encore, et ce que nous ne savons pas encore, alors nous devons nous méfier de la machine Téléthon : c&#8217;est-à-dire, introduire des perturbations dans ces circuits, des questions et des soupçons, faire un travail critique.</p>
<p><strong>3° D&#8217;une entité morale qui vient hanter la machine : l&#8217;embryon</strong></p>
<p>Je voudrais pour finir en revenir à Pierre-Olivier Arduin, dont la prose a suscité la mienne si je puis dire. Pierre-Olivier Arduin vient créer une perturbation dans la machine ronronnante du Téléthon. Et c&#8217;est en cela qu&#8217;il m&#8217;intéresse. Cette perturbation, cet objet qu&#8217;il balance dans les rouages, et dont le but est de ralentir voire d&#8217;arrêter le fonctionnement de l&#8217;ensemble, est un objet tout à fait spécial. Toutes les personnes qui s&#8217;intéressent aux débats dits de <span style="font-style:italic;">bio-éthique</span> en sont les familiers (bien qu&#8217;au fond il soit justement impossible de le connaître) : c&#8217;est l&#8217;embryon.</p>
<p>Or, qu&#8217;est-ce qu&#8217;un embryon dans le cadre de notre examen de la machine Téléthon ? Hé bien ! c&#8217;est une entité en suspens. En suspens, parce qu&#8217;elle peut être potentiellement différentes choses : par exemple, un enfant aspirant à naître,  à devenir sujet, donc susceptible d&#8217;être l&#8217;objet d&#8217;un Diagnostic Pré-Natal (DPN) ou pré-Implantatoire (DPI). Ou bien encore, un fournisseur de cellules souches, donc un objet utilisable dans le cadre d&#8217;une experimentation.</p>
<p>L&#8217;argumentaire de Arduin, qui se réfère à ses propres autorités (l’Académie pontificale pour la Vie, associée à la Fondation Jérôme Lejeune et à la Fédération internationale des médecins catholiques, et de manière générale, les collectifs opposés au droit à l&#8217;avortement), pointe justement un effet tout de même assez pervers des recherches engendrées par la machine Téléthon : si on ne peut pas encore guérir les malades atteints de troubles génétiques neuromusculaires, on peut au moins les empêcher de naître. Evidemment, cet argumentaire s&#8217;appuie sur une théorie qui considère que l&#8217;embryon est déjà une personne ou un sujet, et que donc à ce titre il a des droits. Je ne juge pas cette position ici. Quelle que soit mon opinion sur ce point, Arduin et les collectifs auxquels il se réfère sont dans leur rôle, et en tant que collectif, ils ont droit à faire des propositions, pas moins que les scientifiques, l&#8217;AFM ou les associations de malades. Et nous aurions intérêt à les prendre en compte.</p>
<p>Si la Machine Téléthon ne prend pas en compte ces arguments jusqu&#8217;à présent, c&#8217;est d&#8217;abord parce qu&#8217;ils constituent un risque grave pour son bon fonctionnement. La <a href="http://www.afm-france.org/" target="_blank">réponse des responsables de l&#8217;AFM</a> à Arduin est un bon exemple de ce qu&#8217;on observe souvent dans les dialogues entre scientifiques et société civile, c&#8217;est-à-dire : un dialogue de sourds. Quand Arduin écrit : &#8220;<em>Mais le point essentiel est bien que le droit fondamental et primordial à la vie de l’enfant embryonnaire dès sa conception est intangible ainsi que l’a rappelé Benoît XVI aux congressistes. Or, dans le cas d’un principe qui n’admet ni dérogation, ni exception, ni compromis, les chrétiens doivent comprendre qu’est en jeu l’essence de l’ordre moral de la société et que leur engagement n’en devient que plus évident. Ils ne peuvent coopérer au mal mais doivent précisément s’y opposer.</em>&#8221; L&#8217;AFM répond : &#8220;<em>L’AFM soutient ainsi toutes les pistes thérapeutiques susceptibles d’offrir aux malades une solution dans les années à venir, qu’il s’agisse de la pharmacologie, la thérapie génique, la thérapie cellulaire ou les cellules souches. La part restante des fonds est consacrée à l’aide aux malades. Le combat de l’AFM est donc bien un combat pour la vie.</em>&#8221; Arduin est du côté du Bien, l&#8217;AFM du côté de la Vie.<br />
Je me souviens d&#8217;un temps où le statut de l&#8217;embryon faisaient l&#8217;objet de controverses passionnantes, largement relayées par les médias, les enseignants, bien au-delà de la seule sphère du comité nationale d&#8217;éthique ou des congrégations religieuses. L&#8217;embryon était alors un objet politique. La génétique soulevait aussi des questions éthiques ou morales, et des préoccupations politiques, traduites dans la loi, soulevant des débats éreintants, mais précieux du point de vue démocratique.</p>
<p>Le ronronnement de la machine Téléthon me semble être caractéristique d&#8217;une époque et d&#8217;un pays (la France, notamment) qui a abandonné la génétique aux mains des scientifiques : elle n&#8217;est plus l&#8217;objet d&#8217;un débat publique, politique et moral. Tout se passe comme si la génétique pouvait enfin exister paisiblement dans les laboratoires, en attendant qu&#8217;elle produise <em>ses effets</em> dans la vie future des citoyens.  Quels seront ces effets ? On peut en prévoir sans doute certains à court terme, mais il est impossible de décrire dès aujourd&#8217;hui ceux qui surgiront à long terme. C&#8217;est pourquoi d&#8217;une certaine manière, et même si je ne me sens aucune affinité avec l&#8217;atmopshère politique dans laquelle elles baignent, les critiques de Pierre-Olivier Arduin méritent d&#8217;être prises au sérieux : au moins en ce sens qu&#8217;elles contribuent à réinventer un débat possible, à réintroduire la génétique dans le champ politique (avant qu&#8217;elle ne s&#8217;y effectue à notre insu).</p>
<p>PS : Quelques semaines plus tard, <a href="http://www.liberation.fr/actualite/societe/220064.FR.php" target="_blank">l&#8217;archevêque de Paris</a> a annoncé son souhait d&#8217;un débat sur le Téléthon. Ce à quoi  Laurence Tiennot-Herment présidente de l’AFM <span style="font-style:italic;">«choquée et outrée»</span> a souligné, sur France-Info mardi, <span style="font-style:italic;">«que ce débat n’était absolument pas d’actualité»</span>. Je pense que refuser un débat est toujours une erreur. D&#8217;autre part je voudrais vous signaler le point de vue beaucoup plus nuancé sur la génétique qu&#8217;adopte le grand généticien <a href="http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3328,36-347567,0.html" target="_blank">Arnold Munich</a>. Ne ratez pas l&#8217;émission que <a href="http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/avecousans/" target="_blank">France Culture</a> a consacré cette semaine à ses travaux et ses réflexions. L&#8217;homme est lumineux, humble et parle sans langue de bois des questions bioéthiques. Si enfin vous souhaitez avoir une vision &#8220;historique&#8221; récente de la génétique, comment l&#8217;enthousiasme a laissé place à un questionnement sur les méthodes, vous pouvez lire cet article de Michel Maziade <em>et aliq</em>. &#8220;<a href="http://www.erudit.org/revue/ms/2003/v19/n10/007167ar.html" target="_blank">Génétique de la schizophrénie et des troubles bipolaires</a>&#8220;, publié en oct. 2003 dans Médecines/SCiences. Je reviendrais sur ce texte dans un article détaillé (qui me semble problématique sous bien des aspects).</p>
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		<title>les référendums aux dernières élections américaines</title>
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		<pubDate>Thu, 09 Nov 2006 14:05:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>danahilliot</dc:creator>
				<category><![CDATA[Récits]]></category>
		<category><![CDATA[démocratie]]></category>
		<category><![CDATA[politique]]></category>

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			<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><br /><p>En lisant la presse du jour sur les éléctions générales de mi-mandat qui se sont déroulées cette semaine aux Etats-Unis, je suis frappé par la multiplicité des questions posées à l&#8217;occasion de ces votes : contrairement à ce que laisseraient croire les articles dominants dans la presse française à ce sujet, il ne s&#8217;agissait pas seulement à l&#8217;occasion de ces consultations d&#8217;exprimer un avis sur l&#8217;administration de G.W. Bush. Par delà le choix des élus à la Chambre des représentants, il était aussi question, dans de nombreux états, de se prononcer sur des projets de lois portant sur des sujets sensibles. J&#8217;énumère quelques uns de ces sujets : Le mariage des homosexuels, la restriction des gaz à effets de serre, le financement des recherches sur les cellules souches, la pénalisation de l&#8217;avortement, l&#8217;augmentation des salaires minimum, l&#8217;extension du <em>welfare</em> (politique d&#8217;aide sociale) ou la baisse des taxes sur les entreprises, l&#8217;instauration d&#8217;une taxe sur les produits pétroliers pour financer des énergies de substitution, etc.</p>
