Classé dans : Récits
- 
En marchant tout à l’heure par les rues du faubourg, pluie fine mais glaçante, lumières vacillantes de quelques réverbères, trois vieux de retour de l’assemblée des anciens chuchottent à mon passage. Je crois entendre : “Qu’est-ce qu’il fait dehors celui-là?” La vitre embuée du magasin de chapeaux : pas rassurant sous sa capuche grise le vieux barbu trempé avec le sac au dos et les chaussures défoncées – trop marché, trop marché.
Je me rappelle (rue Vander Weyden, à Brussels) ce que disait G. dont le tableau clinique valait largement le mien à l’époque : “Tu t’empêches de vivre” (et un peu plus loin, près de la gare : “Tu me fais penser à Camus”). Mais oui, je m’empêche de vivre ! tout à fait ! Je m’organise pour éviter de trop vivre. C’est ça ou bien devenir complètement fou !
Se calmer. On ne guérit rien de rien, on calme, c’est tout. (on soigne ?)
Je me demande : est-ce que mon tableau clinique a tellement changé finalement ? Je pratique encore ces folies, ces accès délirants – mais avec soin, avec une précision pour ainsi dire clinique. Ce qui a changé ? Je connais le mode d’emploi. Je sais comment ça fonctionne – mon économie pulsionnelle, si vous voulez, le petit hôpital psychiatrique personnel, les infirmières, la pharmacopée. Toute la différence est là (ce qui fait qu’on ne peut pas parler de rémission : mais d’arrangement plutôt, de territorialisation).
À mon tour, me voici du côté de ceux qui prennent soin. Prenant au pied de la lettre de ne s’autoriser que de soi-même. Quelle ironie… (Je sais au fond de moi qu’un jour je serais à La Borde : mais en qualité de quoi ? Pourquoi La Borde ? Parce que le mot est joli : pas pour rien qu’on y a exploré des territoires et des dé-territoires, locus et frontière)
Pas encore de commentaires jusqu'à présent
Laisser un commentaire
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <pre> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>