<p>Ces thèmes sont décrits en général comme des enjeux &#8220;locaux&#8221; &#8211; à distinguer donc de l&#8217;enjeu &#8220;national&#8221; qu&#8217;incarne la stratégie globale des États-Unis dans le monde menée par l&#8217;administration en place. Pour autant, nous devrions, en tant qu&#8217;européens, être extrêmement attentifs à ces enjeux &#8220;locaux&#8221; &#8211; parce qu&#8217;ils portent sur des questions politiques et morales dont les effets modifient réellement la vie des personnes. Une vision caricaturale des États-Unis, fort répandue de ce côté-ci de l&#8217;Atlantique, sélectionne dans la complexité des réalités politiques américaines les faits qui nous semblent les plus intelligibles dans le cadre démocratique français. Par exemple, il est vrai que la peine de mort est applicable dans &#8220;la plupart&#8221; des états américains : ce &#8220;la plupart&#8221; mérite toutefois d&#8217;être appréhendé de manière fine. Je copie ici un extrait de l&#8217;article consacré à cette question dans <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Peine_de_mort_aux_%C3%89tats-Unis_d'Am%C3%A9rique" target="_blank">Wikipedia</a> :</p>
<p><img src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/f/fb/Death_penalty_statutes_in_the_united_states.png/800px-Death_penalty_statutes_in_the_united_states.png" alt="peine de mort aux États-Unis" width="500" /><br />
Ce que certaines visions simplistes oblitèrent en lisant cette carte, c&#8217;est que chaque position actuelle vis-à-vis de la peine de mort, représente un certain état du débat en cours (ou pas) dans chaque État. On pourrait produire une carte du même type concernant les thèmes présentés lors de certains référendums proposés au vote cette semaine : quels États sont favorables au mariage homosexuel, lesquels autorisent le financement de la recherche sur les cellules souches etc.</p>
<p>Ce qu&#8217;il ne faudrait pas oublier, c&#8217;est que derrière ces chiffres et ces cartes, en amont si je puis dire, se sont produits une multitude de débats, de discussions, d&#8217;argumentaires, publics (plus ou moins médiatisés) ou &#8220;privés&#8221; (au sein des conversations familiales ou amicales), se sont constitués des collectifs militants, ont été organisées des manifestations, et bien sûr, encore en amont, des théories, des recherches, des expérimentations (parfois scientifiques, parfois juridiques), bref une pluralité d&#8217;actions et de pensées qui font de ces thèmes des réalités effectives, et donc intensément politiques, et certainement pas anodines.</p>
<p>Il serait tout à fait impossible de dresser une telle carte en France concernant de tels sujets. Certains instituts de sondage sortent parfois des chiffres concernant l&#8217;opinion publique et prétendent discerner des différences significatives de position de l&#8217;opinion selon les régions par exemple. Ce n&#8217;est en rien comparable au résultat obtenu à l&#8217;issue d&#8217;un vote : lorsqu&#8217;une question est le thème d&#8217;un référendum, c&#8217;est toute une pluralité d&#8217;objets, de pratiques et de discours qui se met en branle et qui se traduit au final dans une série de choix &#8211; lesquels modifient l&#8217;existence réelle. Depuis la révolution (1793) <a href="http://mjp.univ-perp.fr/france/ref.htm" target="_blank">25 référendums</a> seulement ont été proposés aux français ! Ils ont porté sur des questions majoritairement constitutionnelles, et, plus rarement, sur les relations que la France devrait entretenir avec l&#8217;Autre (si je puis dire) : l&#8217;Europe, l&#8217;Algérie, la Nouvelle-Calédonie.</p>
<p>On mesure donc bien que sous le mot de démocratie se jouent des réalités bien différentes de chaque côté de l&#8217;Atlantique : Tocqueville l&#8217;avait déjà bien noté, et même si la démocratie américiane, trop souvent pervertie par le pouvoir des lobbys et leur alliance avec les partis et les médias, a connu des hauts et des bas, il n&#8217;empêche que le comentaire de Louis Brandeis, juge de la Cour suprême des États-Unis, prononcé lors de l&#8217;affaire <em>New State Ice Company v. Liebmann</em> en 1932, reste d&#8217;actualité : « <em>C&#8217;est l&#8217;un des heureux accidents du système fédéral qu&#8217;un État courageux puisse à lui seul servir de laboratoire, si ses administrés le veulent bien, et tenter des expériences sociales et économiques novatrices sans faire courir de risques à l&#8217;ensemble de la société. » </em> (cité par <a href="http://usinfo.state.gov/journals/itdhr/1003/ijdf/frkatz.htm" target="_blank">Ellis Katz</a>).</p>
<p>A l&#8217;inverse, la démocratie française n&#8217;est jamais parvenue à s&#8217;émanciper tout à fait d&#8217;une conception du pouvoir politique ancrée dans un certain &#8220;despotisme éclairé&#8221;, enfant des Lumières, qui conduit à remettre la responsabilité des choix politiques et moraux dans les mains de quelques uns, certes par le biais d&#8217;un vote, certes, non sans qu&#8217;il y ait débats à différents niveaux, mais au détriment de la responsabilité pleine et entière du citoyen, s&#8217;exprimant par exemple par référendum.</p>
<p>Je voudrais illuster l&#8217;importance de cette possibilité d&#8217;expression politique par référendum en prenant exemple sur les récentes élections américaines.  Je décris ici une situation fictive (bien qu&#8217;il est possible qu&#8217;elle se soit effectivement produite dans certains états, mais je ne l&#8217;ai pas vérifié) mais envisageable. Supposons que deux projets de lois soient soumis à référendum à l&#8217;occasion de la semaine electorale : un projet visant à la légalisation du mariage homosexuel, un autre visant à autoriser le financement des recherches sur les cellules souches. Il se trouve que la position majoritairement soutenue par le Parti Démocrate est favorable à ces deux projets de loi (bien qu&#8217;il y ait une minorité de démocrates qui défendent un projet mais pas l&#8217;autre, voire aucun des deux). Supposons qu&#8217;en tant que citoyen, vous ayez des raisons de soutenir le projet relatif au mariage des homosexuels, mais que vous émettiez des doutes sur le bien fondé d&#8217;une autorisation unilatérale de financement des recherches sur les cellules souches (qu&#8217;importent les raisons ici). Supposons enfin que vos préférences politiques vous poussent à choisir le candidat démocrate dans le cadre du vote pour la chambre des représentants. Si les trois possibilités de votes vous sont offertes, alors il sera possible d&#8217;exprimer vos positions avec nuance : vous pourriez par exemple voter démocrate, soutenir le mariage homosexuel, mais voter contre la loi relatives aux cellules souches. Inversement, si le seul vote soumis à votre appréciation portait sur le candidat à la chambre des représentants, vous seriez forcés de conforter ses positions, fussent-elles différentes des vôtres.<br />
Je ne prétends pas ici que le référendum constitue la panacée pour la démocratie.  Un vote n&#8217;a de valeur démocratique que s&#8217;il conclue un ensemble de manifestations politiques dont j&#8217;ai dressé un inventaire insuffisant ci-dessus. Il faut à tout le moins qu&#8217;existent les conditions d&#8217;un débat possible, d&#8217;une expression politique possible. Il faut aussi que les personnes se sentent actrices du jeu politique, concernées par les questions morales, investies d&#8217;une responsabilité &#8211; et là c&#8217;est une autre question, dont on sent bien qu&#8217;elle est cruciale dans les démocraties contemporaines, à commencer par la démocratie française. Mais je crois que la France aurait tout intérêt à réinjecter des pratiques référendaires, particulièrement au niveau local, dans le champ politique, et pas seulement sur des questions constitutionnelles. Les thèmes qui ont été mis au vote à l&#8217;occasion des élections américaines, même s&#8217;ils ne sont pas forcément pertinents dans le champ politique français, donnent en tous cas des exemples à méditer à quelques mois de nos élections présidentielles. Plutôt que d&#8217;inventer des jurys populaires, lesquels ne feraient qu&#8217;accentuer la césure entre le citoyen et le champ politique, et confirmer son exclusion préalable, il vaudrait mieux s&#8217;engager à établir des pratiques de type référendaires, tout en s&#8217;efforçant de demeurer vigilant sur les conditions d&#8217;exercice des débats et actions, ainsi que sur la manière dont émergent les thèmes soumis à discussion (dans quelle mesure un thème s&#8217;impose au débat ? Trop souvent, les pouvoirs fournissent en même temps le thème et les argumentaires : du coup le sujet-citoyen est condamné à faire avec des problématiques qui ne viennent pas de lui).</p>
<p>(à lire   :</p>
<p>Ellis Katz, &#8220;<a href="http://usinfo.state.gov/journals/itdhr/1003/ijdf/frkatz.htm" target="_blank">L&#8217;adaptation du gouvernement des États<br />
et des collectivités locales face au changement : expériences contemporaines dans les laboratoires de la démocratie</a>&#8220;</p>
<p>et la vision beaucoup plus pessimiste de John R. MacArthur, &#8220;<a href="http://www.ledevoir.com/2005/09/19/90671.html" target="_blank">Parlons de la démocratie américaine</a>&#8220;. )</p>
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			<media:title type="html">peine de mort aux États-Unis</media:title>
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		<title>du bon usage des experts</title>
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		<pubDate>Mon, 06 Nov 2006 13:27:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>danahilliot</dc:creator>
				<category><![CDATA[philosophie]]></category>
		<category><![CDATA[politique]]></category>
		<category><![CDATA[pragmatisme]]></category>

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		<description><![CDATA[Le recours aux experts dans les démocraties occidentales constitue un trait remarquable des politiques contemporaines. Non pas que ce recours soit nouveau : nombreux sont les princes dont l&#8217;action s&#8217;est soutenue de conseillers, lesquels connurent parfois une notoriété supérieure à celle de leur monarque. La révolution française elle-même eu recours aux lumières des intellectuels &#8211; [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=danahilliot.wordpress.com&blog=446501&post=27&subd=danahilliot&ref=&feed=1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><br /><p>Le recours aux experts dans les démocraties occidentales constitue un trait remarquable des politiques contemporaines. Non pas que ce recours soit nouveau : nombreux sont les princes dont l&#8217;action s&#8217;est soutenue de conseillers, lesquels connurent parfois une notoriété supérieure à celle de leur monarque. La révolution française elle-même eu recours aux lumières des intellectuels &#8211; non sans susciter de sanglantes disputes. On a déjà retracé les déclinaisons de cette grande histoire de la relation entre savoir et pouvoir &#8211; c&#8217;est là tout simplement l&#8217;histoire de la politique &#8211; je n&#8217;y reviens pas (lisez Pierre Manent, Léo Straus, Raymond Aron ou Hannah Arendt, et même les grecs et Montequieu : seuls les naïfs peuvent s&#8217;étonner de la collusion du pouvoir et du savoir et y voir je ne sais quelle insulte au politique : la question que je soulève n&#8217;est pas là)</p>
<p>Mais les démocraties occidentales contemporaines entretiennent avec leurs experts des relations si étendues, et si pacifiées, qu&#8217;on peut se demander si la nature même de la démocratie n&#8217;en est pas modifiée. Car c&#8217;est une chose que de demander l&#8217;avis des experts (par exemple dans le domaine de la stratégie militaire, afin d&#8217;obtenir des informations sur les conséquences prédictibles de l&#8217;engagement dans un conflit, ou les difficultés inhérentes à cet engagement), c&#8217;en est une autre de recourir à leur savoir comme la source même, voire l&#8217;alpha et l&#8217;omega, de la décision politique. Dans le premier cas, l&#8217;avis de l&#8217;expert constitue une information nécessaire à la pris de la décision politique (qui doit faire éventuellement l&#8217;objet d&#8217;un débat), mais dans le second cas, l&#8217;avis constitue la décision politique elle-même. C&#8217;est là une réduction de la politique à l&#8217;expertise (et donc, si l&#8217;expert est scientifique, une naturalisation radicale du politique, c&#8217;est-à-dire, la disparition de la geste politique elle-même) .<br />
Des exemples récents dans le gouvernement de la France illustrent bien cette seconde manière de recourir aux experts. Prenons la conversion assumée du ministre de l&#8217;éducation Giles de Robien aux sciences cognitives. J&#8217;en ai parlé dans <a href="http://danahilliot.wordpress.com/2006/11/06/la-tentation-scientiste-remarques-sur-quelques-derives-du-gouvernement-villepin/" target="_blank">ce texte</a>  en mars dernier. Le ministre , emporté dans un élan presque mystique, n&#8217;hésitait pas à déclarer, à propos du bien fondé de la soi-disant méthode d&#8217;apprentissage de la lecture sur le mode syllabique : “<em>On en a la preuve. Plus aucune fausse science ne pourra révoquer l’expérience.</em>” Politiquement, la conséquence de cette déclaration est évidente : le débat est clos. Le débat est clos puisque l&#8217;expertise scientifique a prouvé que la manière la plus &#8220;naturelle&#8221; (c&#8217;est-à-dire celle qui respecte les schémas cognitifs vérifiés en laboratoire) d&#8217;apprendre à lire est précisément cette méthode là. Le reste (c&#8217;est-à-dire un siècle de recherche en pédagogie) n&#8217;est que littérature. On pouvait préférer l&#8217;époque récente où les ministres se reposaient sur des gens comme <a href="http://meirieu.com/" target="_blank">Philippe Meirieu</a>, dont le travail est autrement plus nuancé et le savoir érudit (on notera avec intéret que les experts requis par le ministre éprouvent aujourd&#8217;hui le besoin de nuancer leur position en découvrant l&#8217;effet des simplifications ministérielles).</p>
<p>Autre exemple emblématique : l&#8217;articulation entre certains rapports de l&#8217;<a href="http://ist.inserm.fr/basisrapports/rapp_lst.html" target="_blank">INSERM</a> et le politique. On ne soulignera jamais assez comment une institution autrefois assez discrète (dans le champ médiatique en tous cas), est devenue en quelques années un des portes paroles les plus importants (on dira : &#8220;incontournable&#8221;) des débats publics. Rappelons quelques effets politiques des recherches de l&#8217;INSERM :</p>
<p>1° En réponse à une demande de Caisse nationale d’assurance maladie des travailleurs indépendants (Canam) sur le dépistage, la prise en charge et la prévention et du trouble des conduites chez l’enfant et l’adolescent, un rapport est publié intitulé <em>Troubles des conduites chez l&#8217;enfant et l&#8217;adolescent (2005)</em> (qui fait suite à <em>Troubles mentaux : depistage et prévention chez l&#8217;enfant et l&#8217;adolescent (2002)</em>.  Le ministre de l&#8217;intérieur s&#8217;en empare pour nourrir quelques alinéas de son <a href="http://www.senat.fr/leg/pjl05-433.html" target="_blank">projet de loi sur la prévention de la délinquance</a>. Il suit de manière assez grossière les recommandations du rapport de l&#8217;INSERM, en préconisant un dépistage précoce de &#8220;troubles comportementaux&#8221; censés annoncer un parcours vers la délinquance. S&#8217;ensuit un tollé de nombreux citoyens concernés par la question de l&#8217;éducation infantile, et la constitution d&#8217;un collectif, <a href="http://www.pasde0deconduite.ras.eu.org/" target="_blank">Pas de zéro de conduite pour les enfants de zéro à trois ans</a>. Le ministre n&#8217;a pas cru bon de prendre l&#8217;avis d&#8217;une pluralité d&#8217;experts et s&#8217;en est remis à une seule institution, porte-parole d&#8217;un courant scientifique particulier (le cognitivisme experimental plus ou moins teinté de neurobiologie).</p>
<p>2° En 2004, à la demande de la direction générale de la santé, l&#8217;INSERM publie un rapport intitulé : <a href="http://ist.inserm.fr/basisrapports/psycho.html" target="_blank"><em>Psychothérapies, trois approches évaluées</em></a>. Les conclusions de ce rapport font clairement apparaître que les différentes approches psychothérapeuthiques se prêtent plus ou moins bien à une &#8220;évaluation&#8221; (sous-entendu scientifique donc chiffrée). Les rédacteurs sont nettement d&#8217;obédience neuro-cognitiviste, comme on pouvait s&#8217;y attendre. Le ministre de la santé s&#8217;empare immédiatement de ces conclusions pour produire <a href="http://www.ff2p.fr/fichiers_site/accueil/actualite/psy_peril/texte_final/texte/texte.html" target="_blank"><em>un texte</em></a> visant à définir ce que devrait être un psychothérapeute, quelles sont les conditions nécessaire à l&#8217;obtention de ce titre : d&#8217;où les propositions de lois à ce sujet sur lequel je ne m&#8217;étendrais pas (étant moi-même psychanalyste, je suis dans cette affaire trop concerné pour développer ce point dans ce texte). Là encore, la publication du projet suscite un maelström de réactions de la part des associations et acteurs se sentant visés en tant que psychothérapeutes.</p>
<p>Je dois être ici le plus clair possible. L&#8217;INSERM est une institution dont les travaux sont indispensables (il suffit de lire la <a href="http://ist.inserm.fr/basisrapports/rapp_lst.html" target="_blank">liste de leurs rapports</a>). Et je ne vois aucun inconvénient à ce qu&#8217;une institution comme l&#8217;INSERM soit requise &#8211; voire réquisitionnée &#8211; par les politiques pour l&#8217;aide à la décision. Le problème ne vient pas de la qualité de leur expertise, mais de l&#8217;absence de prise en compte d&#8217;autres expertises. Le politique considère (implicitement) qu&#8217;une institution comme l&#8217;INSERM a vocation à représenter l&#8217;avis éclairé de la totalité des experts &#8211; sous entendu, dans sa structure même, elle constitue un idéal scientifique, capable de produire un système de pensée subsumant équitablement la pluralité des points de vue. Pour ma part, je ne souhaite rien de tel qu&#8217;un tel idéal. Et je suis loin de croire que l&#8217;organisation de l&#8217;INSERM la légitime en tant qu&#8217;institution idéale. Et je suis persuadé que les chercheurs attachés à l&#8217;INSERM ne le croient pas non plus. Seul le ministre le croit ou fait semblant d&#8217;y croire. Nous avons absolument besoin ici (comme ailleurs) d&#8217;un anthropologue qui vienne enquêter sur les pratiques et les théories, implicites et explicites d&#8217;une telle institution. Plus que jamais, nous avons besoin des anthropologues, capables de décrire de manière fine les modalités de ce recours à l&#8217;expertise, l&#8217;organisation et la production du savoir et du pouvoir au sein de ces institutions, et ses effets sur le champ politique (au sens large).</p>
<p>Le danger ne vient certainement pas des experts, mais de l&#8217;usage politique qu&#8217;on en fait : et il y a ceci de tout à fait pervers, que cet usage,  promu par le politique, conduit finalement à réduire le champ propre de la décision politique. En se référant aux experts comme dépositaires légitimes de la vérité, on espère faire taire les voix faisant entendre un son de cloche différent. Qu&#8217;on lie la décision politique à l&#8217;avis des mollahs ou à l&#8217;avis des chercheurs de l&#8217;INSERM n&#8217;y change rien. Dans les deux cas, le débat démocratique est clos. La place est nette pour la production de la loi. On a instauré des portes paroles de la vérité, ce qui n&#8217;est rien d&#8217;autre qu&#8217;en revenir à un despotisme (plus ou moins éclairé). On fait plus qu&#8217;imposer un cadre de pensée (par exemple l&#8217;interprétation des textes sacrés ou les sciences neuro-cognitives), on voudrait noyer à l&#8217;avance toute vélléité critique.</p>
<p>Cette manière de s&#8217;avancer sous l&#8217;autorité des experts, bien qu&#8217;elle soit éminemment politique (et ne nous étonne en rien), consitue en même temps une négation de la démocratie. Chaque objet que le politique remet aux soins des experts est désormais exclu du débat public, retiré du champ de la critique. Et on doit bien convenir que l&#8217;augmentation croissante du recours aux experts, en retirant du champ de la démocratie tel ou tel objet, appauvrit considérablement l&#8217;ensemble des objets qui demeurent sujet à discussion. A ce rythme, on pourrait s&#8217;attendre à ce que seul moment démocratique qui nous reste s&#8217;incarne à l&#8217;avenir dans le vote, et rien d&#8217;autre, le reste étant de toutes manières l&#8217;affaire des experts et ne faisant plus débat (voter pour un mouvement politique serait alors en réalité voter pour garantir l&#8217;autorité de certains experts, lesquels, et c&#8217;est là qu&#8217;est la perversion, se cachent dans l&#8217;ombre de leur ministre &#8211; qui devient le porte-parole de ces experts)</p>
<p>D&#8217;un autre côté, et c&#8217;est là un fait remarquable qui doit au contraire être porteur d&#8217;espoir pour la vitalité démocratique, les recours répétés aux experts suscitent immanquablement, surtout lorsqu&#8217;ils sont à ce point grossiers (c&#8217;est le cas des exemples cités ci-dessus), la réaction des personnes concernées par l&#8217;objet politique en question : des collectifs se contituent, des débats, des actions, des manifestations, etc. Bref, la politique prend vie, contrariant ainsi le dessein initial du recours aux experts comme dépositaires de la vérité. Au fond, l&#8217;avenir des démocraties occidentales repose en grande partie sur cette tension : la vérité doit-elle demeurer une affaire publique, ou bien devra-t-on comme aux plus grandes heures du scientisme politique, la remettre aux mains des experts (fussent-ils religieux, scientifiques, économistes, que sais-je ?). La question est sans doute mal posée : mais je persiste à penser que la tension entre la science et le politique est une des conditions d&#8217;une démocratie vivante, qui ne dégénère pas en despotisme, fut-il éclairé.</p>
<p>(lire aussi : <a href="http://www.ensmp.fr/~latour/presse/presse_art/010.html" target="_blank">les difficultés d&#8217;une experimentation collective</a> de Bruno Latour , ainsi que l&#8217;allocution d&#8217;Isabelle Stengers lors du <a href="http://www.hns-info.net/article.php3?id_article=3626" target="_blank">procès de la firme Mosato</a>, ainsi que son livre : <a href="http://www.librarything.com/work-info/16026&amp;book=8045015" target="_blank">Sciences et pouvoirs</a>)</p>
<p>************************************************************</p>
<p>addenda du 15 novembre 2006 :</p>
<p><span class="article_texte"></p>
<p class="spip">Il faut lire cet article paru dans Libération ce matin, et qui vient en quelque sorte illustrer mon texte:</p>
<p class="spip"><a href="http://www.liberation.fr/actualite/societe/217157.FR.php">http://www.liberation.fr/actua&#8230;</a></p>
<p class="spip">L’INSERM a organisé un débat autour de l’expertise sur les troubles de conduite chez les enfants. Débats forcément très animés. La conclusion de Jean-Marie Danion, directeur de recherche à l’Inserm, « <em>En amont de nos prochains travaux, nous allons travailler avec des groupes plus larges, en associant les sciences humaines mais aussi les associations de malades ou de familles. Ensuite, lorsque le rapport sera achevé, on le fera débattre dans plusieurs cercles, avant de le publier avec les critiques. Enfin, nous organiserons, comme on vient de le faire, des débats </em>».</p>
<p class="spip">Voilà qui constitue un désaveu cinglant de la manière dont les politiques font parfois usage des experts, et aussi une très encourageante initiative des dits experts pour remettre de la politique (ou du &#8220;social&#8221;, ou du &#8220;collectif&#8221;) dans les sciences.</p>
<p class="spip">J’insiste d’ailleurs sur ce point que mon texte n’accuse pas les experts, mais la manière dont le politique s’en réclame pour exclure un certain nombre de problème du champ de la démocratie.</p>
<p class="spip">Sur ce point là, en tous cas, la démocratie a largement repris le dessus.</p>
<p></span></p>
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	</item>
		<item>
		<title>la tentation scientiste (remarques sur quelques dérives du gouvernement Villepin)</title>
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		<pubDate>Mon, 06 Nov 2006 12:00:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>danahilliot</dc:creator>
				<category><![CDATA[education]]></category>
		<category><![CDATA[politique]]></category>
		<category><![CDATA[sciences]]></category>

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		<description><![CDATA[Je re-publie ce texte que j&#8217;avais composé suite à une tribune de Giles de Robien dans Libération en mars 2006, puisqu&#8217;il est d&#8217;actualité. Depuis lors, la position du ministre a suscité mult débats contradictoires. Dont acte.
lire auparavant :
le texte de Giles de Robien publié sur Libération
la remarquable réponse du député Jean-Pierre Sueur publiée dans le [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=danahilliot.wordpress.com&blog=446501&post=28&subd=danahilliot&ref=&feed=1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><br /><p>Je re-publie ce texte que j&#8217;avais composé suite à une tribune de Giles de Robien dans Libération en mars 2006, puisqu&#8217;il est d&#8217;actualité. Depuis lors, la position du ministre a suscité mult débats contradictoires. Dont acte.</p>
<p>lire auparavant :<br />
le texte de Giles de Robien publié sur <a href="http://www.liberation.fr/page.php?Article=363080">Libération</a><br />
la remarquable réponse du député <a href="http://jpsueur.blog.lemonde.fr/">Jean-Pierre Sueur</a> publiée <a href="http://www.liberation.fr/page.php?Article=365570">dans le même quotidien</a> (quelques jours apprès que j&#8217;ai écrit le texte ci-dessous)<br />
Avec leurs gros sabots s&#8217;avancent les sectateurs des neurosciences. On devrait toujours se méfier quand les politiques se convertissent avec autant d&#8217;entrain à un discours scientifique. Autrefois l&#8217;eugénisme, aujourd&#8217;hui les neurosciences. Loin de moi l&#8217;idée d&#8217;assimiler ces deux objets : les neurosciences n&#8217;en sont pas encore à promettre une théorie générale de l&#8217;amélioration de l&#8217;espèce. Mais on devrait toujours garder à l&#8217;esprit que les intérêts pratiques auxquels un domaine de la recherche prétend à un moment donné &#8211; par exemple l&#8217;ambition thérapeutique &#8211; ne sont pas forcément les mêmes dont on se soutiendra plus tard : Pierre et Marie Curie oeuvraient à des fins humanistes et n&#8217;avaient pas prévu la bombe atomique. Seuls les plus naïfs ne voient pas que les recherches génétiques, par exemple, pourraient être fécondes non pas seulement en vue de corriger des maladies orphelines, mais aussi à des fins d&#8217;amélioration de l&#8217;individu, d&#8217;accroissement des performances, et de réduction drastique des facteurs aléatoires qui marquent le devenir biologique.</p>
<p>La fascination qu&#8217;exercent sur certains politiques les neurosciences a de quoi nous inquiéter. Le ministre de l&#8217;éducation De Robien, dans une tribune publiée dans <em>Libération</em> (28 février 2006), affirme ainsi sans ambage que les neurosciences constituent le  seul horizon valable des sciences de l&#8217;éducation. Au passage, il révoque en quelques lignes plusieurs siècles de recherches  pédagogiques au sein des sciences humaines : &#8220;Le bon sens et populaire et l&#8217;expérience des professeurs ont été mis en doute par  de curieuses &#8220;sciences&#8221; (sic) souvent mêlées de forts <em>a priori</em> idéologiques. Mais voici que la science, la vraie, la science expérimentale, est en train d&#8217;investir ce domaine (de l&#8217;apprentissage)&#8221;, et plus loin, à propos de la soi-disant naturalité de la méthode d&#8217;apprentissage de la lecture syllabique : &#8220;On en a la preuve. Plus aucune fausse science ne pourra révoquer l&#8217;expérience.&#8221; Les sciences de l&#8217;homme, la pédagogie, la linguistique, la psychologie, la philosophie, etc.. devraient donc toutes s&#8217;effacer devant les neurosciences, qui malgré leur jeunesse, constituent pourtant pour le ministre la &#8220;véritable&#8221; science, qui a le mérite d&#8217;être conforme &#8220;au bon sens&#8221; et à la pratique des &#8220;professeurs&#8221; &#8211; j&#8217;aimerais savoir ce que les enseignants pensent de cela et qui pourrait bien être cette personne de bon sens à laquelle on réfère ici.</p>
<p>Mais on voit bien ce qui plaît tant au ministre dans cette discipline nouvelle : c&#8217;est qu&#8217;elle autorise enfin à trancher des questions aussi pénibles que la naissance de l&#8217;intelligence, les méthodes d&#8217;aprentissage. On peut enfin se reposer sur un certain nombre de vérités indubitables &#8211; et faire un sort à deux millénaires et demi de philosophie &#8211; et fonder la dessus une politique efficace, qui ne s&#8217;embarasse plus de doutes et de réflexions.</p>
<p>Le fait est que le recours aux neurosciences, recours surtout rhétorique, s&#8217;il demeure encore à l&#8217;état de rêvasseries ministérielles dans le domaine de l&#8217;éducation, produit déjà de notables effets, par exemple dans les politiques de prises en charge de la souffrance psychique et sociale. De ce point de vue, on ne peut qu&#8217;être frappé par le rapprochement entre l&#8217;usage que le gouvernement Villepin fait du recours sémantique aux neurosciences et celui qu&#8217;il fait de la référence aux théories cognitivistes et comportementalistes : dernièrement, sur la foi de ces dernières théories, le ministre Sarkozy pouvait nous promettre la détection et le traitement dès le plus jeune âge de la délinquance. Si on rappele comment ces dernières années, une certaine psychiatrie fondée en partie sur l&#8217;écoute du patient, d&#8217;inspiration analystique, a été pratiquement ruinée au profit de psychothérapies reposant sur les descriptions des DSM IV et des TCC, et d&#8217;une remédicalisation complète du secteur, on voit se dessiner de manière assez cohérente, une politique de la personne, de l&#8217;intimité de la personne, par laquelle le gouvernement semble conquis.</p>
<p>Il n&#8217;est pas en effet innocent de <strong>choisir</strong> de privilégier les neurosciences, la génétique et les TCC : c&#8217;est là soutenir une idée de l&#8217;homme soumis au pur déterminisme physico-biologique, et s&#8217;avancer sur la voie toujours inquiétante d&#8217;une politique sociale prédictive et correctrice, dont l&#8217;outil le plus efficace serait l&#8217;administration de médicaments, au détriment de l&#8217;écoute et de la parole. On se croirait revenu aux heures les plus délirantes du scientisme, et le spectre de l&#8217;eugénisme scientifique et social nous hante à nouveau. Comme toujours, c&#8217;est la singularité de la personne qui en fera les frais, la possibilité de la parole du sujet et de l&#8217;écoute, la pluralité des discours et des voix, la reconnaissance des doutes et des failles. En puisant dans les sciences les postulats de ses discours et de ses actes, le politique, non seulement se défausse de sa responsabilité intellectuelle, mais aussi se dispense de l&#8217;écoute du citoyen, et peut exercer son pouvoir de manière quasi-mécanique &#8211; ce qui a le mérite d&#8217;être simple à expliquer, mais le défaut d&#8217;être simpliste et inhumain. On a donc, je le répète, tout à craindre de la conversion soudaine du gouvernement au scientisme le plus naïf.</p>
<p>Anderlecht le 3 mars 2006</p>
<p>[lire aussi pour une analyse plus poussée du recours à l'expert <a href="http://danahilliot.wordpress.com/2006/11/06/du-bon-usage-des-experts/" target="_blank">cet autre texte</a> . Je dois préciser que j'ai travaillé 5 ans en tant que formateur auprès de personnes adultes illettrées. J'ai donc été formé moi-même à des méthodes pédagogiques différentes, mais qui toutes avaient au moins en commun de ne pas commencer par une technique purement syllabique. Pour la simple et bonne raison que ces personnes ayant toutes été scolarisées n'avaient pas appris à lire dans le contexte scolaire en pratiquant cette méthode.]</p>
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		<item>
		<title>Complément à &#8220;Psychanalyse et pauvreté&#8221;</title>
		<link>http://danahilliot.wordpress.com/2006/10/30/complement-a-psychanalyse-et-pauvrete/</link>
		<comments>http://danahilliot.wordpress.com/2006/10/30/complement-a-psychanalyse-et-pauvrete/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 30 Oct 2006 12:59:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>danahilliot</dc:creator>
				<category><![CDATA[politique]]></category>
		<category><![CDATA[psychanalyse]]></category>

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		<description><![CDATA[Suite à certains échos et réactions suscités par la plublication du texte susdit notamment sur le forum oedipe.org, littérature que vous pourrez lire icà l&#8217;adresse suivante : http://www.oedipe.org/forum/read.php?6,10371
j&#8217;ai été amené à préciser un peu les choses de mon point de vue, et du coup, aller un peu plus loin et différemment.
&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;
Je n&#8217;ai pas été assez [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=danahilliot.wordpress.com&blog=446501&post=25&subd=danahilliot&ref=&feed=1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><br /><p>Suite à certains échos et réactions suscités par la plublication du texte susdit notamment sur le forum oedipe.org, littérature que vous pourrez lire icà l&#8217;adresse suivante : <a href="http://www.oedipe.org/forum/read.php?6,10371" target="_blank">http://www.oedipe.org/forum/read.php?6,10371</a><br />
j&#8217;ai été amené à préciser un peu les choses de mon point de vue, et du coup, aller un peu plus loin et différemment.</p>
<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;</p>
<p>Je n&#8217;ai pas été assez clair concernant ce que j&#8217;y entendais par &#8220;pauvre&#8221; et par &#8220;pauvreté&#8221; : j&#8217;avais choisi de prendre la description donnée par l&#8217;Union Européenne du &#8220;seuil de pauvreté&#8221; : disons qu&#8217;un certain nombre d&#8217;économistes, de sociologues, de politiques, se sont entendus pour déterminer un tel seuil (autour de 600 euros par mois en France actuellement, c&#8217;est-à-dire comme je l&#8217;ai rappelé dans le texte, l&#8217;équivalent du rmi + les allocations logement à taux plein). Cette description vaut ce qu&#8217;elle vaut, on peut en choisir une autre : par exemple : &#8220;La vraie pauvreté est celle qui vous conduit au désir d&#8217;avoir un désir et à y échouer parfois.&#8221; (pour citer IGM). Mais alors, manifestement, on risque de s&#8217;engager dans un dialogue de sourds. Parce que les uns et les autres ne parlent pas de de la même chose (pour autant bien sûr qu&#8217;on puisse stricto sensu parler de la &#8220;même chose&#8221; : à tout le moins peut-on essayer de parler &#8220;approximativement&#8221; de la même chose).</p>
<p>Mon propos n&#8217;était pas de relancer une énième fois la question du prix de l&#8217;analyse. Mais d&#8217;essayer de voir si la psychanalyse avait quelque chose à dire au politique. Certains psychanalystes considèrent qu&#8217;en tant qu&#8217;analyste, ils n&#8217;ont rien à dire de particulier au collectif. D&#8217;autres au contraire pensent qu&#8217;il est urgent que le discours psychanalyste daigne apporter sa pierre à la discussion démocratique. Pourquoi urgent ? J&#8217;ai renvoyé au livre de Coupechoux, <em>Un monde de fous</em>, qui dit assez bien comment les &#8220;thérapies&#8221; de/par la parole sont de moins en moins prises en compte par le politique, et notamment quand on s&#8217;adresse aux personnes en situation de détresse sociale. Ce n&#8217;est pas nouveau, Bonaffé, Oury et bien d&#8217;autres ont tiré la sonette d&#8217;alarme depuis longtemps.</p>
<p>Pour que la psychanalyse, si on le souhaite, puisse s&#8217;inviter à la discussion politique, il faut me semble-t-il dépasser (autant que possible) l&#8217;écueil de la spécialisation du vocabulaire. J&#8217;entends par &#8220;vocabulaire&#8221; (j&#8217;emprunte ce genre de description à une certaine philosophie du langage) un ensemble de discours, pratiques, sentiments, valeurs, bref, tout ce que le signifiant psychanalyse charrie d&#8217;autres signifiants &#8211; l&#8217;ensemble formant un vocabulaire dont les frontières sont mouvantes au gré des locuteurs, des cultures, de l&#8217;histoire etc. Or, le vocabulaire ou plutôt les vocabulaires psychanalytiques, sont d&#8217;une complexité extrême &#8211; pas tellement à cause du recours fréquent aux néologismes ou autres jeux de langage &#8211; mais parce que le ciment qui tient ensemble ces signifiants, c&#8217;est-à-dire la clinique, la pratique, suscite une telle complexité. Quand j&#8217;ouvre tour à tour un livre écrit par un psychanalyste, par exemple Jean-Pierre Chartier, <em>Introduction à la technique psychanalytique</em>, puis par exemple un livre tel que Frédéric Fanget : <em>Oser, thérapie de la confiance de soi,</em> ou le <em>Guide clinique de thérapie comportementale et cognitive</em> de Ovide et Philippe Fontaine, et si je m&#8217;en tiens à une lecture superficielle et naïve, comment ne pas s&#8217;étonner de la différence entre ces volumes ? Je parle de la différence de style, des efforts que la lecture requiert, de la complexité des vocabulaires qu&#8217;ils constituent. (je garde pour moi ce que je pense vraiment de cette différence).</p>
<p>La complexité et la pluralité de la psychanalyse fait justement sa richesse, et d&#8217;une certaine manière la légitime en tant qu&#8217;art (je préfère dire &#8220;art&#8221; plutôt que &#8220;savoir&#8221; ou &#8220;science&#8221;). Le problème que je pose ici, c&#8217;est la manière dont cette pluralité et cette complexité peuvent servir au politique, c&#8217;est-à-dire se manifester sous la forme de propositions intelligibles par les collectifs. Ce n&#8217;est pas que les collectifs soient stupides, mais qu&#8217;ils sont sous le feux de multiples propositions et donc de multiples vocabulaires, par exemple dans le champ qui nous occupe, celui de la dite &#8220;santé mentale&#8221; (je ne sais pas bien ce que veut dire ce terme mais disons qu&#8217;on l&#8217;entend dire), s&#8217;entrecroisent des vocabulaires aussi différents que ceux des neurosciences, des sciences cognitives, des psychothérapies diverses et variées, sans parler des intérêts politiques, économiques, etc. Bon d&#8217;accord, ça ne fait pas forcément envie d&#8217;aller se frotter à un tel brouhaha. Mais ou bien on laisse ces discussions se dérouler sans les psychanalystes (et après on pourra se plaindre (?) de ce que les thérapies de la parole aient disparu complètement du champ de la santé mentale) ou bien on s&#8217;y frotte, ce que font un certain nombre de psychiatres formés à la psychanalyse, et on avance avec des propositions.</p>
<p>Si on fait cela, on doit s&#8217;attendre à rencontrer un sérieux problème de traduction, pour les raisons que je viens de signaler : déjà qu&#8217;il n&#8217;est pas facile de lire parallèlement Lacan et Winnicott, Freud et Bion (ça demande pour le moins un effort d&#8217;ajustement si on veut réellement prendre au sérieux ce qu&#8217;ils racontent)&#8230;</p>
<p>Il faut faire au minimum des compromis : accepter provisoirement quelques signifiants communs. Quoiqu&#8217;on en pense de la description économique et politique du seuil de pauvreté par exemple, on peut néanmoins essayer de partir de là, au moins à titre provisoire. Si on tient au contraire à préserver une définition comme celle lue sur un forum : &#8220;<em>La vraie pauvreté est celle qui vous conduit au désir d&#8217;avoir un désir et à y échouer parfois</em>&#8220;, je crains qu&#8217;on se heurte à de l&#8217;intraduisible. Je ne suis pas un idéaliste de la traduction : je crois que ce que nous appelons &#8220;traduction&#8221; est un compromis pragmatique, un signifiant auquel nous donnons notre assentiment de manière provisoire pour rendre possible une discussion (là encore je suis marqué par les leçons de la philosophie du langage dans la lignée de Wittgenstein, Goodman, Austin, Quine et consorts).</p>
<p>Évidemment, si l&#8217;on considère a priori que le rôle de la psychanalyse doit se limiter à la sphère de &#8220;l&#8217;intime&#8221;, du &#8220;singulier&#8221; ou d&#8217;une association de psychanalystes, ou d&#8217;analysants, ou de ce que vous voudrez, d&#8217;un &#8220;dedans&#8221; dont il y aurait un pendant &#8211; le &#8220;dehors&#8221; (le politique), tout ce que je dis là n&#8217;a aucun sens. Ce que je comprends fort bien. mais je ne m&#8217;adressais pas à ceux-là.</p>
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		<title>Exercice Psychanalytico-Austinien</title>
		<link>http://danahilliot.wordpress.com/2006/10/29/exercice-psychanalytico-austinien/</link>
		<comments>http://danahilliot.wordpress.com/2006/10/29/exercice-psychanalytico-austinien/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 29 Oct 2006 23:55:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>danahilliot</dc:creator>
				<category><![CDATA[Récits]]></category>
		<category><![CDATA[danahilliot]]></category>
		<category><![CDATA[philosophie]]></category>
		<category><![CDATA[politique]]></category>
		<category><![CDATA[pragmatisme]]></category>
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		<description><![CDATA[Pour dire &#8220;C&#8217;est logique&#8220;, il n&#8217;est pas nécessaire d&#8217;avoir lu Frege.
En disant : &#8220;c&#8217;est logique&#8221; , on signifie un certain degré de satisfaction, qui peut aller jusqu&#8217;à la déception la plus radicale, concernant la manière dont les choses se sont passées (ou devraient se passer) : on signale ainsi qu&#8217;on s&#8217;attendait à ce que les [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=danahilliot.wordpress.com&blog=446501&post=24&subd=danahilliot&ref=&feed=1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><br /><p>Pour dire &#8220;<em>C&#8217;est logique</em>&#8220;, il n&#8217;est pas nécessaire d&#8217;avoir lu <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Frege">Frege</a>.</p>
<p>En disant : &#8220;<em>c&#8217;est logique</em>&#8221; , on signifie un certain degré de satisfaction, qui peut aller jusqu&#8217;à la déception la plus radicale, concernant la manière dont les choses se sont passées (ou devraient se passer) : on signale ainsi qu&#8217;on s&#8217;attendait à ce que les choses se produisent ainsi, ou qu&#8217;on s&#8217;attend à ce qu&#8217;à l&#8217;avenir elles se produisent ainsi.</p>
<p>Certes on pourrait décrire dans ce vocabulaire qu&#8217;on appelle &#8220;la logique&#8221; (par exemple la logique de Frege ou Russel) le jugement &#8220;<em>c&#8217;est logique</em>&#8220;, mais ce faisant on n&#8217;expliquerait pas le sentiment de satisfaction ou de déception qui colore immanquablement ce jugement. Partout où il y a de la logique, il y a la rencontre entre une succession de choses et un sentiment : cette rencontre est une confirmation. la discipline scientifique qu&#8217;on appelle &#8220;la logique&#8221; n&#8217;échappe pas à ce sentiment de confirmation : constater ce à quoi on s&#8217;attend.</p>
<p>&#8220;<em>C&#8217;est logique</em>&#8221; peut être ainsi rangé si on peut dire dans la même classe que des propositions telles que : &#8220;<em>soyons réalistes</em>&#8221; ou &#8220;<em>c&#8217;est normal</em>&#8220;. Le réalisme de ce genre, qui n&#8217;est qu&#8217;un lointain cousin du réalisme en tant que position philosophique, indique que l&#8217;on doit d&#8217;attendre à ce que les choses se passent de la manière dont elles se passent habituellement, dans la réalité. L&#8217;invitation &#8220;<em>soyons réalistes</em>&#8221; vise à faire taire les rêveurs ou les utopistes au nom de la réalité, c&#8217;est-à-dire au nom d&#8217;une certaine succession attendue dans la manière dont les choses se passent.Le fatalisme constitue en quelque sorte le pendant désespéré du réalisme courant : &#8220;<em>Tu vois bien ! Je te l&#8217;avais bien dit ! Mais à quoi d&#8217;autre pouvais-tu t&#8217;attendre ?</em>&#8220;.</p>
<p>Le problème de ce réalisme et de cette logique courante se pose si l&#8217;on demande à celui qui s&#8217;en prévaut d&#8217;expliciter ce qu&#8217;il entend par réalité ou par logique. Dans la vie quotidienne, on ne demande pas habituellement d&#8217;expliciter ce genre de choses : mais on se fie à l&#8217;autorité du logicien ou du réaliste : certaines paroles ont plus de poids que d&#8217;autres. Une bonne part de l&#8217;existence humaine est ainsi déterminée par les paroles archaïques prononcées par les adultes en charge d&#8217;un enfant. La question de la perte du sentiment de réalité, notamment dans les psychoses n&#8217;a de sens qu&#8217;à faire résonner à nouveau la parole archaïques des adultes. D&#8217;où l&#8217;importance par exemple, dans les sociétés patriarchales de la parole du père &#8211; ou de son tenant lieu (&#8221;<em>tu seras un homme mon fils</em>&#8220;, &#8220;<em>tu es celui qui me suivra(s)</em>&#8221; &#8211; pour rappeler Lacan &#8211; etc.)</p>
<p>&#8220;<em>C&#8217;est normal (les choses se passent toujours ainsi)</em>&#8220;, nous amène à considérer ce que les jugements de réalité ou de logicité doivent à la référence au collectif &#8211; là encore, qu&#8217;importe dans un premiere temps que ce collectif soit par défaut supposé &#8211; on ne peut pas vérifier quelque chose comme la norme, la réalité ou la logique en étudiant des sondages d&#8217;opinions par exemple. Dire &#8220;<em>c&#8217;est normal</em>&#8220;, ce n&#8217;est pas seulement dire &#8220;<em>on dev(r)ait s&#8217;y attendre</em>&#8221; mais aussi, et c&#8217;est précisément ce qui donne du poids à cette parole et la légitime pour elle-même : &#8220;<em>c&#8217;est ainsi que la plupart des gens pensent</em>&#8220;. Or, il est peu probable que la plupart des gens aient tort. C&#8217;est du moins ce que nous croyons, même s&#8217;il existe malheureusement des contres exemples facheux (comme par exemple l&#8217;opinion de normalité de la plupart des gens en Allemagne dans les années 30). Ce type de jugement se réclame implicitement de l&#8217;assentiment du plus grand nombre (quand on est en démocratie) ou au moins de l&#8217;assentiment des plus éclairés (quand on est sous un régime despotique &#8211; éclairé ou pas &#8211; par exemple, ou gouverné par des experts &#8211; comme l&#8217;expertocratie actuelle qui s&#8217;installe en France).</p>
<p>Par suite, il est un autre aspect que nous devons souligner : les jugements de réalité de logicité ou de normalité ne portent pas seulement sur des choses auxquelles on devrait s&#8217;attendre, mais aussi sur &#8220;l&#8217;inattendu&#8221; &#8211; &#8220;l&#8217;imprévisible&#8221; diront les scientifiques. En disant comment les choses devraient être selon la plupart des gens ou selon la science &#8220;éclairée&#8221;, on détermine aussi ce qui ne devrait pas être (&#8230;). Il y a donc un effet d&#8217;exclusion et de ségrégation, inévitable.</p>
<p>Les enjeux des jugements de logique, de réalité ou de normalité, consistent à fonder les communautés, et à exclure les déviants. Tout ce que je raconte là a d&#8217;une certaine manière été décrit en d&#8217;autres termes de nombreuses fois surtout depuis les travaux de la dite École de Franckfort, chez Marcuse notamment (et déjà bien sûr chez Nietzsche, et dans la logique de la névrose freudienne). À certaines périodes de l&#8217;histoire des collectifs, de tels enjeux créent des tensions terrifiantes, et c&#8217;est évidemment le cas quand des collectifs dépositaires de vocabulaires et de pratiques différentes se rencontrent, par exemple dans une période comme celle qu&#8217;on désigne aujourd&#8217;hui sous le nom de pluriculturalisme. Tous les points de rencontres entre les différentes &#8220;cultures&#8221; (j&#8217;emploie ce mot sans être dupe de la &#8220;cohérence&#8221; réelle de ces cultures) sont autant de questions quant à ce qui est normal ou logique.</p>
<p>&#8220;<em>Est-il normal ou logique qu&#8217;une fille sorte de chez elle les cheveux défaits et découverts aux yeux de tous les hommes ?</em>&#8221; &#8220;<em>Est-il normal ou logique qu&#8217;un fille doive porter un voile quand elle sort de chez elle ?</em>&#8220;</p>
<p>Vous ne trouverez pas la réponse à ce dilemne dans la logique de Frege. (si c&#8217;est un dilemne pour vous, c&#8217;est-à-dire si vous considérez que les personnes posant ces différentes questions devraient essayer de vivre ensemble (dans la paix))  Bref&#8230; Il faudra bien négocier (ou se battre).</p>
<p>On devrait prendre garde, particulièrement en ce moment, à ce que, en disant &#8220;<em>c&#8217;est normal</em>&#8220;, &#8220;<em>c&#8217;est logique</em>&#8220;, on fait souvent bien plus que d&#8217;affirmer comment les choses sont censées se passer : on veut dire en réalité qu&#8217;on souhaiterait que les choses se passent ainsi, on voudrait qu&#8217;il en soit ainsi (et pas autrement). Dès lors, on crée le monde à la mesure de son besoin de confirmation.</p>
<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;</p>
<p>[à lire, pour le plaisir d'abord, et si l'on aime l'humour british, les quelques textes  que nous a laissés <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/John_Langshaw_Austin" target="_blank">John Langshaw Austin</a>,  et notamment : <a href="http://www.librarything.com/work-info/629676" target="_blank">How to do things with words </a>? (comment faire des choses avec des mots ?)]</p>
<img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/categories/danahilliot.wordpress.com/24/" /> <img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/tags/danahilliot.wordpress.com/24/" /> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/danahilliot.wordpress.com/24/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/danahilliot.wordpress.com/24/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/danahilliot.wordpress.com/24/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/danahilliot.wordpress.com/24/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/danahilliot.wordpress.com/24/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/danahilliot.wordpress.com/24/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/danahilliot.wordpress.com/24/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/danahilliot.wordpress.com/24/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/danahilliot.wordpress.com/24/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/danahilliot.wordpress.com/24/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=danahilliot.wordpress.com&blog=446501&post=24&subd=danahilliot&ref=&feed=1" /></div>]]></content:encoded>
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		<title>Usages de la propriété intellectuelle</title>
		<link>http://danahilliot.wordpress.com/2006/10/28/usages-de-la-propriete-intellectuelle/</link>
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		<pubDate>Sat, 28 Oct 2006 11:33:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>danahilliot</dc:creator>
				<category><![CDATA[politique]]></category>
		<category><![CDATA[économie]]></category>

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		<description><![CDATA[Florent Latrive, un des spécialistes de la question de la propriété intellectuelle (dont vous pouvez lire online le livre Du bon usage de la piraterie, Exils 2004 &#8211; le livre est épuisé, mais ils cherchent un éditeur pour le ressortir en poche), publie aujourd&#8217;hui dans Libération un article intéressant sur le cas du café éthiopien, [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=danahilliot.wordpress.com&blog=446501&post=23&subd=danahilliot&ref=&feed=1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><br /><p>Florent Latrive, un des spécialistes de la question de la propriété intellectuelle (dont vous pouvez lire <em>online</em> le livre <a href="http://www.freescape.eu.org/piraterie/" target="_blank"><em>Du bon usage de la piraterie</em></a>, Exils 2004 &#8211; le livre est épuisé, mais ils cherchent un éditeur pour le ressortir en poche), publie aujourd&#8217;hui dans <a href="http://www.liberation.fr/actualite/economie/213546.FR.php" target="_blank">Libération</a> un article intéressant sur le cas du café éthiopien, au sujet duquel s&#8217;oppose le gouvernement éthiopien et le géant américain Starbucks, numéro 1 du café-muffin.</p>
<p>Le tableau des forces en présence laisse d&#8217;abord songeur : le chiffre d&#8217;affaire de la compagnie Starbuck , &#8220;7,8 milliards de dollars cette année, est 75 % plus élevé que le produit intérieur brut éthiopien&#8221;. Le café représente 60% des exportations du pays, et la part reçue par les producteurs éthipiens sur le prix de vente à la consommation est de 5 à 10%.</p>
<p>Or, l&#8217;Éthiopie soutenue par des ONG, voudrait faire valoir son droit à la propriété intellectuelle sur trois de ses cafés les plus connus (harar, sidamo et yirgacheffe) et a déposé en ce sens une demande d&#8217;enregistrement de marque auprès des États-Unis en 2005. Starbucks s&#8217;oppose à cette demande, qui aurait pour conséquence d&#8217;une part, une augmentation du prix d&#8217;achat du café éthiopien, mais surtout d&#8217;autre part, inciterait certainement d&#8217;autres producteurs d&#8217;autres pays à demander l&#8217;enregistrement de marques auprès des pays importateurs.</p>
<p>Je ferais plusieurs remarques à ce sujet :</p>
<p>1° Comme l&#8217;indique  Florent Latrive dans <a href="http://www.liberation.fr/actualite/economie/213545.FR.php" target="_blank">un autre article</a>, ce type de propriété intellectuelle n&#8217;est pas seulement attaché à une &#8220;marque&#8221; (comme dans les pays occidentaux, indiquant le nom d&#8217;une société privée), mais à un territoire de production. Sa pertinence est géographique, territoriale (ce qui d&#8217;ailleurs pose des problèmes liés à la délimitation de ces territoires). La valeur dont on peut se prétendre, c&#8217;est le territoire, c&#8217;est-à-dire non pas seulement un espace circonscrit, mais aussi les hommes et les femmes qui l&#8217;habitent, les travailleurs, les coopératives, l&#8217;administration gouvernementale, les ONG qui soutiennent les producteurs, les <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Caf%C3%A9ier" title="Caféier">caféier</a>s, etc. Bref, pour parler dans la langue de Latour, c&#8217;est tout un collectif qui s&#8217;exprime à travers cette demande, et fait une &#8220;proposition&#8221;. Si l&#8217;on voulait étudier de manière plus fine cette affaire, il faudrait aussi prendre en compte d&#8217;une part la misère dans laquelle vit une large partie de la population éthiopienne, et les conditions climatiques dont les effets sont parfois catastrophiques pour l&#8217;économie de ce pays (et on pourrait ajouter un contexte de tensions politiques internes et externes).  Bref. C&#8217;est là une affaire fort complexe. Starbucks n&#8217;a pas à lutter ici contre quelques cueilleurs de cerises de café, mais contre tout un réseau d&#8217;intérêts plus ou moins organisé autour d&#8217;un consensus (qui l&#8217;autorise justement à faire une proposition cohérente et audible).</p>
<p>2° Cette relation de la &#8220;marque&#8221; au territoire est intéressante dans ce sens qu&#8217;elle pointe de manière spectaculaire vers une vérité que nous avons parfois tendance à négliger : la marque n&#8217;est pas un simple &#8220;nom&#8221;. C&#8217;est un signifiant qui charrie une foule d&#8217;autres signifiants, ou, pour le dire autrement, le symbole qui subsume une pluralité de pratiques, de formes de vie, d&#8217;intérêts et de valeurs. La communication des marques tend parfois à éluder cet aspect des choses, en essayant d&#8217;inscrire le &#8220;nom&#8221; de la marque directement dans l&#8217;inconscient du consommateur (un contre-exemple en serait les dernières campagnes de publicité de Gaz de France ou des Compagnies de eaux, dont l&#8217;objectif est de montrer comment les activités de ces entreprises constituent l&#8217;arrière-plan indispensable sur le fond duquel se déroule l&#8217;existence humaine). C&#8217;est pourquoi je crois que la vieille distinction immatériel / matériel quant au contenu de ce qui est protégé par la propriété intellectuelle ne tient plus &#8211; pour autant qu&#8217;elle ait jamais eu un sens. Dans le cas des éventuelles marques de café éthiopien, c&#8217;est au contraire tout un monde qui s&#8217;articule et se constitue autour de ce nom, et à moins d&#8217;être radicalement nominaliste, je vois mal comment on pourrait en dénier la &#8220;matérialité&#8221;.</p>
<p>3° De manière plus générale, on pourrait aussi décrire cette histoire comme une des multiples résistances à la domination du capitalisme abstrait. J&#8217;appelle &#8220;capitalisme abstrait&#8221; cette forme d&#8217;échange de capitaux qui se fait sans prendre en compte l&#8217;existence des collectifs, qu&#8217;ils soient humains ou non humains (et souvent hybrides comme dans le cas du collectif formé par  les demandeurs d&#8217;enregistrement de marque pour les cafés éthiopiens). Des milliards de milliards de dollars circulent en permanence sans que soient entendus les formes de vie complexes concernés à leur insu par cette circulation. La propriété intellectuelle constitue justement un des outils les plus efficaces pour garantir les profits : les sociétés pharmaceutiques, plus riches et plus puissantes que bien des États, ne déposent pas leurs brevets uniquement dans un but de protection, mais afin de contrôler un marché et d&#8217;accroître leurs bénéfices ; leur finalité, au-delà du souci de guérir les maladies de l&#8217;humanité, vise bien entendu ce capitalisme abstrait. Dans le cas de notre café éthiopien (et de tous ceux que cette histoire concerne, hommes, animaux, plantes etc.), la revendication de propriété intellectuelle va à contre-sens du capitalisme abstrait. Les bénéfices retirés par une telle appropriation sont susceptibles (s&#8217;ils sont redistribués convenablement) d&#8217;améliorer concrètement la vie des personnes concernées.</p>
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